Le communiqué à propos duquel je m'exprime est également diffusé sur le blog de Lapin gris qui appelle à la faire circuler... Ce que je ne ferai pas !

Je trouve cela triste et dommage de rejouer de cette manière la querelle des avant-gardes et des classiques. N'est-ce pas par jalousie de ne pas avoir les moyens d'organiser des événements d'envergure nationale autour de *leurs* albums que ces maisons d'édition boycottent ?

A elles-toutes ces maisons pouvaient sans doute organiser le "off" de cette fête de la BD, s'investir un peu partout localement pour montrer qu'il n'y a pas que les héros de verres à moutarde dans la bande dessinée. Leur dynamisme aurait sans doute eu plus de poids que leur inaction faussement contestataire.

Encore un paradoxe de plus sur l'ardoise des indépendants. Proclamer d'un côté que les autres ont trop de poids médiatique et économique, pour justifier de l'autre de ne pas profiter des événements ouverts pour s'exprimer aussi. Je conçois cette réaction, une fois de plus, comme une manoeuvre marketting qui s'ignore : une bonne part du public des éditeurs indépendants est constitué de gens qui n'achètent ces "livres" (puisque ce mot semble plus noble à leurs yeux que celui d'album) que parce qu'ils sont ouvertement positionnés contre la bande dessinée traditionnelle. Le culte de la contestation a la vie dure. En l'entrenant ces éditeurs ne font que flatter leur public, puisqu'ils refusent de s'adresser aux beaufs qui ne connaissent pas leur travail et qui ne pourront pas le découvrir durant cette fête non plus.

Certains ont eu le réflexe de se demander si les éditeurs en question avaient été invités à participer... Si ça n'est pas le cas, leur réaction serait d'autant plus faux-cul : ça vous arrive souvent de dire "je ne suis pas invité alors je ne viens pas" en sous-entendant que c'est un geste noble et contestataire ???

Ces petits remous réguliers du milieu de la BD concourent à renforcer mon idée, suivant laquelle ce moyen d'expression est devenu le dernier bastion de bien des raisonnements et des fonctionnements du siècle dernier. Dans un article paru sur TalieZine, j'abordais la semaine dernière une hypothèse un peu nouvelle qui expliquerait en partie la bonne santé du secteur BD : contrairement aux autres domaines de l'industrie culturelle (cinéma et musique en particulier), la BD reste inscrite dans un seul et unique support : l'album papier.

Cette fois c'est de la bataille des avant-gardes dont il s'agit, un vieux combat des peintres et artistes du XXème siècle, qui serait complétement has-been s'il été relancé dans d'autres domaines. Alors que dans celui de la BD, ça semble presque naturel, comme si ici tout se passait à contre-courant du reste. La grande question que je me pose c'est "pour combien de temps ?"...