Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2006 juin 27

Scott McCloud interviewé par Joe Zabel

A l'occasion de la sortie en septembre de son ouvrage Making Comics, le Webcomic Examiner a récemment publié une longue interview de Scott Mc Cloud. La troisième page de cette interview accorde une large place à l'évolution de sa pensée à propos des webcomics, depuis la sortie de Reinventing comics.

Le livre faisait de la BD en ligne le moyen d'une révolution complète du marché du comics, révolution d'ailleurs bien engagée si l'on en croit les derniers bilans en date.

les espoirs du micro-paiement

McCloud revient sur la question du micro-paiement, qu'il voyait alors comme la solution qui devait permettre aux auteurs de s'affranchir du carcan éditorial anglosaxon (centré quasi-exclusivement sur la cible juvénile masculine). Il constate l'échec de cette voie, face à la réussite du modèle des produits dérivés (les webcomics à succès sont rentabilisés en partie grâce à ce type de vente). L'auteur-théoricien souligne toutefois la réussite du modèle "pay-per-view" sur le marché asiatique, et la grande diversité des cultures susceptibles de faire naitre des idées innovantes face au modèle anglosaxon.

les dangers d'aujourd'hui

McCloud semble regretter la prépondérance de webcomics basés sur des parutions soutenues de strips courts et indépendants, qui doivent leur succès au peu de temps et d'énergie qu'ils demandent à leur lecteur de façon quotidienne. Il craint également le centralisme vers lequel s'orientent des solutions d'abonnement ou de vente numérique sur le modèle d'iTunes. Le risque de ces solutions étant de mettre le pouvoir entre les mains de quelques mastodontes de l'édition en ligne, anéantissant du même coup tous les espoirs d'une révolution narrative par le web.

évolutions narratives

Scott McCloud revient enfin sur la notion d'infinite canvas, qui est sans doute la plus marquante de Reinventing comics. Joe Zabel l'interroge sur les approches différentes réalisées avec le Tarquin Engine d'une part, et dans The Right Number d'autre part (consultez le trailer pour voir de quoi il retourne). Les deux solutions exploitent Flash pour créer une navigation dans le récit tout à fait particulière.

Commentaires

1

A nouveau, un auteur complètement différent signale à sa façon les deux dangers principaux qui guettent la bande dessinée en ligne:

-la prépondérance d'un style "cible juvénile masculine" qui "doit son succès au peu de temps et d'énergie qu'ils demandent aux lecteurs", ce que je dénonce plus explicitement par "violent-crado-cynique" ou "nombriliste écervelé".

-l'apparition possible de majors de la bande dessinée en ligne, comme les majors de la musique. Ce qui, à mon avis, conduirait à un contrôle idéologique comme on le voit en musique, oblitérant des pans entiers de création et de philosophie.

En ce qui concerne le micro-paiement, il est intéressant de noter que, si ça ne marche pas super dans le monde anglo-saxon, cela fonctionne par contre en Asie. A mon avis, cela est dû, non pas à quelque conditions économiques particulière, mais à la mentalité "anar" associée à lecture de bandes dessinées violentes ou cyniques. La solution pourrait être simplement de proposer autre chose, affranchir la bande dessinée en ligne de cette image violent-cynique-nombriliste, et attirer d'autres lecteurs, CQFD.

Richard Trigaux Le mercredi 28 juin 2006 à 09:10

2

Sur le plan narratif, un récit de Scott McCloud tel que "Zot! Hearts and Minds" www.scottmccloud.com/comi... reprend une narration linéaire classique. Ce qui est original est la présentation sous forme de pages internet tout en hauteur, où les cases flottent librement, totalement dégagées du schéma rectangulaire hérité de la page papier. Malgré la lourdeur du téléchargement, cela marche bien, puisque les dernières images se chargent le temps que l'on lise les premières (et sans flash!). Cette présentation permet, page 3, un raccourci narratif, puisque une longue chute est présentée sous forme d'une série d'images superposées, qui nous font descendre le long de la page en même temps que les personnages.

Sur le développement de l'histoire, l'auteur passe les développements inutiles (ce qui donne parfois un air de parodie à l'histoire). Souvent dans les histoires on a une croissance lente de l'intrigue, ici non, on va directement au vif du sujet.

Richard Trigaux Le jeudi 29 juin 2006 à 08:40

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