Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2005 sept. 26

Le web supplante le papier

Sur son blog, Joe Manley fait état d'un exemple édifiant : Carla Speed McNeil délaisse la publication papier et publiera désormais sous la forme d'un webcomic gratuit. Elle a fait cette annonce lors de la SPX (la Small Press Expo, qui a ouvert cette année une catégorie de récompenses pour les webcomics).

Cela fait un moment que j'en fait état sur ce site : Outre-Atlantique, le comics papier est en perdition et le webcomics en tire sa réussite. La situation est radicalement différente dans la francophonie, où le blog BD commence seulement à montrer l'impact d'une publication en ligne, et où il est plutôt perçu comme un tremplin à jeunes auteurs que comme un moyen de publication à part entière.

Ne faudrait-il pas être capable de faire une place à la création en ligne, tout comme nos voisins anglosaxons mériteraient une BD papier en bonne santé et de qualité en parallèle des webcomics ? Il existe sans doute un public francophone, Frantico a su en trouver une partie. Reste à trouver les modèles économiques pour que les auteurs puissent créer et choisir le média qui leur correspond.

Commentaires

1
Ah! on y arrive. Il y a plusieurs raisons à cela. la première est que les bandes dessinées et les romans que j'ai écris n'ont jamais intéressé un seul éditeur. Pensez-vous, des livres qui parlent de gentillesse et de poésie!! Alors je publie des histoires de likpas en ligne, gratuitement. Et il commence à y avoir régulièrement des visites, même si je n'ai pas des milliers de votes en deux jours comme certains sites à la mode. Il y a surtout des visites intéressées, le moyen de le savoir est de comparer les statistiques de la première page et de la dernière. Une autre raison est que la bédé en ligne permet des choses très difficiles ou impossibles à imprimer sur papier: interactivité, ludique, animations, sons, etc. toutes choses très intéressantes dont on parle sur Abdel Inn. Ainsi ma bédé "les petits hobbes" fournit une chose qui, à ma connaissance, n'a encore jamais été faite: insérer, dans une série de pages bédé normales, une page avec une animation et un son. (Bon, d'accord, c'est un vieux gif animé, je n'ai pas encore voulu me lancer dans du flash ou SVG, vu les problèmes que cela pose si le lecteur n'a pas téléchargé le logiciel). Voir http://www.likpa.com/index.php "les petits hobbes" page 69 (attention, ce son ça arrache). D'autres devraient apparaître dans les mois qui viennent, ainsi qu'un système de navigation basé sur une base de donnée, presque au point maintenant (sauf la gestion du plein écran, vu que sous ce rapport TOUS les naviggateurs sont buggés, et Firefox encore plus que IE, quelle déception). Bon, de la bédé gratuite, c'est bien, mais ça ne fonctionnera vraiment que le jour où les épiciers feront aussi la nourriture gratuite. Soyons sérieux: seuls des auteurs privilégiés (ou irrémédiablement au chômage) peuvent fournir de la bédé gratuite. Une véritable culture non censurée ne pourra fonctionner que avec une solution simple pour faire payer, par exemple un paiement reporté sur la facture de connection (comme l'ancien kiosque minitel) ou avec le support volontaire des lecteurs (cliquer sur le lien "soutenir le site"). Ne m'obligez pas à faire tout gratuit, sauf la partie où l'énigme est résolue... Lik

likchenpa Le mardi 27 septembre 2005 à 09:37

2
C'est clair que le monde anglophone a bien de l'avanace quand il en vient à la BD en ligne. Il y même des vedettes comme Penny Arcade ou MegaTokyo. Joe Manley et ses moderntales / Graphicsmash a fait un travail de pionier. Avec son modèle, il a sorti la BD en ligne de son image "passe-temps d'amateur" pour en faire un média "sérieux". Il a d'ailleurs commencé avec des auteurs comme Donna Barr, qui a énormément publiée sur papier avant et qui maintenant, publie partiquement plus qu'en ligne, avec la possibilité de se procurer le livre chez lulu.com par la suite. A mon avis, c'est un modèle qui, tôt ou tard, s'établira en Francophonie. C'est vrai que chez nous, on est toujours énormément attaché à l'album classique, objet de prestige et de collection. Editer un album sur papier demande un investissement financier énorme. pas étonnant que les Editeurs doivent réfléchir deux fois avant de courrir ce risque. Si une BD n'est pas accepté par un éditeur, cela ne veut pas forcément dire qu'elle n'est pas de qualité, mais parfois tout simplement qu'elle n'a pas le "mass-appeal" pour être succeptible de se vendre à une échelle justifiant un gros tirage. Normal qu' avec ça, la diversité en souffre. Peu d'experiments, mais surtout du confirmé. Les BD en ligne et les impressions BOD offrent l'opportunité immense de pouvoir créer un "deuxième marché," ou une "culture BD alternative" plus diversifié avec des innovations. C'est pour cela qu'il faut promouvoir la BD en ligne comme tel.

