Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2010 mai 21

Comment rétablir la confiance entre auteurs et éditeurs de BD ?

Dans le troisième volet de son dossier consacré à la situation de la BD numérique en France, ActuaBD décrypte les questions qui animent les auteurs signataires de l'appel du numérique. Ce qui transparait sans jamais être nommé, c'est la perte de confiance des auteurs de bande dessinée envers leurs éditeurs. En filigrane se pose la question de la compétence des éditeurs de BD en matière de supports numériques.

Didier Pasamonik pose l'axiome selon lequel un éditeur est garant de la cohérence dans l'exploitation de l'oeuvre. Tout le reste s'appuie sur cet axiome : de l'acceptation de cessions de droit 70 ans après la mort de l'auteur jusqu'à l'extravagance des exigences du SNAC en termes de rémunération sur l'exploitation numérique. Or, si le SNAC exige avant tout une concertation entre auteurs et éditeurs, c'est parce que les auteurs n'ont plus confiance dans la capacité des éditeurs à exploiter l'oeuvre de manière cohérente sur le support numérique. Pour reprendre les mots de Didier Pasamonik : on les comprends.

Comme lui, on peut déplorer ballet de juristes et autres experts venus faire la roue et l’étalage de leurs compétences supposées, en l'absence des éditeurs, lors de la journée professionnelle qui a eu lieu à la Cité des Sciences en novembre dernier. Comment les auteurs peuvent-ils garder confiance en leurs éditeurs lorsqu'ils abandonnent le terrain à de nouveaux acteurs ? Comment ne pas en déduire que les éditeurs n'ont pas les compétences pour exploiter les oeuvres de manière cohérente sur le support numérique ?

La seule manière de rétablir la confiance et de sortir de l'ornière consiste pour les éditeurs à s'associer les compétences qui leur font défaut. Il ne s'agit pas seulement de savoir accompagner les auteurs dans leurs projets numériques, ou de repenser les contrats de cession de droits. Il s'agit d'élaborer des modèles économiques convaincants. Les auteurs ont toutes les raisons d'être inquiets lorsque la principale offre commerciale en matière de BD numérique tourne en rond autour du modèle de la vente au détail de produit virtuel. Les Autres Gens est l'initiative professionnelle la plus probante en matière de BD numérique française, avec 5000 abonnés gratuits en 1 mois seulement dont 15% d'abonnés payants le mois suivant. On doit cette initiative à des auteurs...

Commentaires

1

"l'extravagance des exigences du SNAC en termes de rémunération sur l'exploitation numérique"

Est-ce que tu pourrais préciser ce qui te parait extravagant?

Joseph Béhé Le vendredi 21 mai 2010 à 22:48

2

Ce qui est amusant quand Didier Pasamonik parle d'exigences extravagantes, c'est qu'il oublie deux choses : Sur un album vendu 11 euros en magasin, 1 euro va aux auteurs. Réclamer de toucher au minimum 1 euro sur la version numérique d'un album n'est pas si extravagant que ça il me semble. Ensuite, ce qu'il oublie de dire, mais c'est certainement parce qu'il l'ignore, c'est que certains éditeurs qui ne participent pas à Iznéo préparent leurs propres systèmes de diffusion en partant du principe que les auteurs diffusés toucheront au minimum la même somme sur la version numérique que sur la version papier, comme quoi, là encore, ce n'est pas si extravagant. Mais tu as tout à fait raison de dire que notre revendication principale reste de pouvoir enfin s'assoir tous autour d'une table pour parler de tous ces sujets avec nos éditeurs, et notamment du sujet du modèle économique à inventer pour créer ce marché, sachant que la vente au détail de produit virtuels a comme tu le dis, très souvent montré son inefficacité.

Une petite précision amusante tout de même concernant les droits qui sont cédés jusqu'à 70 ans après la mort de l'auteur. Il est bon de rappeler que passé ce délai, l'œuvre tombe dans le domaine public, ce qui signifie que les ayants droit de l'auteur, ses enfants et petits enfants ne toucheront plus rien sur la vente des œuvres et que tout le monde peut l'exploiter à sa convenance. En gros, 70 ans après la mort de l'auteur, l'éditeur seul continue de toucher de l'argent !

Olivier Jouvray Le samedi 22 mai 2010 à 00:24

3

Pas pour descendre les Autres Gens, mais c'est 5000 abonnés depuis que c'est payant ou 5000 avant que ça le soit ? Peut-être faut-il attendre quelques mois avant de pouvoir dire si cette action d'auteurs est financièrement probante (plus de 25 personnes pour produire du contenu, je ne sais pas ce qu'il reste après le partage du butin)

Fred Boot Le samedi 22 mai 2010 à 00:45

4

Didier Pasamonik juge ces exigences extravagantes dans son article. Je ne fais que relater ses propos. Je ne suis pas du tout convaincu par son argument qui fait appel au livre de poche : le livre de poche est un modèle économique qui a fait ses preuves. Or, comme je l'explique dans mon billet, le gros problème des éditeurs c'est qu'on a le plus grand mal à leur faire confiance pour échaffauder des modèles économiques cohérents pour l'exploitation numérique des oeuvres. En résumé : les exigences du SNAC pourraient devenir extravagantes, si les éditeurs avaient apporté toutes les garanties qu'ils ont les compétences pour exploiter efficacement les oeuvres sur support numérique. C'est un problème de confiance avant tout.

Concernant Les Autres Gens, j'ai effectivement été un peu vite en besogne. C'est bien 5000 abonnés à l'issue de la phase gratuite. Le taux de transformation qui a été divulgué au mois d'avril faisait état de 15%, soit 750 abonnés payants. Tout cela n'étant que des estimations. Je corrige mon billet.

JiF Le samedi 22 mai 2010 à 12:12

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