Je présenterai le prototype du service de navigation web contributive needle à l’occasion de la 3ème édition du Workshop Cybèle CEREFIGE :

  • le 19 décembre 2017 à 9h, dans la cadre de la session « partage d’expérience entre praticiens et chercheurs »,
  • à Metz, ESM-IAE, Amphi 1.

Résumé de la communication

Nick Guyen, vice-président de la fondation Mozilla en charge du développement du navigateur Firefox, explique le projet Context Graph initié en juillet 2016 par le constat suivant (Guyen, 2017) :

« The tragedy of the web is that it’s hard to find the answers to the questions you haven’t imagined, and expanding your imagination has only gotten harder now that both search and social networks strive to give you a heavily filtered version of the web. »[1]

Pour Mozilla, ce constat fonde la volonté de développer un moteur de recommandation capable d’adresser l’internaute vers une page pertinente au regard de données contextuelles telles que sa recherche en cours, sa position géographique ou son historique de navigation. L’enjeu du projet de Mozilla : élaborer des algorithmes à même de recommander des contenus sans porter atteinte à la vie privée des utilisateurs, en particulier sans s’appuyer sur les connexions existantes entre leurs profils sur un réseau social numérique.

C’est un constat similaire qui a conduit à imaginer needle : un service d’accès aux contenus en ligne alternatif aux moteurs de recherche et aux réseaux sociaux issu de la recherche en sciences de l’information et de la communication. needle vise à offrir au monde universitaire puis au public, un outil simple et performant pour découvrir de l’information et des productions scientifiques, intellectuelles et créatives sur l’Internet. Le développement de ce service a été financé par l’Université de Lorraine dans le cadre de la valorisation non économique et son déploiement expérimental est imminent au sein de l’établissement.

Si l’invention de needle découle du même constat que celui de son contemporain, elle y répond d’une manière bien différente. Plutôt que de miser sur l’analyse algorithmique de données contextuelles, needle repose sur la contribution collective à son index : un réseau de pages web référencées et connectées entre elles par les utilisateurs de needle eux-mêmes. En effet, les recommandations offertes par needle au fil de la navigation de ses utilisateurs reposent sur une logique de partage et de co-construction. C’est ce que nous avons nommé la navigation web contributive.

Au regard des premières réactions recueillies auprès d’utilisateurs pressentis (chercheurs, entrepreneurs, acteurs du secteur de l’innovation ou des collectivités territoriales), il semble que needle constitue un outil à même de favoriser le décloisonnement, l’identification de synergies et le renforcement de collaborations. Il répond ainsi à la définition de l’intelligence collective avancée par Samuel Szoniecky et Nasreddine Bouhaï (2017), à savoir « la mise en commun de la réflexivité afin de finaliser une action qui ne pourrait pas l’être par une seule personne ». Comme le soulignent les deux chercheurs en humanités numériques et en sciences de l’information et de la communication, « toute la difficulté de l’intelligence collective réside dans cette capacité des individus à accepter de contraindre leurs expressions par un formalisme car il remet bien souvent en cause des habitudes de travail réflexif ». Or le concept de « fil de pensée » sur lequel repose needle est précisément une formalisation moins contraignante qu’heuristique de la réflexivité de l’utilisateur, formalisation destinée à être mise en commun avec celle d’autrui.

Samuel Szoniecky et Nasreddine Bouhaï illustrent leur propos par l’exemple du Wiki. Si le Wiki rend possible l’exercice de l’intelligence collective autour de la composition de contenus tout en permettant leur mise en relation hypertextuelle, needle se concentre sur l’élaboration d’un réseau hypertextuel entre des contenus dont les modalités de composition et de publication en ligne restent libres.

Dans le cadre du workshop, nous effectuerons une démonstration de needle avant d’en souligner les ambitions. Sur cette base, et dans une démarche de recherche-action, nous souhaitons recueillir les réactions de chercheurs et de praticiens. Nous nous interrogeons particulièrement sur les attentes qui pourraient s’exprimer en matière de confiance, étant entendu que needle est destiné à une diffusion open source au sein d’une architecture distribuée et que le fonctionnement du service ne nécessite la collecte d’aucune donnée personnelle. Nous sommes également à la recherche de terrains d’expérimentation ou d’application futures – notamment dans le cadre de projet collaboratifs impliquant des territoires – à  l’issue des test qui doivent débuter à l’échelle de notre établissement. Enfin, nous sommes désireux d’engager des collaborations scientifiques pluridisciplinaires autour de l’objet de recherche-action que constitue needle.

Références citées

  • GUYEN, Nick, (2017), Your phone is not a television, en ligne : https://medium.com/firefox-context-graph/your-phone-is-not-a-television-2aaae67c645
  • Szoniecky, Samuel, et Nasreddine Bouhaï, (2017), Intelligence collective et archives numériques: vers des écosystèmes de connaissances, iSTE editions, London.

[1] « La tragédie du web c’est qu’il est difficile de trouver des réponses à des questions que l’on n’a pas imaginées, tandis que faire preuve d’imagination est devenu de plus en plus difficile à mesure que moteurs de recherche et réseaux sociaux nous offrent une version lourdement filtrée du web. » (traduction personnelle)

Voir aussi :