Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2005 fév. 25

Qui sont les corsaires du net ?

Aurélien proposait en décembre dernier d'appeler ainsi les majors et leurs représentants... Avec trois camarades de classe, nous avions jugé quelques jours avant lui que le terme "corsaire" s'appliquait à merveille à tous ces gens qui téléchargent légalement. Nous en avons fait un blog, à l'occasion d'un projet mené dans le cadre de notre année de DESS en contenus Internet.

Le webdesign m'a tout naturellement en grande partie échu :

* Notre "blog" n'en est pas vraiment un, c'est plutôt un dossier en ligne sur les nouveaux modes de diffusion des oeuvres.

En effet, pas de classement antéchronologique, pas de calendrier ou d'outil de recherche. Tous les articles sont là, mis en page et organisés d'après nos choix. Tout ce qui rattache cette page web au blogging est l'outil.

Le blog en tant qu'outil a bien des usages : alors que nos petits camarades dans les autres groupes essayaient de marier une maquette réalisée sous Photoshop et leurs articles avec leurs compétences en création de site... Nous avions installé Dotclear sur un espace de page perso, et en quelques heures de travail notre maquette était mise en page par CSS et nos articles pouvaient s'ajouter à la volée à l'intérieur du dossier.

Bien souvent un blog permettrait de réaliser simplement et rapidement un site Internet professionnel... Plutôt que de faire appel à des prestataires, souvent ultra-compétents (mais pas toujours), qui réinventent incessament la roue en vous le faisant payer.

* Nous avons été encadrés par un journaliste professionnel, PM Pernet

Ainsi avons nous appris à organiser notre traitement du sujet. Plutôt que de livrer une fastidieuse revue de presse de l'abondante actualité autour des la propriété intellectuelle sur Internet, nous avons adopté une ligne éditoriale qui gravite autour de l'oeuvre et de sa diffusion. En nous appuyant sur quelques contacts que nous pouvions facilement interviewer, nous avons tissé un scénario dont le fil rouge est le témoignage d'un corsaire du net, un certain Delu qui achète sa musique en ligne avec les encouragements de l'Etat, malgré les marges ridicules des artistes sur la vente de leur oeuvre.

Nous avons également déployé des moyens peu répandus sur les blogs classiques, avec une interview vidéo retransmise par mes soins au format flash. En terme d'information ça n'est pas plus riche que le texte, mais cela accroche mieux le visiteur... Faut-il craindre que le public futur boude les blogs écrits pour ne plus s'intéresser qu'aux podcasts et autres videoblogs ?

* Enfin un graphiste professionnel nous a bien conseillé sur les aspects visuels, Arnaud Hussenot

Je suis arrivé avec un croquis au crayon du visuel que vous pouvez voir en haut du dossier. Un petit tour sur Google m'a permis de récupérer un modèle de choix en la personne de Johny Depp dans le film Pirates des Caraïbes... Vous l'aviez reconnu ? Il a été retourné, transformé en gravure comme on en faisait à l'époque des pirates et des corsaires... Et son pavillon noir a pris les couleurs de l'odieuse campagnes contre le piratage. Comme Jack Sparrow dans le film, le navire de ce corsaire est en train de couler... Mais en plus son capitaine perché en haut du mat regarde fièrement vers le passé.

Toute une symbolique pour dire ce dont nous étions tous les quatre convaincus : tant que l'industrie du disque persistera à vouloir perpétuer un système obsolète elle ne produira plus rien de bon. Les corsaires du net qui se fourvoient à acheter sur les plateformes légales sont dans le même navire. L'avenir des artistes est dans de nouvelles formes de diffusions, se faire connaître librement et largement sur Internet est le meilleur moyen de faire venir les public dans les concerts, de trouver des contrats, de vivre son art. La vente d'une reproduction de l'oeuvre est un phénomène tout nouveau, il persistera parce que nous aimons posséder quelquechose en souvenir, mais les artistes ont su et sauront à nouveau vivre d'autre chose.

Commentaires

1

J'apprécie particulièrement vos choix pour ce projet. C'est judicieux. Et je pense aux autres groupes ... la techno au service du contenu ou le contenu au service de la techno ? that is the good question.
Et tu as bien raison sur les prestataires ...

Par contre, votre définition de "corsaire du net" me dérange un peu. Voir ici :
www.funoc.be/etic/index.h...
un dossier passionant qui - amha - met en perspective les notions de "pirates" "hackers" etc ... J'ai du mal à comparer les "pros" du net et leurs diverses motivations, aux masses d'utilisateurs et de leurs usages.
C'est pourquoi une personne qui télécharge légalement est `q mes yeux très loin d'un "corsaire du net" ...

didier Le vendredi 25 février 2005 à 12:30

2

Bien vu ! D'un autre côté ceux qui téléchargent (consciemment ou non) des fichiers diffusés illégalements sont eux aussi très loin d'être des pirates... La contrefaçon se situant techniquement en amont. Pourtant l'industrie du disque utilise le terme à torts et à travers. Ca me semble justifier qu'on utilise le terme corsaire avec la même emphase dramatique, appelons ça de la dérision.

JiF Le vendredi 25 février 2005 à 13:03

3

D'accord avec la dérision et le jeu de mot ...

