2005 mai 19
Gun Dancing
Par xa_chan
Gun Dancing est un objet véritablement à part dans le monde du manga et son existence même permet d'illustrer la variété des modes d'expression qui s'offrent à tout narrateur. Au-delà de ce titre en lui-même, ce sont les « e-manga » en tant que mode d'expression qui vont faire l'objet d'une analyse ici.
Car Gun Dancing est un objet singulier à plus d'un titre. C'est sous l'impulsion de l'énorme éditeur de mangas nippon Kôdansha que ce titre a vu le jour, en Mars 2002 pour être précis. Et qui dit lancement d'une nouvelle collection dit généralement accroche avec un auteur connu, propre à créer un « buzz », à provoquer et faire parler de lui. La collection « e-manga » ne déroge pas à ce principe, car ce n'est rien moins que Masamune Shirow qui signe cette œuvre, réédition d'une de ses productions datant de 1986. De quoi attirer l'œil du fan, pour le moins, après les immenses réussites d'Appleseed et surtout Ghost in the Shell, tous deux adaptés depuis en long-métrages animés.

Mais il est temps de disséquer plus avant la « bête ». Sous une enveloppe de plastique dur translucide, de type coffret DVD collector, se cache un gros boîtier noir illustré, selon des techniques d'aplats brillants qui « attrapent » l'œil sous la lumière des présentoirs. Ce boîtier contient le CD-Rom de l'e-manga proprement dit, compatible Windows et Macintosh, mais également l'édition papier de l'histoire. A priori un compromis intéressant. A noter qu'évidemment, ce CD-Rom a été conçu pour une utilisation sur des systèmes d'exploitation japonais, mais la lecture se révèle fort heureusement possible sur un système français.
Nous ne reviendrons pas ici sur cette édition papier, car elle ne diffère en rien de toute édition papier de manga. On peut juste remarquer que l'impression est plutôt luxueuse, sur un magnifique papier glacé et qu'elle comporte quelques pages couleur, au même titre que Ghost in the Shell d'ailleurs.

La partie intéressante est bien entendu contenue dans le CD-Rom. Au lancement, on voit que le tout a été réalisé en Flash. Un menu succinct s'affiche alors, permettant de choisir le mode de déroulement de l'histoire. La navigation dans les menus est évidemment plus aisée si on lit le japonais, mais quelques tâtonnements simples permettent à tout un chacun de s'y retrouver rapidement. Si l'on choisit le mode manuel, c'est nous qui contrôlons la vitesse d'affichage de l'histoire, en mode auto, tout le timing est bien évidemment préétabli et il n'y a plus qu'à se caler le plus confortablement possible dans son siège.

Car c'est là qu'immédiatement le bât blesse : on reste tout le temps purement spectateur, aucune interactivité n'est prévue. En définitive, on se retrouve face à une transposition sur CD-Rom de l'histoire papier. Bien sûr, un effort a été réalisé sur l'habillage. La narration s'accompagne ainsi d'une musique, dont le style varie en fonction des situations et qui dans l'ensemble est relativement bien choisie. De même pour les bruitages : portière qui claque, coup de feu, bruits de pas, tout cela vient très à propos et renforce l'ambiance. Enfin, certaines cases comportent une animation, extrêmement rudimentaire mais qui donne un coup de fouet à l'œuvre : voitures qui démarre, bagarres, etc... Car les cases ne s'affichent qu'au fur et à mesure, guidant ainsi l'œil et la lecture.

Mais en vérité, cela reste toujours du domaine de l'anecdotique. Il n'y a là rien que tout lecteur ne puisse faire lui-même. Cosey fournissait ainsi une liste de morceaux de musique qu'il conseillait à ses lecteurs pour écoute durant la lecture de ses albums de la série « Jonathan ».
Ce « e-manga » est donc un mode d'expression plus anecdotique qu'autre chose. D'ailleurs il n'a pas révolutionné le monde du manga au Japon et se borne en définitive à la réédition sous forme électronique légèrement remaniée d'œuvres déjà connues. Bien sûr, tout cela se place dans une logique commerciale compréhensible, l'éditeur n'étant pas philanthrope. Mais cela dénote un réel manque de prises de risques, quand on voit quelles possibilités l'outil informatique peut apporter à la narration graphique. Si ces e-manga peuvent donc intéresser les lecteurs nippons, la difficulté pour se les procurer en Europe et leur prix dans nos contrées rendent l'investissement peu rentable pour le plaisir retiré.

Commentaires
Likchenpa Le jeudi 19 mai 2005 à 23:51
xa_chan Le vendredi 20 mai 2005 à 16:15
Richard Trigaux Le vendredi 20 mai 2005 à 21:40