Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2008 avr. 3

L'émergence de nouveaux supports de lecture

Voici la suite du travail mené par Flore Tilly autour de la bande dessinée et d'Internet. Après avoir traité de la BD en ligne et de la bande dessinée interactive, et des blogs BD, Flore Tilly clôt son tour d'horizon des manifestations créatives de la bande dessinée sur Internet par l’émergence de nouveaux supports de lecture.

Consulter ses mails et lire des BD en ligne sur l’ordinateur du salon n’est plus nécessairement réalité pour l’ensemble des internautes. Internet est devenu, grâce à de récentes évolutions techniques tel le Wifi, le média nomade par excellence. Il investit les téléphones portables, outils de communication multimédia de plus en plus sophistiqués. Les téléphones de type « 3G » offrent la possibilité de naviguer sur le web. L’ergonomie y est pensée puisque l’interface est simplifiée par rapport à une page Internet affichée sur un ordinateur. Certains sites d’envergures prévoient même la création de versions spécifiques pour les mobiles, comme c’est le cas de Firefox, navigateur concurrent de Microsoft. L’Internet nomade est aussi relayé par les Personal Digital Assistant et autres hybrides « smartphones », téléphones couplés à des PDA, comme le très médiatique Iphone d’Apple.

Tous ces appareils ont les capacités techniques de recevoir, de conserver et de diffuser du contenu multimédia… dont font partie les bandes dessinées. Les sites de BD en ligne tels, KidsComics.com, UserFriendly.org et des centaines d’autres ne permettent qu’une lecture en ligne et non pas le téléchargement, difficilement compatible avec le respect des droits d’auteurs. Il faut en outre noter que la taille relativement restreinte des écrans de téléphone et de PDA ne facilitent pas l’accès à ce genre de sites. La bande dessinée en ligne sur ces supports n’en est donc qu’à ses prémices.

Il existe cependant des initiatives spécifiques à ce domaine. PixizBubble.com se présente comme le précurseur de la bande dessinée mobile. Ce site permet, grâce au Wap et au portail Gallery, commun aux trois principaux opérateurs de téléphonie mobile, de lire gratuitement (hors coûts de communication fixés par les opérateurs) des bandes dessinées conçues pour le support mobile. Le choix de bandes dessinées reste assez limité, environ une vingtaine de titres actuellement, classés sous les deux catégories « Manga » et « Humour ». Concrètement, l’usager doit s’inscrire sur le site de manière à recevoir par téléchargement un logiciel Java. Celui-ci est à la fois navigateur, pour sélectionner les bandes dessinées, et lecteur, pour visionner ces dernières.

Cette pratique n’en est qu’à ses débuts en France, contrairement au Japon où les très populaires mangas se lisent la plupart du temps sur téléphone portable, vignette par vignette[1]. Selon Howard Rheingold, la prochaine révolution du web se développera grâce à l’Internet mobile, dont le succès est déjà phénoménal au Japon[2]. Les usagers nippons utilisent désormais davantage leur « keitai » (téléphone mobile) pour échanger des données via Internet, tels les mails et les textos, que pour passer des appels vocaux. Au-delà d’une simple appropriation, l’appareil a ici été détourné de sa fonction première.

Notes

[1] Voir à ce sujet l’article du blog de la journaliste Karyn POUPEE, http://tokyo.viabloga.com/news/japon-le-telephone-portable-un-ersatz-de-livre-prometteur

[2] RHEINGOLD, Howard, Foules Intelligentes, Paris, M2, 2005, p. 15

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