Pas d'accord avec :

Quand quelqu'un télécharge illégallement c'est aussi un pirate.
Il sait que son geste est illégal, même si on peut remettre en question la loi, tant qu'elle existe, aller à son encontre est illégale. Et je doute qu'un téléchargeur de masse de mp3 par exemple, considère son action comme étant militante ... désolé, pour moi il pense comme un vautour c'est tout. (cela ne signifie pas que je suis d'accord avec la chasse aux socrières de ces derniers temps).
Il n'a même pas le mérite de la prouesse technologique, il se prend pour un pirate, et il peut l'être grâce à d'autres "vrais" pirates, qui lui ont donné les moyens techniques de sa "vautourdise". J'ai même tendance a respecter ces "vrais" pirates, car ils se donnent du mal, et souvent leur action est militante. (mais cela reste illégale donc : bouuu kaka ;O) )

Maintenant posons nous la question du corsaire.
Si je ne m'abuse, un corsaire utilisait les méthodes des pirates. Par contre, il ciblait ses attaques en fonction d'un engagement politique. Un pirate attaque tout ce qui peut lui rapporter, un corsaire aussi, sauf les navires d'une nation donnée, avec laquelle il a des accords de non agression en échange peut-être d'informations ...
Ce qui est important ici, c'est que le corsaire ne respecte pas plus les lois de la guerre que le pirate. Un corsaire à la solde de la france pouvait attaquer plein de navires Holandais sans que la France soit en guerre avec la Hollande ... (c'est bien là son avantage pour la France qui souvent allait jusqu'à l'armer pour cela) De même, il cache son identité pour s'approcher de ses cibles, ce que ne fait pas un navire de guerre classique. etc... etc ... Il garde tous les caractères d'un pirate, la tromperie, la violence y compris la bravoure et la qualité guerrière s'il en est. (pour rapprochement avec la prouesse techno).

Voilà pourquoi je ne télécharge jamais illégalement (si je sais que c'est illégale) car je considère cela comme de la piraterie et ce même si je suis contre la loi en question.
Voilà pourquoi je ne me considère par comme un corsaire quand je télécharge légalement.

didier Le vendredi 25 février 2005 à 16:40

4

Et voilà surtout pourquoi le terme de corsaire du net me dérange. ;o)

didier Le vendredi 25 février 2005 à 16:41

5

"(si je sais que c'est illégal)" > C'est le point crucial qui me fait question en ce moment et auquel un juriste invite du NouvelObs a été infichu de répondre.

Je ne télécharge pas non plus d'oeuvres mises en ligne illégalement... Du moins pas que je sache. Car le problème est qu'aujourd'hui on accuse d'agir dans l'illégalité n'importe qui qui télécharge un fichier mis en ligne illégalement. Or il n'existe aucun moyen de vérifier que les musiques que l'on trouve sur des sites de musique libre et gratuite ne sont pas des contrefaçons. Et jusqu'alors on n'avait jamais eu à se poser cette question si l'on enregistrait une émission TV ou radio.

Bien entendu, pas mal de gens pillent allégrement et en connaissance de cause dans le vaste répertoire diffusé illégalement par quelques pirates authentiques. Mais nous sommes de plus en plus nombreux à télécharger de manière citoyenne en respectant ce qui n'est pas libre et gratuit... Et donc de plus en plus nombreux à risquer de prendre pour libre et gratuit quelquechose présenté comme tel, mais qui ne l'est pas.

Voilà pourquoi je réfute l'usage du terme "pirate" généralisé à tous ceux qui téléchargent un contenu dont la diffusion n'est pas explicitement illégale. C'est à la fois faire trop d'honneur à ceux qui pillent en connaissance de cause, mais n'ont pas les compétences techniques et l'ardiesse militante des vrais-de-vrais... Et trop de tort à ceux qui sont conscient du problème mais ne peuvent techniquement pas vérifier que ce qu'ils téléchargent gratuitement (ou même en payant) n'est pas diffusé illégalement.

Dans ce contexte, le terme de corsaire n'est pas plus justifié pour désigner ceux qui téléchargent légalement que celui de pirate pour désigner les autres... Mais il ne l'est pas moins non plus, ça justifie pleinement son choix.

Quand tu achètes 1€ un morceau sur une plate forme "légale" (comme si les autres plateforme étaient intrinsèquement illégales), 5 centimes vont aux artistes contre 70 aux producteurs, qui pourtant ne produisent plus d'objet, n'assurent plus aucun frais de diffusion et n'ont pas fait la publicité de la-dite plateforme. 5 centimes c'est ce que tu jettes au musicien de rue pour l'aider à vivre... Sachant que les chanceux artistes représentés sur ces plateformes constituent une part infime de la production dépendante et indépendante, j'appelle ça de la piraterie sur commande d'état.

1. C'est perpétuer un business model qui instrumentalise la musique comme cadeau promotionnel pour fourguer des baladeurs et faire vivre une industrie moribonde devenue parasite.
2. C'est refuser de voir la réalité de la scène musciale, principalement constituée d'intermittents et autres artistes indépendants, qui vivent de concerts et ne vendent des albums autoproduits que pour laisser une trace. La masse immergée de l'iceberg des artistes musicaux est complétement masquées par les néons d'alerte qu'on fait clignoter sur sa surface déliquescente.

Le téléchargement illégal (conscient) est tout aussi inacceptable j'en conviens. Il a pu pointer du doigt un problème, mais aujourd'hui il n'a plus lieu d'être sinon pour les raisons qui font que l'industrie le condamne. De mon point de vue pirate ou corsaire sont dans le même panier : l'un comme l'autre écoutent la mauvaise musique, celle qu'impose une industrie qui avoue elle-même ne plus avoir les moyens de promouvoir des artistes nouveaux et originaux.

JiF Le vendredi 25 février 2005 à 17:18

6

Bonjour,

Il est dommage que l'on ne parle (en règle générale) que des DVD, CD, films et/ou musiques. Beaucoup d'auteurs de logiciels sont dans le même radeau. Pas beaucoup de corsaires à l'horizon, mais beaucoup de pirates.

Si la loi pouvait un chouia penser à nou, ce serait une bénédiction.

Cordialement.

papasancho Le mercredi 26 décembre 2007 à 17:26

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