Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2011 mar. 25

Bande numérique, les éditeurs pires que Apple et Amazon

Comment dépenser 700 000 € pour le numérique et éviter soigneusement de faire preuve d'innovation.

Dans la foulée de l'appel du ministre de la culture à l'union des éditeurs pour négocier avec Amazon, huit éditeurs de bande dessinée ont annoncé le lancement d'un catalogue commun "Bande numérique" basé sur la plateforme Iznéo. Bodoï a recueilli le témoignage du directeur général de ce regroupement d'éditeurs. En un mot : affligeant... On prend les lecteurs de bande dessinée pour des pigeons.

Morceaux choisis...

L'avenir de la BD selon Bande numérique : surtout ne rien changer

Nous souhaitons maintenir la bande dessinée dans le même cadre qu’aujourd’hui, avec les mêmes acteurs (auteurs, libraires, clients…). Pour réussir cela, il faut agir sur le marché ensemble.

Je doute que la bande dessinée existerait encore aujourd'hui si elle avait dû compter sur des gens dont la seule ambition consiste à la maintenir dans le même cadre. Tout au long du XXème siècle la BD a justement su s'inventer et se réinventer en changeant de cadre (presse, magazines, albums,... )

Les éditeurs croient mieux savoir qu'Amazon comment vendre un fichier numérique

Nous sommes en cours de discussion avec Amazon. Il serait tout de même stupide de se fermer la porte de la première librairie au monde… Le problème est qu’il faudrait, pour lui agréer, que nous promettions la jouissance d’un fichier ad vitam aeternam au lecteur. Or le fichier numérique est comme le livre papier: il arrive qu’on l’abîme ou qu’on le perde, et dans ce cas il faut le racheter. Lors de son achat, le lecteur a droit à cinq copies, cela nous semble raisonnable.

Je ne savais pas les lecteurs de bande dessinée aussi peu soigneux. Le "cadre de la bande dessinée d'aujourd'hui" me semblait être celui d'un album de qualité, pérenne, que l'on collectionne et lègue à ses enfants. Un album de bande dessinée peut être prêté, donné ou vendu d'occasion. Le fichier numérique n'est pas comme le livre papier. Pour cette raison, la seule manière d'aborder le numérique consiste à se montrer innovant.

Le piratage : combattre l'incendie avec un bidon d'essence

On peut obtenir en un clic l’intégrale de Tintin ou de Lanfeust de Troy, en PDF bien propres, parfaitement lisibles. (...) Via Izneo, Bande Numérique vise à protéger les œuvres, disponibles en streaming ou via des fichiers cryptés, sécurisés.

Les mesures de Bande numérique pour contrer le piratages visent donc à proposer une offre légale qui n'a aucun des atouts de l'offre illégale, ni aucune valeur ajoutée. Pour lire des BD avec Bande numérique, il faut s'armer de courage, être prêt à cliquer et à dépenser de l'argent. Vous n'aurez rien d'autre en retour qu'un accès temporaire ou limité à 5 copies d'un fichier de qualité similaire (voire inférieure) sa la version pirate, que vous ne pourrez pas prêter, donner, ni revendre à qui que ce soit.

Ce que vend Bande numérique, ça n'est pas un bien mais un service : l'accès numérique à des bandes dessinées. Depuis un an, on attend toujours l'abonnement au catalogue Iznéo à 9.99€/mois, annoncé par ses conditions générales de vente dans une version ultérieure du site.

Commentaires

1

Ca ne va pas vraiment dans le bon sens pour les lecteurs en effet. Mais Les éditeurs veulent surtout se mettre en ordre de bataille pour ne pas avoir trop à subir Apple et Amazon. C'est injuste de dire qu'ils sont pires que Amazon et Apple. Comment se passe la rémunération des auteurs pour des systèmes d'abonnement ?

Adrien Le samedi 26 mars 2011 à 10:04

2

Se regrouper pour négocier, c'est effectivement une bonne chose... La censure d'Apple, le format propriétaire d'Amazon méritent la mobilisation. Mais si c'est pour imposer des contraintes plus irrespectueuses encore du lecteur, je trouve cela consternant. Ne pas aller dans le bon sens pour les lecteurs, ce n'est bon pour personne, en premier lieu pour les auteurs.

Avec un dépôt numérique unique, il est aisé de mesurer l'audience de chaque livre, page à page. Dès lors, la rémunération des auteurs peut être répartie de manière transparente. Elle peut d'ailleurs intégrer d'autres recettes que celles de l'abonnement, comme la publicité par exemple. Ultime avantage : la sécurisation devient légitime pour limiter l'accès aux seuls abonnés. Alors que dans un modèle de vente, le consommateur est victime des mesures de protection qui l'empêchent de posséder réellement le bien qu'on prétend lui vendre.

Enfin, il me semble important de rappeler une évidence : le lecteur n'a pas un budget extensible. On ne pourra jamais lui vendre plus de livres qu'il ne peut en acheter ou en lire. Mais on peut sans doute attirer plus de lecteurs avec des bouquets d'abonnement. En maintenant les recettes actuelles, voire en les augmentant, l'objectif de maintenir la filière serait largement rempli. Côté libraires, si l'abonnement n'épuise pas le budget des passionnés, il ne pourra qu'encourager plus de lecteurs à acheter des livres découverts en numérique, pour les conserver ou les offrir au delà de leur abonnement individuel.

JiF Le samedi 26 mars 2011 à 15:48

3

700 000euros ??? W.O.W. :) .
Quand on voit ce qu'est aujourd'hui Izneo, ça laisse pensif.
Très intéressant cet article, surtout en le découvrant 6 mois plus tard :).

Ceci dit, Izneo étant le regroupement de mastodontes très sérieux installés dans l'édition depuis des générations... on peut être certain qu'Izneo est la conclusion de plusieurs années de réflexions et de négociations.
C'est donc un projet avec une vision long terme, à suivre de près au fil du temps.

TroyB Le jeudi 13 octobre 2011 à 14:09

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