Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2005 juil. 4

après Papa : Les poupées russes ou Crazy Kung fu ?

Les deux mon capitaine ! Faute de savoir choisir entre mes deux dernières toiles, autant parler des deux... Et me rattraper de n'avoir pas choisi de film du mois en mai et juin, en vous parlant aussi de Papa de Maurice Barthélémy.

Procédons par ordre de sortie. Papa est un film intrigant. D'aucuns se sont étonnés qu'il soit si éloigné des frasques délirantes du Robin des Bois Maurice Barthélémy, et de son premier film Casablanca Driver... Et pourtant ! Le jeune réalisateur n'a pas encore une filmographie assez étoffée pour commencer les bilans, on relève toutefois un début de style "Barthélémy". Casablanca Driver était un faux documentaire sur un type qui s'imagine être un grand boxeur (joué par Maurice Barthémémy) et va disputer le combat du siècle. Papa est un "faux" road-movie autour d'un père et de son fils jetés sur la route pour des raisons obscures.

Le premier film respectait les codes du documentaire pour raconter une fiction... Le second court-circuite les codes du road movie pour raconter tout autre chose en s'inspirant d'une histoire vraie. Mais dans les deux cas les personnages sont des marginaux, incapables de cohabiter avec leurs semblables autrement que par des pitreries pathétiques. C'est drôle et triste à la fois. Papa n'est pas encore un film tout à fait abouti (il entretien quelques longueurs) mais son auteur a mûri. Parler de la paternité, de l'enfance et du deuil n'est pas chose facile, ce film y parvient malgré tout. Road-movie avez vous dit ? Pas tout à fait : un road-movie se sert du voyage pour mettre en scène des rencontres, alors que le couple père-fils de Papa cherche à vivre hors du monde et fuit la relation à l'autre... Heureusement pas jusqu'au bout, et c'est tout l'intérêt du film. Mention spéciale au générique de début, si réussi que la suite perd un peu de sa saveur à côté.

Je me rallie à Peyo pour dire que les photos prises par petit Louis (l'enfant) auraient eut leur place au générique de fin.

Certains - comme Julie - n'aiment pas les films de kung fu... Tant pis pour eux, ils auront raté Crazy Kung Fu, qui peut plaire à un public plus large que les seuls fanas de cinéma de Hong Kong. Tigre et Dragon aura eu le mérite de populariser ce genre en Occident et d'ouvrir la voie à des créations plus originales, moins occidentalisées et plus ébourrifantes... Comme celles de Stephen Chow. On nous avait servi Shaolin Soccer dans une version très raccourcie, dont l'intrigue avait quasiment disparu. Crazy Kung Fu est a priori paru dans son intégralité. J'attends de pouvoir le voir en version originale, mais la VF est délicieusement servie par des doubleurs qui s'en donnent à coeur joie pour interpréter la fresque délirante de Stephen Chow. On ne s'ennuie pas un instant devant ce mic-mac de combats irrationnels, de dialogues surréalistes et de citations d'initié. Docteur Devo - lui - n'aime ni papa ni Crazy Kung Fu.

Tex Avery, Shining, Spiderman, Gangs of New York, 'Matrix, les références pleuvent... Je m'attarde un instant sur Matrix'' pour relever que les combats des héros face aux hordes de gangsters du gang des haches sont autrement plus magistraux que la très surestimée scène de combat numérique entre Néo et les Mr Smith. Stephen Chow n'a pas la prétention de faire dans la philosophie lorsqu'il filme de l'action, et c'est tant mieux... Contrairement aux frères Wachowski qui confondent l'intérêt que représente un film à succès pour les philosophes qui étudient leurs contemporains, avec l'intérêt philosophique du discours soulevé effectivement par leur film.

Enfin, Les Poupées russes offre à L'Auberge espagnole une suite digne de ce nom (je n'irais pas jusqu'à dire que ça change totalement), on pouvait craindre le pire après un aussi bon film... Bon, reconnaissons que le second film n'est pas aussi abouti que le précédent. En particulier, je n'ai pas cru un seul instant au départ en train du héros (Xavier - Romain Duris) pour retrouver une top-model niaise et insipide dont la plastique ne suffit pas à tenir la comparaison avec le charme naturel de Kelly Reilly (Wendy). C'est dommage, parce que l'essentiel du propos repose sur la crédibilité des doutes de Xavier qui se demande s'il a enfin trouvé la femme de sa vie. Le monologue intérieur de Xavier soutient très bien le film le reste du temps, il fait malheureusement défaut à ce moment crucial : Xavier a beau expliquer comment il se retrouve à abandonner l'amour de sa vie pour une top-model, on n'y croit pas une seconde.

Klapisch voulait-il nous frustrer en montrant son héros incapable de voir ce qui nous semble une évidence ? Peut-être : Xavier pour l'un de ses scénarios de feuilleton d'amour télévisé fait le même choix, on l'apprend au début du film... Une petite mise en abîme est toujours bonne à prendre. Mais Les Poupées russes n'a rien du film anti-cliché, bien au contraire : il partage avec L'Auberge espagnole la ficelle des métaphores un peu faciles et se complait dans le cliché du trentenaire citadin qui ne parvient pas à fonder une famille. Heureusement l'ensemble est agréable à voir, on passe un bon moment, on rit bien, on trouve bien quelquepart un peu de soi au milieu des clichés, la musique est à la hauteur et Kelly Reily - répétons le - est bien assez séduisante pour nous faire oublier le reste (certains la voient déjà aller très loin).

Commentaires

1

Merci pour ce post, concentré de critiques et j'adore les critiques de films. Je n'ai pas vu Papa, mais je suis vraiment d'accord avec toi, le duel Wendy/CarlaBrunienmoinsbien fout un peu le film en l'air...


:) Tu as une nouvelle bannière chez moi, ainsi que Julie, vous me direz ce que vous en pensez?

tangavae Le mardi 12 juillet 2005 à 15:53

2

Très sympa les liens :). Par contre me concernant, peux tu mettre "marre de la TV" ? Abdel-INN c'est avant tout un annuaire d'histoires électroniques, bien distinct de ce blog (qui profite simplement du domaine et de l'hébergement).

JiF Le mardi 12 juillet 2005 à 19:29

3

hey! merci d'avoir mis mon article de blog dans tes liens :)
il est vrai que j'ai adoré ce film, je suis allé le voir a deux reprises et oui Kelly Reilly ira bien loin...elle le vaut largement!! :)

jessika2001 Le mardi 12 juillet 2005 à 21:44

4

votez crazy kung fu !!! :)))

Mister Bark Musique Le lundi 8 mai 2006 à 12:04

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