Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2005 fév. 23

De la bande dessinée ... 1

« Ce petit livre est d'une nature mixte. Il se compose d'une série de dessins autographiés au trait. Chacun de ces dessins est accompagné d'une ou deux lignes de texte. Les dessins, sans ce texte, n'auraient qu'une signification obscure ; le texte, sans les dessins, ne signifierait rien. Le tout forme une sorte de roman, d'autant plus original qu'il ne ressemble pas mieux à un roman qu'à autre chose. » [1]

Rodolphe Töppfer, considéré comme l'inventeur de la bande dessinée, était conscient des enjeux représentés par le médium qu'il initie en 1827. Si le théâtre a dès le départ été le lieu d'une mixité des moyens, la bande dessinée depuis sa première forme historique (la « littérature en estampes », selon Töppfer) peut-être considérée comme le premier terrain moderne d'exercice du multimédia au sens où le définit Florence de Méredieu :

« (ce qui fait) appel à une pluralité de "médiums" ou supports techniques (peinture, photographie, sculpture, vidéo, image numérique, etc.) ». [2] C'est cette situation particulière de la bande dessinée qui en fait le point de départ tout désigné d'une réflexion sur le support numérique en tant que lieu contemporain privilégié de la création multimédia. Je suis, en cela, le même raisonnement que Benoît Peeters, lorsque, avec François Schuitten, il explique la façon dont leur univers des Cités Obscures [3] s'est naturellement décliné sur d'autres supports que l'album de bande dessinée, jusque dans des expositions multimédia :

« ''La bande dessinée entretient de nombreuses affinités avec le multimédia. Composite par nature, elle utilise prioritairement l'image fixe et le texte écrit, comme le font aujourd'hui le CD-rom et les réseaux. Tout comme le multimédia, la bande dessinée est une écriture discontinue : c'est au lecteur qu'il appartient de jeter les ponts entre les cases, c'est à lui de définir le rythme et le type de parcours. On pourrait donc dire que la bd est, par son fonctionnement, plus proche du multimédia que ne le sont le cinéma et la télévision.'' » [4]

Il convient cependant de nuancer le propos, car comme le note Thierry Groensteen [5], la bande dessinée contemporaine ne se définit plus par un caractère mixte : l'écrit a perdu son statut de véhicule privilégié du récit, l'image peut se suffire à elle-même dans l'émergence du récit. La bande dessinée se situe en réalité pour lui « à la charnière entre la civilisation du livre et celle du multimédia » par la façon dont elle convoque une activité multiple du sens visuel, sans pour autant s'adresser à d'autres sens que ce dernier. Il s'agit donc de considérer plus précisément ce que Groensteen nomme « le jeu de la succession des images » et qui est pour lui le fondement du médium.

Notes

[1] "Notice sur l'histoire de Mr Jabot" in Töppfer, L'invention de la bande dessinée, Hermann, coll. Savoir : sur l'art, 1994. Consulter également : Alain Beyrand, Les débuts de la bande dessinée, Pressibus

[2] Florence de Méredieu, Arts et nouvelles technologies, Larousse, Paris, 2003, 240 p.

[3] François Schuitten (dessin) et Benoît Peeters (scénario), série Les Cités Obscures, Casterman

[4] Benoît Peeters et François Schuitten, L'aventure des images : de la bande dessinée au multimédia, Autrement, 1996

[5] Thierry Groensteen, Système de la bande dessinée, Puf, Paris, 1999, 200p.

