Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2012 janv. 17

Deux tables rondes pour débattre de BD numérique

Comment promouvoir la bande dessinée numérique de création ?

Date : 27 janvier 2012 de 12h à 13h30
Lieu : Angoulême, Pavillon Jeunes Talents

Vendre et prescrire de la BD : vers un nouveau monde ?

Date : 10 février 2012 de 16h à 17h30
Lieu : La Rochelle, Médiathèque Michel Crépeau
Programme de la journée d'études "La Bande Dessinée : du papier au numérique"Télécharger le programme

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2011 oct. 9

L'abonnement c'est bien, avec les libraires et les bibliothécaires c'est mieux

Cet été, les éditions Le Lombard ont expérimenté une offre d'abonnement à leur catalogue BD numérisées. Compte tenu de mes prises de position en faveur du modèle de l'abonnement, on aurait pu s'attendre à ce que je saute de joie. Il n'en est rien : je réprouve l'idée que le bouquet proposé à l'abonnement soit composé par un éditeur. Personne ne versera 7€ chaque mois pour accéder au catalogue de chaque éditeur comme l'esquisse l'expérience menée par Le Lombard. Chacun son métier : la distribution ou l'accès sont le rôle des libraires et des bibliothécaires.

Ma chaine du livre idéale

  1. Découvrir des histoires confortablement chez soi.
  2. Rencontrer les auteurs et les oeuvres chez son libraire.
  3. Acheter des livres pour sa collection ou pour les offrir.

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2011 oct. 4

Bande dessinée et narration, Thierry Groensteen confronté à la BD numérique

La quatrième de couverture promettait monts et merveilles : prenant appui sur les avancées de la recherche contemporaine, le spécialiste de notoriété internationale allait se confronter à de nouveaux objets, au nombre desquels la bande dessinée numérique. Le résultat manque de rigueur et propose une vision à la fois partielle et partiale de la bande dessinée numérique. Dans les pages consacrées à la BD numérique, Thierry Groensteen livre toutefois des réflexions intéressantes qui méritent d'être portées au débat.

Malgré les lacunes qui fragilisent son propos, le théoricien est conscient de l'importance de ce qui se joue sur nos écrans :

La rédaction du présent ouvrage coïncide avec un tournant historique. Nous sommes au moment où la bande dessinée est interpellée de plein fouet par la montée en puissance de la bande dessinée numérique online, des webcomics (les tentatives de création interactives sur support DVD ayant fait long feu).

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2011 juin 3

TinyShaker, le lecteur turbomédia sans flash

Soir d'orage, un jeune homme se relève en se grattant la tête.

Que vous soyez ou non un auteur numérique confirmé, il vous suffit désormais d'avoir accès à un simple hébergement PHP pour publier des histoires en Turbomédia. Le player développé initialement pour Fred Boot a bien évolué. Monsieur To l'a déjà utilisé pour un captivant récit de soir d'orage (ci-contre). Les élèves de l'atelier BD numérique de Joseph Béhé, aux Arts décoratifs de Strasbourg, font également leurs armes avec cet outil.

Rendez-vous sur le site de TinyShaker pour le découvrir, le télécharger, et apprendre à l'utiliser.

Il subsiste sans doute encore des bugs et il y aurait sans doute encore beaucoup à faire. N'étant pas développeur, j'ai fait de mon mieux pour fournir un boîte à outils à ceux qui ont envie de raconter des histoires sous cette forme. Si vous utilisez mon outil, vos retours seront les bienvenus afin de continuer à l'améliorer.

2011 mai 29

Récit numérique : réponse aux questions de format et de modèle économique

Je suis fréquemment consulté par les porteurs de projets de BD numériques. Au fil des conversations, deux questions reviennent immanquablement sur le tapis : le format et le modèle économique. Que j'aie eu ou non la chance d'échanger en amont avec les porteurs de projets, je constate que tous cherchent à poser un jalon en matière de format et de modèle économique. Cette approche a fini par s'imposer à moi comme une voie sans issue.

