Commençons par Breaking News puisque j'en parle. Si vous aimez les petits films d'actions qui ne mangent pas de pain, sachez que Johnnie To est réputé être l'un des meilleurs artisans du cinéma de Hong Kong. J'ai un meilleur souvenir de The Mission. Time & Tide de Tsui Hark était autrement plus ébourifant grâce à une verve esthétique que Johnnie To atteint rarement. Mais Breaking News montre quelques fusillades bien torchées, quelques gags à la chinoises rigolos d'absurdité... Et son synopsis rappelle une certain actualité nationale bien de chez nous : pour rassurer la populace quant à sa sécurité, invitons les médias sur le terrain de nos opérations policières (un résu plus complet chez sugaryin). Ce genre de raisonnements à vomir n'est malheureusement pas aussi démonté dans le film qu'on l'aurait aimé.

De plus en plus, on prend nos contemporains pour des buses... Mais ça ne date pas d'hier. Par exemple dans Man to Man ces deux pauvres pygmées ramenés par un ethnologue britanique, du temps où les nobles pondaient des théories fumeuses et les mettaient en application histoire de moins s'ennuyer entre deux partie de cricket. Celui là est donc persuadé de ramener le chainon manquant de l'évolution du singe (dont on descend, et qui descend de l'arbre pour sa part). Mais heureusement, comme c'est le gentil, il comprendra vite que les pygmées sont de vrais êtres humains. Il est un peu aidé par une marchande vénale, mais suffisament terre à terre dans cette époque dominée par les mâles, pour faire la différence entre exploiter des bêtes et exploiter des hommes. La galerie de portraits se clôt avec le scientifique sans scrupule qui ferait n'importe quoi pour prouver ses théories (le méchant, avec la tête de l'emploi), et le judas au repentir tardif. Le reste c'est le peuple, la foule, qui -comme on le sait- est toujours plus bête que la somme de ses parties. Un film franco-britanique surfait, qui ne pose pas vraiment de question puisqu'il sert des réponses toutes faites, très loin de la poésie de mon film du mois.

Kim Ki Duk avait déjà créé Printemps, Eté, Automne, Hiver ... et Printemps, à ne pas manquer (si -comme moi- vous l'aviez raté, on le trouve en DVD sur Internet à un prix défiant toute compétition). J'avais donc (contrairement à Oli) un très bon a priori pour ce réalisateur. Dans Locataires, il est question d'un homme qui pour en être un ne vit plus avec ses semblables mais chez eux. Le héros muet (par choix et pas par handicap) de ce film repère les logements dont les habitants sont absents et invariablement :

  1. y pénètre en crochetant la serrure, aussi perfectionnée soit-elle
  2. écoute le répondeur téléphonique pour savoir jusqu'à quand sont partis les occupants légitimes des lieux
  3. se lave dans la salle de bain
  4. enfile les vêtements de la penderie
  5. répare un objet cassé mieux que Mac Gyver
  6. fait la lessive
  7. se couche
  8. repart au matin, parfois un peu précipitament

L'humanité lui tombe sur le coin de la figure le jour où il rencontre l'habitante d'une maison, abandonnée là par son mari violent. Elle non plus ne parlera pas. Les seules voix de ce film sont presque restreintes à celles des répondeurs (on aurait d'ailleurs rêvé ne pas en entendre d'autre). La musique, discrète, est toujours diégétique (c'est à dire qu'elle existe dans le récit et pas en surimpression lyrique). De silences en silences, on est bercé par la longue rencontre des deux êtres, on suit leur déboires face au reste de l'humanité plus ou moins compréhensive devant ce qui échappe à ses règles (pourquoi entrer chez les gens si c'est pour ne rien leur voler ?). Il est difficile de dire ce qu'on ressent devant ce film, justement parce qu'il est loin de ce à quoi le cinéma occidental nous a habitué. C'est aussi difficile, parce que ce film échappe aux autres productions du cinéma asiatique, souvent très beaux aussi, mais devant lesquels on oublie rarement que le temps passe. Je l'ai aussi vu avec ma chère et tendre et nous avons été charmés nous aussi. Je ne sais pas si c'est le film le plus abouti de son auteur, mais ne le manquez pas s'il passe encore près de chez vous !