Le film est tourné en noir et blanc, ce qui facilite le mélange d'images télévisuelles d'archives et d'images filmées... Mais qui laisse aussi la part belle à l'affrontement du blanc et du noir sur les reliefs des visages des acteurs filmés de très près. L'esthétique même du film appuie le propos : rien ne justifie d'interdire le débat, le monde ne peut etre blanc ou noir sinon nous ne pourrions plus le voir.

Les mots du héros, Edward Murrow (interprêté par un David Strathairn éblouissant), ne font que prolonger ce que voient nos yeux : rien ne destine la télévision à n'être qu'une source de divertissement imbécile. Les médias ont un rôle à jouer dans le débat public, un rôle civique d'information et d'explication à remplir. Empêcher un média de remplir cette fonction sous le prétexte que cela n'intéresserait pas le public, c'est faire l'aveu d'un mercantilisme coupable. George Clooney tape là où ça fait mal : la télévision qui l'a révélé (souvenez vous du Dr Ross dans la série Urgences) mais qu'il a finalement dû fuir pour échapper au superficiel.

Ce qui s'applique à la télévision s'applique aux médias qui lui succèdent, et ce qui s'applique aux personnages du film s'applique à nos contemporaines... Clooney, à travers McCarthy, nous parle de Bush : l'acteur et réalisateur de talent ne s'est pas caché de son désavoeu pour la politique de son Président, notamment en Irak. Bush est de la même trempe que McCarthy : il s'appuie sur la peur de l'inconnu (L'Est communiste hier, Le Moyen Orient aujourd'hui) et sur l'illusion de pouvoir dire ce qui est bien ou mal pour faire croire aux électeurs que des problèmes complexes peuvent être réglés de manière très simple. Bush comme McCarthy flirte par nécessité avec le totalitarisme, qui est la seule manière de gouverner qui puisse s'accomoder d'une simplification aussi naïve des questions politiques. Ce type d'individu donne donc l'impression d'agir là où d'autres traînent les pieds. Négliger les principes de la démocratie permet de courir plus vite... Et l'électorat abusé peut n'y voir que du feu et oublier que si l'on place la caméra de l'autre côté, le coureur si rapide nous précipite en fait vers une direction peu enviable.

Retournons à notre tour la caméra et oublions un instant le contexte qui fait réagir Clooney avec un tel brio, pour tirer les enseignements de son film en ce qui nous concerne directement. Un homme en France donne à beaucoup l'impression d'agir là où les autres ne font rien, cet homme est pourtant dénoncé chaque jour pour ses positions inquiétantes, son populisme. L'extrême droite elle-même se félicite de le voir appliquer les mesures appelées des voeux de son électorat[1]. Cet homme est ministre de l'Intérieur, il fait son grain de chaque fait divers violent pour laisser entendre qu'il agit, créant des brigades, appelant à la répression, éludant totalement l'importance du travail de fond face à des problèmes profonds. Combien de temps faudra-t-il attendre pour qu'un Murrow s'en prenne courageusement à Sarkozy et montre à nos concitoyens ce qu'il y a de dangereux à croire qu'agir signifie forcément agir dans le bon sens ? En tous cas on a déjà notre Clooney en la personne de Mathieu Kassovitz... Mais faudra-t-il attendre 50 ans avant qu'un film ne mette en lumière les immoralités que nous acceptons aujourd'hui de la part d'un homme d'Etat ? Nicolas Cadène nous livre un début de travail, à travers l'analyse point par point des voeux révolants de Nicolas Sarkozy por l'année 2006.

Bonne nuit, et bonne chance...