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2011 mai 22

Développeurs, auteurs et observateurs de la création en BD numérique : une motivation énorme mais des moyens encore insuffisants

Vendredi 20 mai 2011, une dizaine de personnes étaient réunies à Paris autour du groupe de travail "Aide à la création" de l'association Pilmix.org. Les échanges ont montré que des formes narratives commençaient à se distinguer (en particulier le turbo média) et que des outils de création étaient disponibles ou en voie de l'être. En revanche, tout reste à faire pour offrir aux auteurs des perspectives professionnelles et pour légitimer la lecture de récits sur support numérique aux yeux du public.

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2011 mai 14

Les aliens ont envahi Metz, et bientôt vos iPad et tablettes numériques

Jeune messin passionné de BD, Guillaume Matthias signe le deuxième opus des Aventures de Bertrand Keufterian. La ville de Metz est devenue un ghetto sécurisé pour des extra terrestres patibulaires dont la tentative d'invasion a échoué. Le jeune Bertrand tente désespérément de se tailler une réputation en chassant les aliens pour un jeu grandeur nature télévisé.

Avec l'aide de Carlos Rodrigo au scénario et les couleurs de Céline Labriet, Guillaume Matthias signe un comics surprenant. Bertrand K. ressemble à un comics mainstream qui aurait traversé le miroir déformant de la caricature... Et ça marche : au fil des pages on abandonne la posture du lecteur de SF pour mieux rire des situations et des dialogues poussés au comble de l'absurde.

Ce deuxième épisode vient clore la première aventure de Bertrand K., il est disponible auprès de l'association Phylactères, éditrice de comics français indépendants tels que la saga policière futuriste VHB. Pour réaliser son projet, Guillaume Matthias a reçu le soutien de Envie d'agir, la Ville de Metz et la Région Lorraine.

Si je vous parle de Bertrand Keufterian, c'est parce que j'ai parrainé ce projet qui s'apprête à sortir des fascicules imprimés pour envahir les tablettes numériques Android et iPad. La quatrième de couverture annonce en effet l'arrivée prochaine de Webellipses. Rendez vous en septembre 2011 pour découvrir cette initiative venue du monde du "french comics".

2011 mai 12

La BD numérique en bibliothèque, la grande inconnue

La table ronde organisée par les auteurs du blog Phylacterium, élèves conservateurs à l'ENSSIB, a permis de révéler un vaste chantier dont on parle trop peu en matière de BD numérique : celui des bibliothèques. Ces questions ont été abordées après que nous ayons dressé un panorama synthétique mais aussi complet que possible de la BD numérique, à l'intention d'une bonne quarantaine de personnes, principalement des élèves conservateurs et membres de l'équipe enseignante, mais aussi un représentant d'Izneo et quelques curieux. Je ne reviendrai pas sur les idées développées par Arnaud Bauer (Manolosanctis) et moi même, qui recouvrent pour l'essentiel les enjeux abordés au fil des billets de ce blog.

Catherine Ferreyrolle, directrice de la bibliothèque de la CIBDI à Angoulême nous a pour sa part brossé le portrait de documentalistes volontaires mais dépassés par l'ampleur du chantier. Une chose est sûre, la BD numérique est une priorité pour cette année... Mais comment assumer son rôle de prescripteur lorsqu'on peine déjà à digérer la production traditionnelle (5200 sorties l'an passé) ? La production numérique manque de lisibilité : trop de choses parmi lesquelles chercher les perles rares.

Il faut aussi faire face à la diversité des formats et des interlocuteurs. 3 bibliothèques en France seulement sont abonnées aux Autres Gens. Manolosanctis accueille le compte utilisateur d'une bibliothèque, à travers lequel un documentaliste compose des listes de lecture limitées aux BD hébergées par l'éditeur numérique. Quant a Izneo, l'offre n'est pas encore prête, mais il est prévu de proposer un abonnement pour permettre la consultation de l'ensemble du catalogue au sein des bibliothèques qui y souscriront.

Les bibliothécaires n'ont d'ailleurs pas toujours de sensibilité pour la BD sur écran. Faute d'autres organes de prescription, ils sont donc démunis malgré leur bonne volonté. Les usagers eux-même ne sont pas demandeurs. Lorsqu'on se déplace dans une bibliothèque, on le fait plutôt pour emprunter des livres que pour s'y installer et lire sur un écran. Chez soi, personne ne pense à se connecter à l'espace numérique de sa bibliothèque municipale pour y chercher des histoires. Comme l'a souligné Arnaud Bauer, la prescription passe aujourd'hui par les réseaux sociaux et les recommandation de nos "amis" sur Facebook. Le bibliothécaire devrait-il prendre à bras le corps le rôle de community manager ?

