Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2005 mar. 9

De la Bande dessinée ... 3

Souvent considérée ou confondue avec la littérature pour enfants, la bande dessinée a malgré tout accueilli quelques exemples d'intégrations ludiques.

Töppfer n'est reconnu comme l'inventeur du médium que depuis quelques années à l'instigation d'universitaires européens. Jusqu'alors c'était Richard F. Outcault qui était traditionnellement considéré comme le père du médium pour avoir le premier utilisé la bulle dans un cartoon[1]. Or la série du Yellow Kid n'est séquentielle que dans quelques exceptions. A l'origine, le cartoon (qui n'était pas alors tout à fait un comic-strip) consistait en une grande image fréquemment accompagnée de quatre ou cinq colonnes de texte. Ces images sont définies par Thierry Smolderen par le terme d'images grouillantes[2], la narration s'établit par le jeu du regard parcourant à son gré les multiples événements déclinés sur une même image, cherchant les correspondances avec le texte. A l'origine de la bande dessinée, il y a donc la proposition d'un jeu plus conscient que celui offert par le moyen elliptique ; mais ce jeu n'est qu'illustratif, car le texte comme l'image pourraient se suffire à soi-même.

Ce type de jeu perdure aujourd'hui dans les albums pour enfants de Martin Handford[3] dans lesquels le lecteur est appelé à retrouver le personnage principal (Charlie) au sein d'une image grouillante d'éléments. Mais la narration ne s'élabore plus ici qu'entre les jalons que constitue chaque double-page, le séquentiel est redevenu le principal moyen du récit, ce dernier ne constituant plus que l'alibi du jeu.

D'autres auteurs ont eu l'idée d'utiliser la bande dessinée pour monter de petites enquêtes demandant au lecteur une déduction basée sur son acuité visuelle. Ainsi Jean-Louis Fonteneau[4] dont les histoires s'achèvent toujours par une énigme exigeant du lecteur une lecture attentive afin de relever le détail qui lui permettra de confondre un coupable. Ici aussi le récit n'est construit que pour servir de prétexte au jeu.

Les auteurs peuvent donc se mettre au service du jeu, le récit ne s'élabore pas par le jeu, mais pour lui. L'auteur ainsi ne remet pas son statut en jeu, il ajoute simplement à sa casquette d'auteur de récit celle d'auteur de jeu. Toutefois si la bande dessinée ne propose pas de récits énoncés par le jeu, elle y tend. Si Groensteen la considère comme un maillon entre la culture du livre et celle du multimédia, alors il faut remonter la chaîne et s'intéresser aux bandes dessinées créées pour le numérique.

Notes

[1] Richard F. Outcault, Yellow Kid, 25 oct 1896

[2] Thierry Smolderen, Why the brownies are important, Tribune de Coconino Classics

[3] Martin Handford, série Où est Charlie ?, Gründ

[4] Jean-Louis Fonteneau, série Inspecteur Bayard, Bayard éditions / Centurion

Commentaires

1
J'aime bien la méthode de Jean Louis Fonteneau, et je n'ai pas manqué de l'appliquer dans le monde des gentils likpas. Ainsi, en lisant attentivement les récits, on peut trouver le diamètre de la planète des likpas, ainsi que son âge (j'ai mis une note sur ce sujet pour les lecteurs pas trop branchés en physique nucléaire, prière de ne pas la regarder). Et saurez-vous trouver ce qu'est la Grande Mère des likpas et où se trouve l'île de Haralik?

likchenpa Le samedi 12 mars 2005 à 19:37

2
Ne répondez pas ici, ce serait hors sujet. Allez sur le forum d'abdel inn, ou mieux sur le site des likpas (il n'y a pas encore de forum, mais j'en démarrrai un). http://www.likpa.com/forums/ecrire.php ( http://www.likpa.com/forums/ecrire.php )

Likchenpa Le jeudi 17 mars 2005 à 19:26

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