Commentaires

1
Indépendament de tous ses côtés artistiques ou philosophiques, la bande dessinée a plusieurs avantages, qui en font un moyen d'expression privilégié. Chaque genre artistique touche différents aspects de notre esprit. Le texte s'adresse à l'intellect, il est idéal pour transmettre analyses et compréhension, mais il peut aussi apporter beauté et émotion. Toutefois le meilleur véhicule de l'émotion reste sans conteste la musique, et le son en général (qui peut aussi porter du texte). Quant à l'image, elle véhicule la beauté, et beaucoup d'informations qu'il serait fastidieux de transmettre par texte (comparer l'efficacité d'une longue description à la Proust, et d'un balayage de caméra dans la chambre de gosse du film ET) Pour cette raison aucun genre artistique ne peut prétendre évincer les autres (et les médias ne peuvent disparaître que si ils sont vraiment techniquement obsolètes). Mais l'idée d'associer différents genres ne date pas de Töppfer, elle date de l'antiquité: le théâtre, et son développement l'opéra, associent texte (paroles et livret), image (acteurs, décors parfois somptueux) et musique (chant et orchestre). Ce n'est pas par hasard si les opéras restent parmi les plus grandes oeuvres d'art. Seul le cinéma (nouveau média) a pu supplanter l'opéra, en se libérant du décors fixe pour le remplacer par une immersion bien plus profonde et réaliste dans un décors complexe en 3D. Théâtre et opéra ne disparaîtront pourtant pas avant longtemps, à cause d'une relation directe à l'acteur et au musicien qu'on ne peut avoir au cinéma. Et le cinéma est victime d'un piège: il suffit d'avoir de l'argent pour faire un film, et même beaucoup de films. Mais peu tiennent la comparaison artistique avec les grands opéras... La bande dessinée associe le texte (paroles, explications) à l'image (dessin, qui peut aller d'un simple croquis à une oeuvre complexe à la Macedo). La seule condition pour réaliser une bande dessinée est en fait de savoir dessiner (ou au moins faire des crobards qui tiennent la route, de nombreux auteurs qui ne savent pas vraiment dessiner ont recours à des moyens tels que gabarits, copier coller, etc). Contrairement au théâtre, qui exige une troupe et un grand local, ou au cinéma, qui exige des moyens financiers élevés, on peut donc réaliser une bande dessinée facilement, avec pour seule limite notre talent et le temps que l'on peut y investir. Aussi ce n'est pas par hasard si des modes ou des mouvements sociaux entiers utilisent ce moyen pour transmettre leurs idées, au moyen de nombreux fanzines (les idéaux des années 1960-70 se répandaient ainsi) et aujourd'hui de nombreux auteurs écrivent toujours. Toutefois cette bande dessinée amateur se heurtait à un obstacle sérieux: faute d'éditeur, elle restait dans des revues à petit tirage, voire tout bonnement dans les cartons de l'auteur. Rares sont les bandes dessinées avec un contenu intéressant qui ont franchi la censure éditoriale... Et la plupart du temps, en France, il s'agissait d'auteurs qui avaient fait leurs premières apparition dans des revues comme Tintin, Pilote ou Spirou, à une époque (1950-60) où il y avait encore peu de concurence. Un nouveau Franquin ne pourrait pas apparaître aujourd'hui. Internet a changé la donne, de deux façons. D'abord en supprimant la censure éditoriale. Ce n'est toutefois pas une panacée: pour être lu sur Internet, il faut faire parler de notre travail, attirer quelques lecteurs qui nous donneront des bonnes notes, ce qui fera monter notre lien dans le classement des sites répertoires de bande dessinée en ligne. Ce n'est que si on arrive dans les premières places que les visites deviennent nombreuses, entraînant des commentaires, des réactions, qui attirent d'autres lecteurs... Ce processus de concurence (appelons-le par son nom) introduit une nouvelle censure par le lectorat. Le principal critère sera bien sûr la qualité (ce qui est plus juste que la censure éditoriale) mais aussi des critères plus subjectifs et aussi orientés que la censure éditoriale, comme la mode (vous devez mettre «manga» ou «ninja» dans le titre) ou les idéologies dominantes (il ne faut pas se faire d'illusion: des jeunes «branchés» en casquette et basket sont aussi orientés idéologiquement et que nos grands pères qui ont fait 14-18). Internet a aussi changé la donne en ce qui concerne les médias que l'on peut associer, donnant le multimédia. Ainsi au texte et au dessin de la bande dessinée classique sur papier, peuvent s'ajouter des sons, du mouvement (animations flash ou autres) voire de l'interactivité. Ainsi la bande dessinée classique peut s'enrichir d'émotions et d'ambiances, par la musique ou par le mouvement. Cela rapproche la bande dessinée multimédia du film, tout en restant à portée d'un amateur, mais avec un résultat artistique qui peut parfois tenir la comparaison avec les «vrais» bon films.