Tout au long de cette table ronde, j'ai mis l'accent sur la différence entre BD numérique et BD numérisée et l'importance de ne pas faire de la seconde un préalable à la première. Il est nécessaire de s'interroger plus largement sur le rôle de la BD dans le devenir des récits dans le contexte de la convergence numérique (les mêmes écrans permettent d'accéder à tous les médias). La bande dessinée a une responsabilité dans l'invention des formes narrative numériques, quand bien même le résultat ne serait plus reconnu comme de la bande dessinée.

2011 mai 9

Table ronde sur la BD numérique le 12 mai à Lyon

Les fondateurs du blog Phylacterium organisent le 12 mai prochain à l’école nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques (Enssib, Villeurbanne) une table ronde sur la bande dessinée numérique.Intitulée La bande dessinée en perspective : production, diffusion et conservation, cette table ronde se propose d’éclaircir les enjeux actuels de la bande dessinée numérique. J'y participerai aux côté de Arnaud Bauer, président de la maison d'édition Manolosanctis, et de Catherine Ferreyrolle, directrice de la bibliothèque de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image à Angoulême.

2011 avr. 18

BD numérique : vers un piratage responsable ?

Hasard du calendrier, alors qu'Izneo promet une offre d'abonnement d'ici fin 2011, le magazine "pirate" BDZ sort son numéro 1 (lire la chronique du numéro 0).

BDZ se livre à une critique très complète de l'offre d'Izneo : politique éditoriale, tarifs, qualité de numérisation, ergonomie, sécurité... Tout y passe. Malgré un portrait au vitriol de l'offre des éditeurs de "Bande numérique", BDZ appelle au "piratage responsable", "complémentaire de l'offre légale" en privilégiant la découverte et le partage d'anciennes BD qui ne sont plus diffusées.

Selon l'auteur de BDZ, cet appel à la raison aurait été relayé récemment au sein d'un scan pirate très attendu, en lieu et place des pages de la BD. Les principaux pourvoyeurs de scans pirates se présentent comme des passionnés avant tout. Or ces "collectionneurs" semblent déterminés à raisonner la jeune génération. De fait, si les nouveautés ne sont pas scannées, l'offre pirate devrait rapidement ressembler à l'offre d'une bonne bibliothèque publique. Reste aux éditeurs et aux libraires à formuler une offre légale suffisamment attractive autour des nouvelles créations, avant que des pirates moins altruistes ne le fassent à leur place.

Izneo promet une offre d'abonnement BD numérique d'ici fin 2011

Interpellé jeudi dernier sur sa page Facebook, Izneo donne une réponse encourageante à la question suivante : à quelle échéance la mise en place d'offres d'accès par abonnement est-elle envisagée ?

C'est un sujet qui est forcément au cœur des préoccupations d'izneo. Nous essayons de définir une offre d'abonnement qui soit avantageuse pour les lecteurs et équitable au niveau de la répartition des revenus pour les auteurs. On se donne rendez-vous d'ici la fin d'année 2011 pour vous présenter un premier résultat !

L'abonnement sera-t-il le terrain d'entente entre auteurs et éditeurs sur la question des droits numériques ? On peut l'espérer. Mon argumentaire pour la mise en place d'offres d'abonnement en matière d'accès aux BD numérisées avait été salué par plusieurs auteurs (notamment Joseph Béhé et Olivier Jouvray). L'association des Auteurs de Bande Dessinée a jugé l'analyse "pertinente". L'Atelier BD numérique du SNAC a trouvé le modèle "convaincant".

2011 mar. 31

Accès par abonnement aux BD numérisées : un autre modèle est possible

La bande dessinée a une carte à jouer en faisant du support numérique la porte d'entrée du grand public vers ses univers, au moyen d'offres d'abonnement ambitieuses telles qu'aucune autre industrie culturelle n'a encore su en proposer en francophonie.