DianaKennedy Le mardi 27 septembre 2005 à 13:04

3
je n'ai lu aucune des bandes dessinées de Modern Tales: Je dois dire que je n'ai pas envie de payer pour un service sans savoir ce qu'il va m'offrir. (ou qui, je le crains, ne va m'offrir que le 1000eme clone de garfield, simpson, etc). Pour le moment, il n'y a pas de véritables notoriétés en bande dessinée en ligne payante, capables d'attirer un grand nombre de lecteurs, ou même de motiver un petit nombre suffisament pour qu'ils acceptent de payer. Dans ces conditions, il serait bien que les auteurs puissent montrer gratuitement une partie de leur production. Rien le les en empêche d'ailleurs, il existe de nombreux sites annuaires de bande dessinée où l'on peut se faire connaître. Seul inconvénient de cette méthode: le système de classement compétitif désigne arbitrairement des vaincoeurs, et il est très difficile ensuite de se faire entendre, même si on est meilleur. Pour l'impression à la demande (POD, et non pas BOD, c'est ce que tu voulais dire je pense) elle est encore facturée le double de l'impression classique: qui paiera l'équivalent d'un livre de poche 12 euros, sans savoir ce qu'il va trouver dedans? J'ai essayé , j'en vend un ou deux par an, la boîte américaine qui me le fait à dû changer de nom suite à des affaires louches, et la boîte française s'est amusé à complètement solariser l'image de couverture, après le bon a tirer... L'idéal serait une entreprise qui fasse l'impression à la demande: - sérieusement - directement à partir de fichiers Word, PDF, etc - à un prix compétitif - gérant l'envoi à des adresse, les retours, etc - gérant le copyright, l'ISBN, etc. Je crois savoir que amazon.com a acheté une entreprise d'impression à la demande, ce qui, avec leur puissant outil de vente en ligne, pourrait offrir d'intéressantes possibilités pour les auteurs "non reconnus".

Richard Trigaux Le mercredi 28 septembre 2005 à 09:39

4
"Dans ces conditions, il serait bien que les auteurs puissent montrer gratuitement une partie de leur production" Mais Richard...C'est exactement ce que Moderntales fait! Tu peux lire l'episode actuel de chaque histoire GRATUITEMENT. En fait, si tu es branché et ne rates aucune actualisation, il est théorétiquement possible de lire toute une histoire gratuitement. Si tu tu payes, c'est pour pouvoir avoir accés aux archives (2,50 Dollars un mois pour l'accées à TOUS les BD - c'est pas trop) et en général tu sais alors ce que tu vas avoir. Je te promets qu'il n'y a pas le 34ième clône de Garfield. Moderntales c'est surtout la BD "moins américaine" de haute qualité. Il y a par exemple Donna Barr, ou chez Graphic Smash, Monique McNaughton. Comme je te le dis, il est possible de suivre les séries gratuitement. Tu payes seulement si tu es assez accroché à une ou plusieures séries pour avoir envie te t'offrir l'accées illimité comme quoi tu n'auras plus à faire attention à ne pas rater les actualisations. A mon avis c'est très sympa comme modèle. "POD, et non pas BOD, c'est ce que tu voulais dire je pense" Non, BOD: Book on Demand. Pas Pook on Demand ;-) "qui paiera l'équivalent d'un livre de poche 12 euros, sans savoir ce qu'il va trouver dedans ? J'ai essayé , j'en vend un ou deux par an," Il est clair que le prix de base est très élévé et c'est bien le plus gros désavantage. Mais un ou deux exemplaires par an?!?? J'ai vendu plus de 100 Exemplaires de l'album Kennedy en 2 mois. (qui pourtant vait cher avec 13.60 Ca dépend aussi comment tu commercialises. "L'idéal serait une entreprise qui fasse l'impression à la demande : - sérieusement - directement à partir de fichiers Word, PDF, etc - à un prix compétitif - gérant l'envoi à des adresse, les retours, etc - gérant le copyright, l'ISBN, etc." lulu.com fait tout ça, mis à part que le prix est toujours cher. Ils vendent aussi le livre dirèctement sur leur site: http://www.lulu.com/content/143731 mais là bon, ça ne remplaçe pas tes efforts de vendre. J'ai eu 3 albums de vendus via lulu en direct depuis. "Je crois savoir que amazon.com a acheté une entreprise d'impression à la demande, ce qui, avec leur puissant outil de vente en ligne, pourrait offrir d'intéressantes possibilités pour les auteurs "non reconnus". Oui, booksurge.com Le problème est que ils demandent un prix d'instalation assez élévé alors que lulu est gratuit.