Richard Trigaux Le jeudi 24 février 2005 à 15:58

2
Quelle alternative de classification imaginerais-tu pour les oeuvres en ligne ? Pour l'Abdel-INN ( http://www.abdel-inn.com/ ) j'ai voulu éviter les systèmes de notation et faire en sorte que soient mises en avant les oeuvres qui avaient suscité chez le lecteur assez d'intérêt pour qu'il rédige un commentaire (même très court)... Cela s'inscrit tout de même dans le cadre de ta critique, puisque les histoires qui "remontent" sont celles qui sont commentées. D'où la mise en place récente d'une "histoire du jour ( http://www.abdel-inn.com/?blog=1 )" qui me permet de mettre en avant un choix personnel quotidien parmi la base d'histoires de l'annuaire. Je complète donc la sélection "démocrtaique" par la sélection "éditoriale". Quelle autre possibilité y a-t-il ? Je crois que toutes les oeuvres seront toujours en concurrence, non pas qu'on mesure leur qualité à leur audience, mais simplement que le public ne peut pas tout voir et tout entendre. Une sélection (c'est à dire une mise en concurrence) est donc nécessaire, la seule différence réside dans le mode d'arbitrage de ces concurrences. C'est là qu'il convient d'innover autant que possible, le problème est comparable à celui des moteurs de recherche : comment bien conseiller le public par des moyens techniques ? D'où aussi la mise en place progressive d'un lien sur chaque fiche d'histoire de l'Abdel-INN pour inviter le visiteur à découvrir quelquechose susceptible de lui plaire aussi s'il a aimé l'histoire en question.

JiF Le jeudi 24 février 2005 à 17:15

3
Bonjour. Je ne vois pas de réponse simple à cette question, qui pourtant ne peut laisser personne indifférent. A l'époque de Gaston Lagaffe et Astérix, les dessinateurs de bande dessinée étaient peu nombreux, et donc presque tous sont devenus célèbres. Mais aujourd'hui il y a des milliers d'auteurs de toute qualité, et des dizaines de bonne qualité. Une sélection par les votes des lecteurs, qui fait remonter les liens vers le début du classement, pose le problème de la concurrence de type "capitaliste", où celui qui est déjà le plus avancé est celui qui avance le plus vite. Ce type de concurence peut produire un résultat purement au hasard, qui ne doit rien au mérite d'un tel ou un tel. J'en ai même fait une démonstration publiée dans une revue scientifique à peer referee, voir ici ( http://www.shedrupling.org/recherch/vrai-eco/pareto/publi1.php?lang=fr ). Heureusement, les votes des lecteurs ne sont pas aussi inefficaces, et on peut constater que les histoires qui recueillent des votes sont souvent les plus intéressantes, ou qui correspondent à une attente des lecteurs (mode, idéologie...). Mais des perles peuvent passer inaperçues, car perdues dans des centaines de liens sans intérêt, que peu regardent. Favoriser la sélection efficace sur la sélection par le hasard n'est pas simple, et je ne vois pas de réponse immédiate ou évidente. Alors il y a des trucs. Ainsi Buzzcomix ( http://www.buzzcomix.net/ ) remet les ardoises à zéro chaque début de mois, le Cercle BD ( http://cercle.adbd.net/index.php?classe=visites&ordre=ASC ) met un lien "au hasard", ou il offre un classement inversé (les moins votés en premier), d'autres ne font carrément pas de classement (mais comment trouver la perle dans des listes de centaines, voire milliers de liens? Peu de lecteurs entreprennent une telle recherche). Beaucoup offrent une bannière (format pub) et une page de démo (une à trois pages de la bande dessinée) mais là encore aucun navigateur web n'affiche mille banières sans faire quelque tour à sa façon. D'autres enfin offrent un classement par catégorie (humour, science fiction..) ou par style (trait, couleur...) mais de tels classements sont toujours arbitraires, pouvant tromper l'attente du lecteur. Alors on peut revenir à la sélection éditoriale. Pour bien clarifier les choses, on peut d'abord dire que la sélection éditoriale peut se faire sur plusieurs critères: 1) qualité artistique ou technique 2) nouveauté, créativité 3) rentabilité commerciale escomptée 4) contenu idéologique ou considérations morales de cet ordre. Et on ne peut pas simplement dire oui ou non à chacun de ces critères!! 1) appelle une réponse déjà pas simple, car il faut parfois encourager de nouveaux talents, et donc faire monter des histoires de qualité moyenne, ou faire descendre des auteurs de bonne qualité mais qui n'apportent pas grand chose sur les autres critères. 2) appelle le même genre de réponse que 1) 3) la rentabilité commerciale est sans objet dans le domaine de la bande dessinée gratuite en ligne. Mais c'est bien évidemment ce critère qui est retenu par les éditeurs. Mais que considèrent-ils comme potentiellement rentable? Eh bien des choix bien précis et parfois très subjectifs dans les trois autres critères... c'est à dire: de la bonne qualité technique (la bande dessinée de supermarché) pas trop d'originalité, et de l'idéologie qui ne dérange pas trop le système... De là viennent bien des choix éditoriaux qui sont souvent réellement injustes. De là viennent aussi toutes ces piles de bandes dessinées sur des sujets qui se croient originaux (les pompiers, les gendarmes, les dinosaures...) bâtis sur le modèle éprouvé genre Boulle et Bill ou Gaston Lagaffe, mais qui n'en auront jamais l'originalité ni le charme. 4) le contenu idéologique ne devrait en théorie pas entrer en ligne de compte sur des annuaires de bande dessinée comme Abdel Inn. Bien sûr on ne fera pas de choix par exemple entre les différentes religions; mais faut-il rester indifférent devant des bandes dessinées pornographiques, amorales, présentant la haine et le meurtre comme des choses naturelles? Il ne s'agit pas du tout d'exceptions, car de nombreuses bandes dessinées actuelles reprennent les idéologies cyniques à la mode depuis le début du mouvement punk. Vivons nous dans un monde parfait, sans guerre ni crises ni divorces? Ou bien ne serait-il pas nécessaire d'aider à ce que les choses se passent un peu mieux? Personnellement, si je devais sélectionner des histoires, ce serait sur ce critère. Tout le monde n'est pas obligé d'en faire autant, mais avouons que cela ne peut laisser personne réellement indifférent. Il y aura toujours un niveau de laideur ou de cynisme où tout webmaster normal refusera d'ajouter un lien. Evidemment, sur un annuaire de bande dessinées genre Simpson et Peanuts, on n'aurra pas de liens pornos ou violents, mais surtout rien d'original et aucun lien de réflection sociale... L'attente du lecteur enfin entre en ligne de compte. Le lecteur frustré de ne pas trouver ce qu'il cherche abandonnera vite l'exploration des longues listes de liens. (Les liens morts ou défigurés augmentent encore considérablement cet effet, d'où l'intérêt de surveiller régulèrement la base de donnée). On finira par arriver à cette perversion: le lectorat ne se composera plus que de fans de ce que l'on trouve déjà sur les sites de bande dessinée! Les autres, découragés, s'occuperont d'autres choses, et ils ne seront plus là pour faire monter une bande dessinée originale qui les aurait intéressé. A contrario une oeuvre originale peut attirer ses propres lecteurs exclusifs. Actuellement le lectorat est beaucoup conditionné par les idéologies issues du mouvement punk, et des bandes dessinées cyniques de ce style monteront assez facilement dans les sites à votes. Mais le lectorat se renouvelle aussi, et il y a toutes sortes de gens qui fréquentent internet. Donc une ligne de conduite simple pour des sites comme Abdel Inn serait de rendre visible des oeuvres de qualité suffisante, (voir une discution précédente ( http://zine.abdel-inn.com/article.php3?id_article=0107 )) qui se démarquent des poncifs ambiants ou qui offrent un intérêt particulier. Voilà, je pense que c'est une discution intéressante, à continuer.

