Julien Falgas

J'ai été formé aux arts plastiques et aux contenus web avant de devenir webmestre pour l'Université de Lorraine. J'y ai assuré plusieurs enseignements en Sciences de l'information et de la communication et soutenu une thèse intitulée "Raconter à l'ère numérique : auteur et lecteurs héritiers de la bande dessinée face aux nouveaux dispositifs de publication".

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2009 déc. 9

Evolution des terminologies en matière de bande dessinée sur support numérique

Terminologies de la BD sur support numérique dans la presse francophone (base Factiva).Le mémoire de Tony dont je parlais dans mon précédent billet est en ligne : ''Bande dessinée interactive, comment raconter une histoire ?''. Quel plaisir de voir que des étudiants continuent de consacrer leurs travaux universitaires aux rapport entre bande dessinée et support numérique ! Au détour de la première partie de son mémoire, Tony relève la disparité des terminologies employées pour parler du sujet qui nous occupe :

Il n’existe pas de terminologie "officielle" pour parler du médium qui nous préoccupe ici. Par convention, une série de termes est communément utilisés. Edouard Lussan qualifie son Opération Teddy Bear de bande dessinée interactive. Laurène Streiff utilise le terme e-BD , par analogie avec l’e-mail. La bande dessinée en ligne est désignée tel quel, ou par le terme anglais webcomic (le site webcomics.fr et d’ailleurs français), ou encore BD/I par Thierry Smolderen . On trouve encore les termes bande dessinée multimédia et bande dessinée numérique . A ma connaissance, personne ne s’est réellement penché sur le problème de l’usage de ces termes. Ainsi ils sont utilisés de manière assez arbitraire et interchangeable.

Cette disparité a également inspiré Christopher Bihoreau, qui s'efforce de définir les différentes formes de BD sur support numérique à l'intention des néophytes.

En réalité les différentes terminologies peuvent être datées avec précision et ne sont pas interchangeables. L'usage évolue rapidement et se cristallise nettement autour de certaines terminologies à un moment donné. C'est en tous cas l'observation que j'ai pu faire tout au long des 10 dernières années. J'ai pu la confirmer objectivement grâce à une base de données de la presse francophone (Factiva) accessible aux usagers des bibliothèques de l'université Paul Verlaine - Metz.

Voici ce que l'on observe dans la presse francophone :

Terminologies de la BD sur support numérique dans la presse francophone (base Factiva).

Les différentes déclinaisons de chaque expression ont été prises en compte pour constituer ce graphe (singulier et pluriel, BD autant que "bande dessinée").

Plusieurs éléments me semblent importants :

  • La bande dessinée sur support numérique intéresse de plus en plus la presse, preuve de son développement ;
  • L'expression "BD interactive", toute première terminologie, est en recul depuis quelques années malgré cet intérêt croissant de la presse
  • L'expression "BD en ligne" est celle qui affiche la meilleure longévité : toujours pertinente aujourd'hui, elle persiste depuis 2001
  • Il faut compter aujourd'hui avec les "blogs bd" (en développement depuis 2005) et la "bd numérique" (présente depuis 2005, mais en pleine explosion ces derniers mois)
  • L'expression "webcomics" venue du monde anglosaxon reste marginale

Un autre indicateur d'usage réside dans les expressions cherchées par les internautes sur Google (via Google Tendances de recherches) :

On observe que les internautes français n'ont pas du tout adopté l'expression "bd interactive" ni l'expression "bd numérique". L'expression "blog BD" s'est imposée devant "BD en ligne", tandis que "webcomics" existe à la marge. (NB: j'ai du restreindre le graphe à la France, afin d'écarter la prédominance de l'expression "webcomics" sur le web international.)

On peut déduire de ces observations croisées :

  • La croissance de la BD sur support numérique s'appuie sur un matelas constitué par les BD en ligne/webcomics (suivant l'inclinaison du public pour le web anglophone).
  • Les blogs BD sont le moteur de cette croissance : les médias ont suivi le public dans le plébiscite de ce format propre au web francophone.
  • La BD numérique - malgré des apparitions dans la presse depuis 2001 - est plutôt une construction marketing récente qui n'a pas encore été adoptée par le public. On la doit principalement au développement des offres de BD numérisées pour la téléphonie mobile.

Commentaires

1

Ca va vraiment très vite cette évolution, quand j'étais dans la rédaction au premier semestre de 2009, on n'entendait pas autant parler de bd numérique, la BDD de Balak n'avait pas encore cette percée... Fou!
J'en profite pour te 'inviter de nouveau à participer au forum de Prise de tête, je recrute! D'ailleurs je me demandais si les nombreux échanges qui ont eu lieu sur Facebook ces derniers temps, souvent initiés par tes publications, ne pouvaient pas servir à poser les bases de nouvelles discussions (sans répéter ce qui a été dit, mais en le rappelant de manière à en faire un tremplin vers d'autres réflexions)...

Tony Le jeudi 10 décembre 2009 à 00:50

2

Merci pour l'invitation.

J'avoue ne pas être très convaincu par l'idée d'un énième forum sur la question. J'ai le sentiment que les discussions et la réflexion se passent aujourd'hui très bien par blogs et réseaux sociaux interposés. Plusieurs forums accueillent déjà des échanges sur le sujet, avec des communautés de gens qui se connaissent et se sentent bien ensemble. Pourquoi proposer un forum de plus ? Je préfère m'intéresser aux publications des uns et des autres (ton mémoire, ta BD interactive, les articles et billets de différents sites et blogs) pour nourrir ma propre réflexion et publier à mon tour afin d'initier de nouvelles réflexions.

Sur un forum les échanges restent au sein d'une communauté donnée. Avec les publications des uns et des autres il y a des passerelles qui se créent, des réflexions qui se répercutent et qui se relancent de toutes parts.

JiF Le jeudi 10 décembre 2009 à 22:34

3

Au contraire, je trouve dommage de ne pas rendre plus "ouvert" les différents échanges qui ont eu lieu sur Facebook par ex ces derniers temps. Contrairement aux autres forums, celui-ci est entièrement dédié à la bd numérique, ce n'est plus un sujet parmi d'autres.
Après je n'en fais pas non plus une obsession! Si ça ne prend pas vraiment dans quelques semaines (pas forcément en terme de nombre d'inscrits, même si ça joue, mais en terme d'échanges) je fermerai.

Tony Le mercredi 16 décembre 2009 à 21:00

4

Je ne suis pas certain qu'un nouveau forum ouvre plus les échanges. Les participants y sont finalement les mêmes que sur Facebook.

Je pense préférable de nourrir les échanges en publiant de nouveaux billets ou articles qui peuvent être relayés spontanément ailleurs et initier de nouvelles discussions. Chaque discussion peut à son tour initier de nouvelles réflexions, de nouveaux articles, publiés sur de nouveaux lieux de diffusion. Et ainsi de suite. Même si les communautés ne sont pas toutes réunies en un même lieu, il y a des ponts par lesquels les discussions peuvent circuler et se contaminer les unes les autres.

J'aime bien ce fonctionnement en "cellules", en "groupes de réflexion" ou "groupes de travail" entre lesquels chacun peut être un relais et poser de nouveaux jalons que tous peuvent se ré-approprier pour pousser encore un peu plus loin.

JiF Le jeudi 17 décembre 2009 à 18:11