2011 mai 12
La BD numérique en bibliothèque, la grande inconnue
La table ronde organisée par les auteurs du blog Phylacterium, élèves conservateurs à l'ENSSIB, a permis de révéler un vaste chantier dont on parle trop peu en matière de BD numérique : celui des bibliothèques. Ces questions ont été abordées après que nous ayons dressé un panorama synthétique mais aussi complet que possible de la BD numérique, à l'intention d'une bonne quarantaine de personnes, principalement des élèves conservateurs et membres de l'équipe enseignante, mais aussi un représentant d'Izneo et quelques curieux. Je ne reviendrai pas sur les idées développées par Arnaud Bauer (Manolosanctis) et moi même, qui recouvrent pour l'essentiel les enjeux abordés au fil des billets de ce blog.
Catherine Ferreyrolle, directrice de la bibliothèque de la CIBDI à Angoulême nous a pour sa part brossé le portrait de documentalistes volontaires mais dépassés par l'ampleur du chantier. Une chose est sûre, la BD numérique est une priorité pour cette année... Mais comment assumer son rôle de prescripteur lorsqu'on peine déjà à digérer la production traditionnelle (5200 sorties l'an passé) ? La production numérique manque de lisibilité : trop de choses parmi lesquelles chercher les perles rares.
Il faut aussi faire face à la diversité des formats et des interlocuteurs. 3 bibliothèques en France seulement sont abonnées aux Autres Gens. Manolosanctis accueille le compte utilisateur d'une bibliothèque, à travers lequel un documentaliste compose des listes de lecture limitées aux BD hébergées par l'éditeur numérique. Quant a Izneo, l'offre n'est pas encore prête, mais il est prévu de proposer un abonnement pour permettre la consultation de l'ensemble du catalogue au sein des bibliothèques qui y souscriront.
Les bibliothécaires n'ont d'ailleurs pas toujours de sensibilité pour la BD sur écran. Faute d'autres organes de prescription, ils sont donc démunis malgré leur bonne volonté. Les usagers eux-même ne sont pas demandeurs. Lorsqu'on se déplace dans une bibliothèque, on le fait plutôt pour emprunter des livres que pour s'y installer et lire sur un écran. Chez soi, personne ne pense à se connecter à l'espace numérique de sa bibliothèque municipale pour y chercher des histoires. Comme l'a souligné Arnaud Bauer, la prescription passe aujourd'hui par les réseaux sociaux et les recommandation de nos "amis" sur Facebook. Le bibliothécaire devrait-il prendre à bras le corps le rôle de community manager ?
Tout au long de cette table ronde, j'ai mis l'accent sur la différence entre BD numérique et BD numérisée et l'importance de ne pas faire de la seconde un préalable à la première. Il est nécessaire de s'interroger plus largement sur le rôle de la BD dans le devenir des récits dans le contexte de la convergence numérique (les mêmes écrans permettent d'accéder à tous les médias). La bande dessinée a une responsabilité dans l'invention des formes narrative numériques, quand bien même le résultat ne serait plus reconnu comme de la bande dessinée.
Commentaires
BD en Bibliothèque pourquoi pas ?vous aviez invité des bibliothécaires pour en parler ?
Sur réseaux sociaux et Cie hum renseignez -vous quand même : ça bouge
mercure Le vendredi 13 mai 2011 à 07:04
C'est très intéressant, en effet... Je connais quelques bibliothécaires, alors je vais m'empresser de leur demander leur avis sur la question... et les inviter à venir lire cet article...
Pour ma part, je suis peu adepte de la lecture sur écran (encore que ce soit différent pour la BD). Généralement, je lis des extraits sur le net, si je suis emballée, je vais acheter. Mais cela concerne plutôt des romans ou livres concernant mes études. Et puis je crois que je suis atteinte par le syndrome de la "possession" de l'objet. C'est aussi la raison pour laquelle je vais peu en bibliothèque (sauf si je cherche des thèses particulières ou des documents que je ne trouverai que là). En ce qui me concerne il y a encore beaucoup de boulot ;)
Melle Bulle Le vendredi 13 mai 2011 à 08:36
J'aurais beaucoup aimé participer à tout ça. ça avait l'air très intéressant et j'ai l'impression qu'on a beaucoup parler de nous ce qui est étrange.
Thomas Le vendredi 13 mai 2011 à 09:02
Bravo pour ta réactivité, Julien : à peine revenu de Lyon, tu dresses ton propre compte-rendu ! Je précise que la conférence a été captée et que la captation sera mis en ligne sur le site internet de l'enssib (école nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques). Nous publierons aussi sans doute un compte-rendu sur le blog Phylacterium.
Nous avions principalement organisé cette table ronde à l'enssib pour informer nos collègues bibliothécaires de la diversité de l'offre en matière de bd numérique, et les sensibiliser aux enjeux qui lui sont propres.
Pour l'instant, les bibliothèques ne se sont que très peu penchés sur le problème de proposer de la bd numérique à leurs lecteurs (sur place ou en accès distant), alors même que la bande dessinée est une ressource très présente et très empruntée dans les bibliothèques municipales.
Le problème qui semble le plus saillant à l'heure actuelle est celui de la visibilité de l'offre, qu'elle soit payante ou gratuite, et de la capacité à faire son choix sans se laisser enfermer chez un éditeur qui proposerait des solutions clés en main (Julien Falgas a souligné ce problème à juste titre). Et paradoxalement, les bibliothécaires ont plus tendance à voir les offres payantes que les offres gratuites !
Il y a encore beaucoup de choses à penser sur ce terrain.
Julien Baudry Le vendredi 13 mai 2011 à 09:43
Bonjour,
j'aimerais savoir quand le compte-rendu sera disponible ainsi que la captation
Merci
Gabache Le dimanche 15 mai 2011 à 09:24
Si tout va bien, la captation et le compte-rendu devraient être disponibles avant la fin du mois de mai. Le second sur le blog Phylacterium, la première aussi sur le site institutionnel de l'enssib.
Je laisserais un message sur ce post pour prévenir.
Julien Baudry Le mercredi 18 mai 2011 à 21:18