Richard Trigaux Le samedi 26 février 2005 à 13:53

4
Est ce que le système d'histoire du jour te semble aller en ce sens ? J'envisage d'ici quelques jours/semaines de faire passer l'affichage des histoires du jour ( http://www.abdel-inn.com/?blog=1 ) en priorité lorsqu'on tapera l'adresse de l'Abdel-INN. Pour accéder au reste des références, il faudra cliquer sur un onglet. Le premier avantage serait de mieux contrôler ce qui est proposé d'emblée au visiteur, le second d'accélérer son premier accès au site : la liste d'entrées de l'annuaire est assez lourde pour le serveur (il calcule le nombre de résultats attendus pour chacune des entrées)... Cela te semble-t-il aller dans le sens que tu proposes ? En dehors de cela, je trouve passionnante la manière dont Internet a évolué. Il y a 5 ou 6 ans quand j'ai commencé, la petite communauté des internautres francophone était en effervescence, tout le monde envoyait des mails à tout le monde pour peu qu'une obscure page perso ait éveillé un peu d'attention. Puis avec le flux du grand public ce genre d'échanges s'est tari et j'ai vraiment douté de l'intérêt de continuer, les systèmes de forums n'ont pas vraiment enrayé ce processus. Aujourd'hui les technologies popularisées par les blogs, de flux rss, de commentaires et de trackbacks montrent un "retour aux sources". J'essaie au maximum de faire de l'annuaire une plaque tournante pour ces types de communication, d'où les récents ajouts : - histoire du jour à afficher sur vos sites pour renvoyer à l'annuaire en échange d'un lien bien visible sur ce dernier. - trackbacks pour encourager à parler des histoires référencées sur vos propres sites, en particulier pour ceux qui ne s'inscrivent pas pour émettre des commentaires. - ... Et ensuite ? La sélection par les commentaires montre ses limites, elle reste tournée sur le site. Je pense qu'il y a une autre forme de sélection à développer : celle du réseau. Ceux qui apprécient ce qui est référencé sur l'annuaire doivent pouvoir en parler et se raccrocher à ce dernier. J'aimerais voir fleurir sur les blogs des critiques, avis, coups de gueules à propos des histoires en ligne... Que ces réactions complètent toutes celles émises sur les formes de création traditionnelles (critiques de film, d'albums musicaux etc) et fassent émerger de nouveaux moyens d'expression.

