Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2005 avr. 6

Le Manoir

Par Thibaut Brix

de Sébastien Craps et Cécilia Nobre France http://www.lemanoir-bdvd.com 192 mn Langues : Fr/Ang

Le Manoir est un concept original et innovant : le BDVD. A mi-chemin entre la BD - pour les dessins, les cases et l'immobilité du graphisme - et le DVD - pour le traitement narratif, l'enchaînement des scènes, le son et l'interactivité passive (on ne lit pas, on écoute).

Imaginé par Michel Poirier pour l'éditeur (vidéo) Seven Sept, ce premier BDVD propose une histoire de maison hantée de facture assez classique, avec des graphismes agréables mais pas non plus transcendant. Le manoir de Harrington House a la réputation d'être hanté. Son propriétaire, Ted Hunter, décide de demander l'aide du Pr. MacGovern, spécialiste du paranormal, pour infirmer ou confirmer cette réputation. Son assistante Rosemary ainsi que l'actrice Connie Van Deberg et le compagnon de celle-ci, un certain Jeremy, se joignent à Hunter et MacGovern pour un week-end... Mais tout ne vas pas se passer comme prévu, on s'en doute, et tandis que chacun découvre les sales secrets de ses compagnons, les fantômes se réveillent...

L'intrigue est bien balisée, pas trop de surprises de ce côté-là. Le scénariste de BD Rodolphe (Kenya , Les abîmes du temps, La Voix des Anges) rend une copie claire et soignée, et surtout facilement adaptable à un procédé neuf qui n'a pas encore fait ses preuves. Ce n'est pas pour nous déplaire car tout s'enchaîne très judicieusement mais on aurait aimé un peu plus de mystère, de rebondissements et d'angoisse.

Rodolphe a cependant la bonne idée de s'attacher autant aux personnages qu'à leur environnement, ce qui introduit l'intérêt majeur du film : la vision des événements à travers les yeux de chaque protagoniste. Ce n'est donc pas un film qui est proposé mais cinq points de vue de 20 mn : Hunter, MacGovern, Rosemary, Connie et Jeremy. L'histoire complète ne se révèle donc qu'à la fin. Voici l'ordre que je propose pour découvrir le film et ne pas en gâcher les surprises : Connie, Jeremy, MacGovern, Hunter et Rosemary.

Une bonne histoire doit être bien mis en scène. Sur ce point, Le Manoir se détache nettement du film pour devenir une vraie BD. Les cases s'enchaînent gracieusement et avec esthétisme. Malgré la statique des personnages, les réalisateurs ont su rendre dynamique des images fixes. Les dessins sont en ligne claire ; les personnages sont de Olivier Roman (Harry Dickson avec Richard D. Nolane ), les décors de Dechâtre et Huet. Bien réalisés globalement, décors et personnages manquent d'un peu de relief, de détails, l'ambiance n'est pas fouillée et les rares scènes d'épouvante ne le sont que grâce au son ! Finalement, tout cela apparaît trop propre, trop lisse pour ce type de scénario. C'est bien dommage.

En bref, l'expérience BDVD ne demande qu'à être approfondie. Ce premier volet tient ses promesses techniques et ludiques mais manque d'épaisseur. La courte durée de l'intrigue, l'ambiance peu poussée, le visionnage de certaines scènes cinq fois à l'identique, casse un peu l'intérêt. Néanmoins BDphiles et DVDvores auraient tort de se priver de ce concept amusant et qui peut apporter beaucoup aux uns et aux autres. C'est peut-être actuellement le meilleur exemple de BD interactive. D'ailleurs, l'éditeur prend quelques risques pour notre plus grand plaisir puis d'après le site officiel, deux autres projets sont en cours : Sanglante Chicago et Attila.

Commentaires

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Ce type de support (CDrom contenant des images, des sons, des animations... organisés avec un système de changement de page similaire à celui d'une bédé papier) est intéressant, car il offre la même soupplesse que internet (hypertexte, possibilité d'afficher sur le même écran des images, des sons, des animations, du 3D, de l'interactif) avec plusieurs avantages supplémentaires: pas de temps de téléchargement, possibilité de conserver l'oeuvre, pas besoin d'être en ligne, et même pas besoin de connection. Côté publication, par contre, il se rapproche davantage du modèle économique «acheter un album» que du modèle qui prévaut actuellement sur internet «consulter un site gratuitement», d'où des avantages certains pour les auteurs. (en suppposant toutefois que le CD ne soit pas piraté). Dans le travail proposé, le schéma narratif linéaire habituel est cassé par la possibilité de voir la même histoire du point de vue des différents personnages, et ce dans l'ordre que le lecteur choisira. Toutefois on s'aperçoit que ce shéma linéaire répondait à une nécessité importante: préserver la surprise finale. D'où le besoin de lire les différentes versions dans un ordre précis.

Richard Trigaux Le jeudi 7 avril 2005 à 09:11

2

Procédé très original qui demande à être encore exploité.
Sanglante Chicago est déjà sorti je crois.

Bob Le mardi 24 janvier 2006 à 13:35

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