Julien Falgas

Formé aux arts plastiques et aux contenus web, je suis un observateur et un acteur assidu de l'évolution de la bande dessinée numérique. Webmestre pour l'Université de Lorraine, j'assure des enseignements devant des étudiants en Sciences de l'information et de la communication. Depuis 2011, je prépare une thèse consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée.

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2011 oct. 9

L'abonnement c'est bien, avec les libraires et les bibliothécaires c'est mieux

Cet été, les éditions Le Lombard ont expérimenté une offre d'abonnement à leur catalogue BD numérisées. Compte tenu de mes prises de position en faveur du modèle de l'abonnement, on aurait pu s'attendre à ce que je saute de joie. Il n'en est rien : je réprouve l'idée que le bouquet proposé à l'abonnement soit composé par un éditeur. Personne ne versera 7€ chaque mois pour accéder au catalogue de chaque éditeur comme l'esquisse l'expérience menée par Le Lombard. Chacun son métier : la distribution ou l'accès sont le rôle des libraires et des bibliothécaires.

Ma chaine du livre idéale

  1. Découvrir des histoires confortablement chez soi.
  2. Rencontrer les auteurs et les oeuvres chez son libraire.
  3. Acheter des livres pour sa collection ou pour les offrir.

Par acquis de conscience, rappelons que proposer un abonnement à la totalité du catalogue numérique de tous les éditeurs pourrait se révéler tout à fait viable.

  • C'est le meilleur moyen de couper l'herbe sous le pied du piratage.
  • Personne ne peut lire plus d'un certain nombre de BD dans un temps imparti.
  • Plus on découvre de BD et plus on est porté à acheter des livres pour les collectionner, les partager ou les offrir.
  • Même si on n'achète pas toute l'année, on assure un afflux financier fixe pour la bande dessinée.

Mais je conçois qu'on puisse juger plus rassurant de restreindre l'abonnement à un nombre limité de bandes dessinées. Ce devrait être l'occasion de renforcer des acteurs aujourd'hui fragilisés dans la chaîne du livre : les libraires et les bibliothécaires. Pourquoi ne pas permettre aux libraires et bibliothécaires de composer leurs propres bouquets de bandes dessinées numériques et de les proposer sous forme d'abonnement à leurs clients ou leurs abonnés ? Je n'y vois que des avantages :

  • Conforter le rôle de prescripteur des libraires et des bibliothécaires.
  • Les intégrer à l'inévitable révolution numérique.
  • Offrir au lecteur la liberté de choisir son interlocuteur.

J'ai grand mal à prendre le temps de consulter un libraire. Je ne parviens pas non plus à lui accorder une confiance aveugle pour choisir des livres. En revanche, je rêverais de pouvoir consulter librement des bandes dessinées sélectionnées avec soin par un bon libraire. J'aurais ensuite grand plaisir à les acheter chez lui. Si ce libraire est en plus accessible physiquement, il pourrait m'offrir des occasions supplémentaires de me déplacer en adossant sa sélection numérique à des rencontres, des séances de dédicaces ou des expos dans ses locaux.

Commentaires

1

L'avidité.
Tout s'explique par l'avidité des producteurs / éditeurs.
Exactement comme pour la musique.
Ils veulent en effet tous avoir leur portail ne comprenant que leur contenu, avec un abonnement spécifique, et espèrent que les cons-sommateurs prendront un abonnement pour chaque éditeur.

Akin Le dimanche 9 octobre 2011 à 16:13

2

...donc les libraires deviendraient des critiques-conseilleurs et les éditeurs leur enverraient des ouvrages pour qu'ils puissent en parler ? Ça n'existe pas déjà, ça ?

Et on irait ensuite télécharger ces BD numériques chez lui (pour quoi faire ? lui offrir une marge, une "commission pour le conseil" ?) ou chez soi, voire directement depuis son "objet nomade de lecture". Franchement, je ne vois pas pour quelle raison on tenterait de les inclure dans la chaîne de distribution si ce n'est pour raisons humanitaires (temporaires).

Un libraire est un commerçant qui vend un produit physique issu de son stock. Il a choisi ce produit-là parce que c'est plus cool et plus agréable, humainement parlant, mais ça ne change rien. On le nomme même "prescripteur", ce qui sonne comme "précepteur", pour éviter de l'associer à la "conseillère de vente", c'est dire !
Le seul véritable distributeur d'un produit numérique, c'est un "libraire numérique" (bientôt agrégé en "libraire-éditeur numérique", comme Amazon).

Quant à un abonnement, ça ne changera rien au piratage. Cela permettra juste à ceux qui veulent encore payer de s'offrir une bonne conscience. Et que cet abonnement soit le fait des éditeurs ou d'une entité nationale, voire supra-nationale, quelconque ne change pas grand chose si ce n'est la fragmentation du nombre d'abonnements à acquitter...

Candice Le dimanche 9 octobre 2011 à 19:25

3

Amazon ne tient pas son rôle de prescripteur, hormis des conseils d'achat générés par algorithme le mastodonte ne saura pas me conseiller un bon livre à offrir ou à découvrir pour me surprendre. Les libraires et les bibliothécaires ont encore toute leur place s'ils jouent ce rôle de prescripteur. Mais on peut tout à fait imaginer que d'autres prescripteurs interviennent sans être adossés à une enseigne "en dur".

Le "marché noir" du piratage n'est dangereux que s'il se substitue totalement à la chaine de valeur qui permet la rétribution des artistes. En revanche, il ne fait pas grand mal si des alternatives existent et offrent une valeur ajoutée. Il me semblerait y avoir une vraie valeur ajoutée à des bouquets d'abonnement composés librement par des prescripteurs mis en concurrence.

JiF Le mercredi 12 octobre 2011 à 17:45

4

Je regarde cet univers culturel depuis longtemps. Il suit la même ligné que le livre, la musique, le cinéma. Je suis favorable à l'abonnement "Divertissement". En effet après la modification des Business modèles de chaque univers, les marchés vont probablement s’agréger. Pourquoi ? Car le temps n'est pas substituable.
Ou est la valeur ? La valeur est dans l'expérience pas dans le produit, ni la distribution. Le produit digital ne vaut rien et ce n'est pas un jugement, juste un constat. J'irai pour ma part vers le service qui me propose la meilleure expérience, comme Netflix pour le cinéma ou encore Spotify pour la musique. Peur des algorithmes ? Pas moi ! Avec spotify + Last.fm, j'ai jamais autant découvert de musique. Il en sera de même pour la BD dont je suis aussi un grand consommateur.
Le problème c'est que l'industrie à peur de ce nouveau paradigme que personne ne maîtrise réellement. En tout cas cela produit des "expériences culturelles" passionnantes dans les autres univers. Il serait temps de prendre le pas ? non ?

Toto Le mardi 27 décembre 2011 à 11:48