La fête de la BD
Par JiF le Vendredi 27 mai 2005, 22:27 - arts & culture - Lien permanent
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A part ça, j'ai découvert sur fr.rec.arts.bd que plusieurs éditeurs indépendants ont décidé de boycotter cette première fête de la BD. Je trouve ça honteux de leur part, je vous copie-colle le pourquoi ci dessous.
Le communiqué à propos duquel je m'exprime est également diffusé sur le blog de Lapin gris qui appelle à la faire circuler... Ce que je ne ferai pas !
Je trouve cela triste et dommage de rejouer de cette manière la querelle des avant-gardes et des classiques. N'est-ce pas par jalousie de ne pas avoir les moyens d'organiser des événements d'envergure nationale autour de *leurs* albums que ces maisons d'édition boycottent ?
A elles-toutes ces maisons pouvaient sans doute organiser le "off" de cette fête de la BD, s'investir un peu partout localement pour montrer qu'il n'y a pas que les héros de verres à moutarde dans la bande dessinée. Leur dynamisme aurait sans doute eu plus de poids que leur inaction faussement contestataire.
Encore un paradoxe de plus sur l'ardoise des indépendants. Proclamer d'un côté que les autres ont trop de poids médiatique et économique, pour justifier de l'autre de ne pas profiter des événements ouverts pour s'exprimer aussi. Je conçois cette réaction, une fois de plus, comme une manoeuvre marketting qui s'ignore : une bonne part du public des éditeurs indépendants est constitué de gens qui n'achètent ces "livres" (puisque ce mot semble plus noble à leurs yeux que celui d'album) que parce qu'ils sont ouvertement positionnés contre la bande dessinée traditionnelle. Le culte de la contestation a la vie dure. En l'entrenant ces éditeurs ne font que flatter leur public, puisqu'ils refusent de s'adresser aux beaufs qui ne connaissent pas leur travail et qui ne pourront pas le découvrir durant cette fête non plus.
Certains ont eu le réflexe de se demander si les éditeurs en question avaient été invités à participer... Si ça n'est pas le cas, leur réaction serait d'autant plus faux-cul : ça vous arrive souvent de dire "je ne suis pas invité alors je ne viens pas" en sous-entendant que c'est un geste noble et contestataire ???
Ces petits remous réguliers du milieu de la BD concourent à renforcer mon idée, suivant laquelle ce moyen d'expression est devenu le dernier bastion de bien des raisonnements et des fonctionnements du siècle dernier. Dans un article paru sur TalieZine, j'abordais la semaine dernière une hypothèse un peu nouvelle qui expliquerait en partie la bonne santé du secteur BD : contrairement aux autres domaines de l'industrie culturelle (cinéma et musique en particulier), la BD reste inscrite dans un seul et unique support : l'album papier.
Cette fois c'est de la bataille des avant-gardes dont il s'agit, un vieux combat des peintres et artistes du XXème siècle, qui serait complétement has-been s'il été relancé dans d'autres domaines. Alors que dans celui de la BD, ça semble presque naturel, comme si ici tout se passait à contre-courant du reste. La grande question que je me pose c'est "pour combien de temps ?"...



Commentaires
Je trouve votre réponse aux indépendants absolument admirable. Vous avez apparemment tout compris de l'esprit de la "culture populaire" en temps de Sarkozy. La fête de la musique permet d'entendre des groupes de rock, jazz, techno ou des interprètes classiques gratuitement. La fête du cinéma permet de voir beaucoup d'oeuvres d'affilée pour quelques euros. La fête de la BD (qui se réclame de celle de la musique) permet, quant à elle, d'acheter plus d'albums de Dupuis et Glénat, ou de s'abonner pour seulement 30 euros à un truc qui était jusque là gratuit (voit la pub ci-haut). FOOOOOORMIDABLE ! Généreux ! Voilà ce qui s'appelle mettre la culture à la portée des gens. C'est vrai que à part vendre des albums lors de dédicaces, le ministère de la Culture n'avait sûrement aucun autre moyen de mieux faire connaître la BD (les projos, les conférences, les ateliers, tout ça, ça n'existe pas, c'est bien connu). Sans parler de la vertu éducative des défilés de figurines en mousse de polyuréthane. Si vous lisez honnêtement le communiqué des indépendants, vous verrez que c'est de cela qu'il s'agit et pas forcément de la Querelle des Anciens et des Modernes, la plupart des membres de l'Asso voire des Requins publiant également chez Dargaud, Delcourt ou Fluide.
Et donc, il serait dommage que vous tombiez dans le panneau de la phraséologie libérale, qui consiste à faire croire qu'à partir du moment où l'on refuse de vendre de la merde usinée au public, c'est qu'on le méprise. "Ces éditeurs ne font que flatter leur public, puisqu'ils refusent de s'adresser aux beaufs", écrivez-vous. Mais oui, c'est cela, bien sûr, proposer une oeuvre exigeante (donner à voir le regard de Varda dans "Cléo de 5 à 7" plutôt que les inepties (sous couvert de coolitude) racistes et homophobes de Klapisch dans "Chacun cherche son chat"), c'est mépriser le public et faire de l'élitisme. CQFD !
Votre raisonnement est paradoxal : d'un côté vous dénigrez une bande dessinée dite "populaire" et vous vous plaignez que la fête de la BD ne présente que cette dernière... De l'autre vous soutenez la décision des Indépendants de ne pas prendre part à cette fête en montrant ce qu'ils font, et qui renouvelle ce medium. J'admire les albums produits par ces petits éditeurs, au cours de la dernière décennie ils ont complétement renouvelé la BD, mais je n'adhère pas à cette manoeuvre à la mode qui consiste à dire non à tout, juste parce qu'ainsi on se fait plus entendre pour moins d'efforts.
Durant la fête du cinéma, on peut voir des cycles de rediffusions dans les cinés d'Art & Essais : c'est une excellente occasion pour le public de découvrir autre chose que les blockbusters. Durant la fête de la musique, on peut écouter dans les rue des gens qui jouent autre chose que de la StarAc. Tout ça est possible parce que les petits cinémas, ou les groupes indépendants s'investissent pour être présents et montrer une autre facette de leur Art.
Mais durant la fête de la BD on devrait ne voir que les grands éditeurs, sous prétexte que les autres préfèrent boycotter ??? Ca m'échappe... Sauf dans une interprétation de communication : boycotter une fête orientée grand-public, c'est affirmer son élitisme vis-à-vis de son propre public... Donc le flatter : lui vaut mieux que ça, la preuve il achète nos albums.
Le marché de la BD devient une vraie jungle, il est certain que les petits éditeurs ont fort à faire pour garder la tête hors de l'eau et que c'est tout à leur honneur. Mais là je trouve leur réponse un peu facile. En proposant aux libraires d'être présents chez eux, en menant des performances, des conférences ils auraient pu faire que cette fête de la BD ne soit pas qu'un train et un Qui Veut Gagner des Millions déguisé. Mais je comprends que cela demande un investissement important, qu'il soit plus facile de continuer comme si de rien n'était en gueulant un peu pour la forme.