Si les éditeurs BD font aujourd'hui pire qu'Apple ou Amazon, il ne faut pas désespérer : étant plus petits que les mastodontes du web, ils finiront peut-être par entendre les petites voix venues du terrain.

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2011 mar. 25

Bande numérique, les éditeurs pires que Apple et Amazon

Comment dépenser 700 000 € pour le numérique et éviter soigneusement de faire preuve d'innovation.

Dans la foulée de l'appel du ministre de la culture à l'union des éditeurs pour négocier avec Amazon, huit éditeurs de bande dessinée ont annoncé le lancement d'un catalogue commun "Bande numérique" basé sur la plateforme Iznéo. Bodoï a recueilli le témoignage du directeur général de ce regroupement d'éditeurs. En un mot : affligeant... On prend les lecteurs de bande dessinée pour des pigeons.

Morceaux choisis...

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2011 mar. 15

Un magazine "pirate" plaide pour des BD numériques mieux scannées

B.D.Z.L'acronyme "BDz" désigne la "BD numérique", n'en déplaise à tous les pseudo-inventeurs de la BD numérique, qui pensent qu'ils ont refait le monde !

C'est ainsi que les auteurs du webzine B.D.Z. expliquent le choix de leur titre. L'expression découle directement du mot "warez", qui désigne des contenus numériques protégés par les lois du copyright, mais diffusés illégalement sans reverser de droits (Wikipedia). Ce magazine se donne une mission :

Ouvrir les yeux aux lecteurs sur la qualité (ou plutôt la sous-qualité) qu'ils sont habitués à télécharger, acheter, tant que dans l'offre légale que du côté illégal.

On retrouve là le cheval de bataille des adeptes du partage de scans dont j'avais interrogé un représentant et recueilli les usages d'un petit échantillon. Au delà des questions de droits, bien numériser une bande dessinée demande du matériel, du temps et des compétences. Un domaine dans lequel les pionniers du partage semblent avoir beaucoup à apprendre aux jeunes pirates comme aux éditeurs.

Entre deux pin-ups et chroniques de lecture, le magazine revient sur l'étude eBookz 2 du MOTIF, jugée avec moins de sévérité que la précédente étude. On appréciera également la visite commentée des "effets artistiques" qui entachent les BD numérisées tant légales qu'illégales. Saviez-vous qu'une mauvaise retouche pouvait produire une oeuvre impressionniste, abstraite, tachiste ou pointilliste ? Et de conclure, la retouche n'est par un art avant d’exhorter les lecteurs à exiger des retouches de qualité.

Comme l'explique l'article suivant, il faut dire que les authentiques amoureux des BDz lisent sur de grands écrans haute définition de 22, 24 ou 30 pouces et pas sur le minuscules tablettes ardoises telles que l'iPad, qui n'arriveront à maturité que dans 2 ou 3 ans selon B.D.Z. On s'attardera enfin sur un dossier consacré aux logiciels de lecture et de classement de BD numériques. Leur nombre et leur sophistication surprend lorsqu'on sait qu'aucun éditeur ne propose d'accès légal à des fichiers dans les formats communément utilisés sur les réseaux de partage.

En définitive B.D.Z. se révèle un bon moyen de comprendre les motivations et les attentes des pirates les plus endurcis.

2011 mar. 7

The Shakers revient en turbo media, mais sans Flash

Après une crise existentielle au cours de laquelle il a failli mettre fin à son pseudonyme électronique, Fred Boot revient avec ''The Shakers'' nouvelle formule. L'an dernier, il avait exploré les possibilités du ''rich media'', il opte cette fois pour une forme plus légère ne mettant en jeu que l'image : le turbo media. Je vous laisse découvrir le premier épisode...

The Shakers : opération Cocteau Pussy.

Grâce à ma modeste contribution, contrairement aux autres à plusieurs exemples de ''turbo media'', The Shakers s'appuie sur du javascript plutôt que sur du Flash. Non content d'être lisible sur les terminaux mobiles, le feuilleton offre également au lecteur la possibilité de reprendre le récit où bon lui semble grâce à une barre de lecture sous le récit.

