Flattr pour un nouveau modèle de rentabilité de la création artistique
Par JiF le Samedi 13 février 2010, 10:15 - arts & culture - Lien permanent
Flattr permettra à chacun de nous de dédier la somme de son choix à la rétribution des artistes. Pas question de redistribuer les sommes sur la base de l'audience des oeuvres comme le fait la SACEM dans le secteur musical. Avec Flattr, nous pourrons identifier les oeuvres que nous avons aimées de la même manière que nous partageons de bonnes adresses sur les réseau sociaux : un simple clic sur un compteur Flattr suffira. Une rétribution qualitative plutôt que quantitative !
Flattr est peut-être la solution de rémunération qui manquait aux auteurs de bande dessinée en ligne. Nos voisins anglosaxons ont développé le marché du webcomics autour du modèle de l'auto-édition, ils seront sans doute les premiers intéressés par cette nouvelle solution de monétisation. Mais les francophones pourraient bien y trouver leur compte, eux qui rechignent à embrasser le modèle publicitaire ou à publier gratuitement durant plusieurs années pour constituer l'audience indispensable à la réussite sur le web.
Quid des éditeurs ? Bien que Flattr s'adresse d'abord aux artistes, rien n'interdit d'envisager que l'éditeur continue de jouer son rôle d'intermédiaire. A lui d'offrir aux auteurs un service convaincant : production, apport technique, promotion, gestion administrative, ... La liste est longue des compétences qu'un auteur peut préférer déléguer. L'éditeur pourrait se saisir d'un outil tel que Flattr, percevoir l'argent et le redistribuer aux auteurs en fonction du contrat qui les lie.
Pour aller plus loin, j'imagine fort bien que des collectifs d'édition en ligne décident de mettre en commun les fruits de leurs publication pour les redistribuer suivant d'autres modalités. Flattr peut permettre de recueillir de l'argent sur une identité éditoriale partagée... Avant de redistribuer cet argent en fonction d'autres critères tels que l'investissement de chacun, le soutien à des projets en démarrage ou même l'audience.
Ce modèle du mécénat devrait également apparaître dans le domaine de l'info en ligne, à l'initiative de Rue89. Kachingle propose un service similaire pour rétribuer les sites web que l'on apprécie.
L'originalité de Flattr, c'est que ce service est lancé par les fondateurs de The Pirate Bay. The Pirate Bay est un célèbre moteur de recherche de fichiers .torrent : des fichiers destinés au téléchargement en P2P et notamment au partage (légal ou non) de films et de musiques. Ses fondateurs ont de la suite dans les idées : après avoir contribué à libérer radicalement la diffusion numérique des oeuvres (quitte à bousculer les lois en place), ils ont décidé de mettre en application la licence globale. Pendant que les gouvernements et leur sordide traité Acta préfèrent servir les industries culturelles que les artistes et leur public, les "pirates" mettent en place une solution pour que les artistes soient rétribués directement par leur public.


Commentaires
Bonjour
Un concept très novateur et intéressant.
Surprenant sur certains points - mais très révélateur à mon sens du certaine philosophie du web - la gratuité avec un paiement basé sur un système de don...
Mais je pense que la licence globale n'est pas prêt d'arriver en France dans le secteur du livre - de l'art en générale.
Croisons les doigts nous verrons bien - le web n'est-il pas encore et toujours le précurseur d'un état d'esprit !
Talent
Bonjour
C'est une bonne idée
comme je ne comprend pas trop l'anglais, je n'ai pas saisis les détails du système de rémunération...
par exemple, de combien de points dispose le lecteur satisfait à distribuer chaque mois.
Doit-il acheter ses point à flattr?
peut-il tout donner d'un coup s'il est très très content ^^...etc
En fait, la question du retour légitime à ce qu'on donne aux autres sur le net, et la manière dont cela s'effectuera sera un point très important pour la création numérique.
Une idée de ce genre, si elle se met en place, aurait l'avantage de compenser une "injustice" inhérente à la standardisation des albums et à l'uniformité des prix.
Pour certains, le soin accordée à la réalisation d'un livre, son originalité sans calcul aucun, la rareté de sa production fait qu'il ne concernera qu'un public restreint ... Quand d'autres, au contraire produiront beaucoup de livres, vite écrit, vite dessinés, sur des thèmes faciles, délibérément commerciaux et destinés à un large public .
Le premiers n'a plus sa place dans la bande dessinée actuelle, il disparait tandis que le second prospère.
Une citation pour illustrer mon propos, elle vient de Godard:
"Il n'y a pas beaucoup de gens qui m'aiment, mais ils m'aiment beaucoup"
et le pendant à cette citation (du même auteur):
Les gens diront généralement d'un film commercial faisant des millions d'entrées que c'est un grand succès, mais la plupart du temps, moi je n'y vois qu'un formidable échec.
je m'arrête là :))