Je viens de lire l’interview de Double P, l’un des invités du Festiblog (festival des blogs BD et du webcomics). Celui-ci a trouvé une excellente métaphore pour comparer BD en ligne et BD traditionnelle… Mais il s’emmêle malheureusement les pinceaux :

La bande dessinée est un support, un format et internet un contenant. Fusionner les deux c’est comme mettre une tasse dans un verre.

Hum… Je me dois de rectifier

  • un récipient ce serait un livre, un site Internet : c’est le support ;
  • une tasse ou un verre ce serait un blog ou un album 48 pages : c’est le format ;
  • le liquide c’est la BD : c’est le medium, le contenu ;
  • du chocolat au lait ou de la bière ce serait un récit autobiographique, un feuilleton western ou SF, une épopée épique… Ce sont les genres, les familles de contenus.

Cette métaphore est vraiment judicieuse, mais en se trompant dans les comparaisons on en arrive à affirmer des énormités. Mettre de la BD sur Internet est très très loin d’être contre nature ! C’est même une évolution très naturelle d’aller de la BD à la BD en ligne.

Par exemple, je ne prends pas une tasse pour boire du champagne, ou un verre pour mon chocolat chaud. C’est exactement pareil avec la BD : l’erreur est de vouloir publier les mêmes histoires et les mêmes planches à l’identique sur Internet ou dans un album. On ne raconte pas une saga fantastique dans un blog, fût-elle quotidienne, alors qu’on peut y raconter d’extraordinaires récits d’auto-fiction… Récits qui sur papier n’ont pas du tout la même saveur.

On peut adapter les récits à chaque support, ou les créer pour qu’ils collent intimement à leur support. Le succès des blogs BD a montré qu’on pouvait tout à fait prendre plaisir à lire de la BD sur un écran, alors même que nous ne disposons pas encore des technologies de papier numérique qui pointent leur nez à l’horizon. Les auteurs ont simplement opté pour des thèmes et des histoires différentes. De la même manière, les bons webcomics ne sont pas racontés comme on raconte dans un album.

Ça n’ôte rien à la légitimité de chacun à préférer aller s’acheter un bon album et à le bouquiner dans son canapé. Mais de plus en plus de gens travaillent sur écran à longueur de journée, je doute qu’ils l’accepteraient s’il était si douloureux de fixer un écran qu’on ne puisse même pas le faire pour s’aérer l’imaginaire.

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