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2011 janv. 31

2010, année de la bd numérique dans la presse francophone

Il y a un an, je m'étais penché sur l'évolution des terminologies d'usage en matière de bande dessinée sur support numérique. Voici les chiffres actualisés pour les différentes terminologies en usage dans la presse francophone :

Terminologies en usage dans la presse francophone au sujet de la bande dessinée sur support numérique.

On observe très nettement :

  • un traitement 2.5 fois plus important que l'an passé de la BD sur support numérique en général par les journalistes ;
  • +340% pour l'usage du vocable "BD numérique" ;
  • les blogs BD sont 3 fois plus représentés ;
  • le terme "webcomics" reste confidentiel, mais est tout de même 4 fois plus usité qu'auparavant, de même que le terme "bd interactive" (porté par la sortie d'un album à vocation touristique, qui intégrait des flashcodes) ;
  • l'expression "BD en ligne" reste stable.

L'expression "BD numérique" semble donc adoubée par la presse, à défaut de l'être par les internautes qui n'effectuent quasiment aucune recherche sur cette expression. Lorsque l'on parle de "BD numérique", il s'agit toutefois encore quasi exclusivement de bandes dessinées numérisées, et non de créations numériques originales. C'est pourquoi certains auteurs caressent aujourd'hui l'idée de s'affranchir des mots "bande dessinée" en parlant de Turbo Media...

2010 sept. 16

BD numérisée : vers un piratage de masse ?

Peut-être avez vous manqué le témoignage d'un adepte du partage ''peer to peer'' de BD scannées publié cet été. Depuis, ce "collectionneur" a accepté de relayer un petit questionnaire auprès de la communauté qui l'entoure. Il m'a également fait partager quelques observations sur les évolutions en cours sur les réseaux de partage... Sa vision de l'avenir est assez sombre si les éditeurs ne redressent pas la barre. Du partage illégal mais responsable entre passionnés, la bande dessinée glisse lentement vers le téléchargement de masse par les nouveaux adeptes des tablettes à la sauce iPad.

La BD n'avait rien à craindre du piratage lorsque la BD numérisée n'était qu'un format de partage non marchand. C'est pourquoi il serait préférable de favoriser la création et la diffusion de bande dessinée numérique originale, plutôt que d'inculquer au public l'idée que la BD numérisée "homothétique" au livre est l'avenir de la lecture de bande dessinée. Donner une valeur marchande aux BD numérisées ne présente que des inconvénients :

  • cela déprécie la valeur des albums originaux ;
  • cela ouvre la voie aux pirates professionnels.

Les usages des pionniers du partage de BD numérisée montrent en revanche que le web est avant tout un formidable outil pour offrir l'accès à une large bibliothèque de titres et les faire découvrir à moindres frais. Plutôt que de conférer une valeur marchande individuelle aux BD numérisées, il suffirait d'en attribuer une à l'accès au catalogue entier par le biais d'un abonnement.

Explications...

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2010 sept. 1

Rainbow Mist : un album inédit à découvrir en ligne

Rainbow MistLa post-publication de ''Gordo un singe contre l'Amérique'' a permis de donner une seconde vie à un album trop rapidement emporté par la tornade des nouvelles sorties BD. Fred Boot remet le couvert, avec cette fois un album qui n'est pas parvenu jusqu'aux rayons des libraires. ''Rainbow Mist'' avait trouvé un éditeur, mais L'Atalante n'a finalement pas pu le porter sur papier en raison de difficultés financières. Qu'à cela ne tienne, les auteurs ont décidé de nous en faire profiter gratuitement sur Internet avant de l'ajouter à nos bibliothèques en commandant un exemplaire imprimé à la demande.

C’est un calendrier des années 60, l’un de ceux dont on arrache chaque jour une page, qui permet à Vince de faire des allers et venues d’une journée dans le passé. À̀ Harlem, un demi-siècle plus tôt, il devient barman au club de jazz Rainbow Mist, espérant attirer l’attention de la belle Bess qui s’y produit.