JiF Le samedi 26 février 2005 à 14:23

5
Effectivement ce système d'histoire du jour me paraît aller dans le bon sens. La seule réserve sérieuse que je mettrais est qu'il ne faudrait pas que des critères 3) "commerciaux" ou 4) "idéologiques" excluent des bonnes histoires. Pour le reste, on peut imaginer tout un tas de systèmes, du moment que la liste complète des liens n'est pas obnubilée par les liens "promus". Pour Internet, j'ai remarqué une évolution similaire à celle que tu dis: les visiteurs sont bien plus dilués qu'il y a quelques années, on est passé du village planétaire cher à Mac Luhan à une mégapole anonyme, où l'on peut certes trouver des points de rencontre chaleureux, mais où il est désormais impossible de tout explorer. Par exemple il y a des dizaines de forums rien que sur la bande dessinée, on ne peut plus tout suivre, et les fils de discution intéressants sont sans cesse enterrés sous de nouveaux. La seule solution est alors de s'insérer dans une de ces communautés, sans plus chercher à vouloir tout contrôler, comme dans la vie réelle. Mais comme tu dis des choses comme le RSS permettent effectivement de faire passer les infos essentielles entre de nombreux endroits. Du moins en instantanné, car le RSS est un flux, il n'a pas d'archives ou de structures permettant de retrouver des infos passées. Internet finit par ressembler à la télévision: un média omniprésent, mais sans mémoire, et donc incapable de réfléchir ou de prendre des décisions. La sélection par le réseau? Un principe d'Internet, mis en pratique par Google, est de considérer la notoriété d'un site par le nombre de liens qui y pointent. En réalité ce n'est pas un très bon indicateur: bien que de nombreux liens pointent vers mon site, ce sont des sites d'amateurs peu fréquentés, et je ne reçois un traffic substanciel que depuis un seul, parce qu'il est connu des médias (Les Mondes Virtuels ( http://www.mondesvirtuels.com/ )). Le reste vient des moteurs de recherche, ou parfois un portail connu qui me met page du jour. Sinon je pense que tu as raison: si un sujet attire l'attention, alors le réseau peut réagir, et il peut le faire même en l'absence de couverture par les grands médias ou par les institutions. Mais on retombe vite sur les mêmes problèmes que la sélection par les votes: des sites connus montent davantage, et des perles peuvent rester inconnues... sans parler des effets de mode. En particulier il me semble qu'il y a actuellement deux communautés de lecteurs de bande dessinée sur Internet: une communauté style «protection des enfants» qui refuse la pornographie et les idées progressites, et une communauté de style "punk-cynique" qui fait un peu l'opposé de la première, sauf qu'ils refusent aussi les idées vraiment progressistes. Où trouver une place entre les deux? Heureusement ils ne sont pas seuls, et chaque mois voit sur internet l'arrivée de nouveaux pays, dont les habitants ne sont pas obligés de se reconnaître dans les modèles précédents.

Richard Trigaux Le samedi 26 février 2005 à 15:31

6
Dire comme ci-dessus: il me semble qu’il y a actuellement deux communautés de lecteurs de bande dessinée sur Internet : une communauté style "protection des enfants" qui refuse la pornographie et les idées progressites, et une communauté de style "punk-cynique" qui fait un peu l’opposé de la première, sauf qu’ils refusent aussi les idées vraiment progressistes. cette affirmation est en fait un peu pessimiste. Si on regarde les sites de «webcomics» avec classement par le vote des lecteurs, on s'aperçoit que justement les bédés qui sont les mieux classées n'appartiennent à aucune de ces deux catégories (ou au pire à la première), et qu'elles sont souvent les meilleures, tant techniquement, qu'artistiquement ou par leur contenu. Donc l'avis des lecteurs est déterminant, et apparemment relativement pertinent, dans un système où l'argent n'intervient pas. Le tout est, pour une bonne bédé, d'arriver à décoller des fins de listes où peu de visiteurs viennent voir. Du point de vue d'un webmaster de site comme Abdel Inn, le mieux serait, je pense, d'avoir le flair de dénicher de telles histoires et de les proposer regulièrement à la vue des visiteurs.

likchenpa Le mercredi 2 mars 2005 à 10:04

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