DianaKennedy Le jeudi 29 septembre 2005 à 18:00

5
Merci pour les infos. C'est intéressant, j'irai voir sur ces sites.

Richard Trigaux Le jeudi 29 septembre 2005 à 19:25

6
le problème que j'ai eu avec les livres POD (Print on demand) ou BOD (Book on demand) est que les boites auxquelles je me suis adressé ne sont pas de vrais éditeurs: ils impriment, point. A nous de faire la pub. Un vrai éditeur, au moins, une fois qu'il a accepté notre livre, mettra tous ses moyens en oeuvre pour le vendre. Techniquement on fournit à l'imprimeur un fichier (Word ou Pdf) qui doit répondre à certains critères de présentation (marges, styles, etc) avec lequel il fera un fichier spécial pour imprimer le livre (avec une sorte d'imprimante musclée, qui fait tout automatiquement, pliage, couverture, collage, etc). Cette étape initiale peut coûter plus ou moins cher, selon la qualité du fichier que l'on fournira, mais on comprend qu'elle ne peut être complètement gratuite. Après, on a uniquement des coûts récurrents de production, qui logiquement sont compris dans le prix de revient d'un exemplaire, donc l'auteur n'a plus à les avancer. Le problème (voir l'arnaque dans certains cas) est que "l'éditeur" BOD vit en fait de la première étape (création du fichier, corrections, services annexes tels qu'une illustration de couverture) en se fichant pas mal de la seconde. Donc il ne fera rien ensuite pour la promotion du livre, se contentant de le laisser dispo en ligne. (et encore on me réclame maintenant de l'argent pour ça). Dans ces conditions offrir gratuitement ses oeuvres sur le net est un bien meilleur choix: on paie presque rien et au moins on est lu. Un vrai éditeur se reconnaît à ce qu'il ne fait rien payer à l'auteur. Malheureusement il ne peut pas tout publier, pour différentes raisons, certaines bonnes, certaines mauvaises. Et les livres qui se vendent sont ceux pour lesquels on a fait de la pub. Même un mauvais livre peut arriver à faire des ventes avec de la pub. Seule la conjonction d'un très bon livre et d'un mouvement de soutient peut faire vendre sans pub.

Le vendredi 30 septembre 2005 à 08:19

7
{{LE WEB TENTE DE SUPPLANTER LE PAPIER}} Depuis le 15 octobre 2005 ART-SPONTANE BD a ouvert les portes de sa maison d'édition sur Internet avec un catalogue exclusivement composé d'auteurs inconnus mais assurément pleins d'avenir.
Pour la première fois une maison d'édition fait le choix de la nouveauté et prend à contre- sens les traîtres courants de la rentabilité immédiate, charriant une production parfois stéréotypée et en panne de spontanéité.
{{INEDIT}} est le maître mot pour qualifier le concept de cette nouvelle venue sur le marché de la BD.
{{INEDIT dans la démarche}} : La vocation première de la maison est de ne miser que sur des auteurs encore inconnus et de soumettre leur talent au verdict du public, faisant ainsi office de vitrine unique pour la jeune création.
{{INEDIT dans la forme}} : Art-Spontané BD est le premier éditeur de bande dessinée numérique en France.
Cette nouvelle façon de concevoir la BD est dans un premier temps destinée aux habitués du web et du téléchargement puisque les titres proposés ne seront disponibles que sur le site http://www.art-spontane-bd.com ( http://www.art-spontane-bd.com ) sous forme de fichiers numériques à télécharger ou sur CD. Fini le vieil album traditionnel. La BD fait peau neuve et se met à l'heure de la technologie et de la consommation en ligne. Au menu de l'humour, du western, du fantastique, de l'inclassable en veux-tu ? en voilà ! Le tout sous forme d'E-book dont la qualité de résolution des planches n'a d'égale que la simplicité de navigation. Au-delà des habitués des arcanes du net, le but est de toucher le grand public en offrant une BD inédite, accessible à toutes les bourses et de qualité.
Pour être tout à fait complet notez l'interview du mois et la vente d'affiches, de cartes postales, et bientôt de planches originales.
{{Gilles Chaillet}} auteur célébrissime de Vasco, Lefranc, Tombelaine et Intox inaugure la rubrique interview et va même plus loin en devenant le parrain de cette belle aventure.

Stéphan TUREK Le vendredi 11 novembre 2005 à 14:37

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