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2010 août 18

Mon blog et Webcomics.fr intéressent les chercheurs en communication

Hermès 54 : Bande dessinée : art reconnu, média méconnuEn janvier dernier, la revue ''Hermès'' consacrait son 54e numéro à la BD en tant que média, sous le titre "La bande dessinée : art reconnu, média méconnu". Sous la direction de Dominique Wolton, cette revue regroupe une quarantaine d'articles scientifiques parmi lesquels l'un d'eux est totalement consacré à l'étude de Webcomics.fr :

Khaled ZOUARI
Le site Webcomics, un exemple d’interactivité

À travers une approche communicationnelle, cette contribution s’oriente et se focalise autour de liens entre bande dessinée et technologies de l’information et de la communication. Nous essayerons d’examiner comment Internet peut influer sur les pratiques des auteurs et des lecteurs de bande dessinée, ainsi que sur les schémas relationnels qui lient ces derniers. À travers l’analyse du site Webcomics, nous nous intéresserons à l’interactivité et à la place de l’usager dans le dispositif technique.

La webographie de la revue (concoctée par Franck Guigue) fait en outre mention de mon blog en des termes fort élogieux :

On pourra suivre avec attention les évolutions de la bande dessinée numérique sur l'excellent blog de Julien Falgas, Marre de la TV

Un autre article est consacré aux blogs BD. La BD numérique commence à peine à intéresser les médias : la critique est indigente en la matière. Qui aurait cru qu'elle intéresse déjà le monde de la recherche ? Dominique Wolton souligne en préambule : "le déficit de recherche sur la BD est abyssal (...) si l'on mettait côte à côte le nombre de travaux consacrés à Internet et celui des recherches dédiées à la BD (...) on aurait l'impression de voir une fourmi à côté d'une pyramide !". L'intérêt des chercheurs pour Internet explique peut-être leurs affinités avec la BD numérique lorsque vient le moment de traiter de bande dessinée.

2010 juil. 22

The Carrier, feuilleton BD numérique en temps réel et différé

The CarrierJ'ai totalement oublié de chroniquer ici une BD découverte sur iPhone en mars dernier : The Carrier, par Evan Young. Le scénario d'espionnage ne fait pas dans la dentelle, en mixant allègrement terrorisme et pandémie, sur fond de conspiration. Comble du poncif : le personnage principal est amnésique. L'ensemble est servi par des dessins de style "comics" qui manquent cruellement de personnalité... Sauf que cette BD numérique pour iPhone offre 10 jours de lecture en temps réel à partir de l'instant où l'on décide d'entamer (ou de recommencer) sa lecture. Une version iPad est également disponible.

Voilà une expérience encore inédite. Il m'est arrivé de recevoir sur mon téléphone jusqu'à 10 notifications dans la même journée. Chaque notification invite à découvrir ce qui vient de se passer à l'instant même dans le récit, à travers un court épisode de quelques vignettes. En plus de ces notifications, j'ai reçu des emails fictifs avec des coupures de journaux, des bulletins météo, des articles de blog ou de fausses publicités plus ou moins liés aux événements.

On parle beaucoup du feuilleton comme de la voie à suivre pour la BD en ligne. On a en tête des récits au long cours, qu'il faudra bien souvent prendre en route et qui n'auront pas de fin de sitôt. The Carrier propose une alternative : le feuilleton individuel. Une fois l'histoire achevée, il est possible de la réinitialiser pour revivre l'expérience. Par l'immersion que son dispositif suscite, The Carrier n'est pas sans rappeler l'expérience du jeu In Memoriam d'Eric Viennot, tout en restant dans le champ de la bande dessinée.

Plutôt que de chercher à épater le lecteur par des effets interactifs, visuels ou sonores, cette BD numérique s'inscrit humblement dans les usages naturels de son support. Le lecteur a toujours son téléphone mobile à portée de main, il est devenu familier des notifications en "push" de ses amis (par SMS) ou de ses applications, il se sert massivement de son smartphone pour consulter sa messagerie électronique (bien souvent pour suivre l'actualité). Chacun de ces usages devient un Rabbit Hole[1] pour pénétrer dans la BD. C'est une illustration concrète de la posture que je défendais face à une conception de la BD numérique qui place l'interactivité au premier plan au lieu de la rendre invisible.

Notes

[1] Cette expression vient d'Alice au pays des merveilles, où le terrier du lapin constitue un portail vers le pays des merveilles. Les jeux en réalité alternée (ARG) parlent de Rabbit Hole pour qualifier les indices qui permettent d'entrer dans le jeu depuis le monde réel.

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