Marre de la TV

Expert en BD en ligne, webcomics et contenus narratifs ; formé aux arts plastiques et aux contenus web ; webmaster à temps plein, webdesigner à temps perdu ; passionné de jeux de société et de films en tous genres ; j'ai mieux à faire que de regarder la télévision, et vous ?

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Jeudi 29 juillet 2010

Partage illégal de BD sur Internet : le témoignage d'un collectionneur

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le petit monde de la BD en ligne est assez éloigné de celui du partage numérique de bandes dessinées imprimées. J'observe avec passion depuis plus de 10 ans la création publiée en ligne par ses auteurs. Depuis tout ce temps je n'avais encore jamais croisé la route de ceux que l'on qualifie vulgairement de "pirates". L'un d'eux a accepté de me parler de son petit monde à lui... Au delà des plateformes qui servent au partage illégal de BD, leurs usagers ont eux aussi beaucoup à nous apprendre, loin des clichés véhiculés par les éditeurs.

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Lundi 19 juillet 2010

Les plateformes de téléchargement illégal ont beaucoup à nous apprendre

Alors que Sébastien Naeco se penche sur le péril de la gratuité numérique, le MOTif publie son tableau de bord sur l'offre (légale et illégale) de livres numériques. Cette étude éclaire la réalité qu'occultent les spectres du piratage et de la gratuité. Ce qui freine le développement du marché du livre numérique, ce sont d'abord les multiples verrous mis en place pour "protéger" les oeuvres. La question n'est pas de savoir s'il faut offrir ou brader les BD numérisées pour ouvrir le marché, mais d'observer et de comprendre les atouts des plateformes illégales afin de proposer des offres concurrentielles.

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Mercredi 7 juillet 2010

Synthèse personnelle des débats de l'université d'été de la bande dessinée

L'université d'été de la bande dessinée, organisée par la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image (CIBDI) et le Pôle image Magelis s'est achevée aujourd'hui à Angoulême. Le thème de « trans-média, cross-média, média global, de l'album singulier aux écrans multiples » a été l'occasion de réfléchir autour de l'impact de nos usages numériques sur les différentes disciplines de l'image et du récit.

Si l'on peut regretter des conférences aux allures de catalogues d'expériences (voire de produits), cette photographie des changements en cours fait émerger une problématique centrale : face au changement, chaque discipline doit évoluer pour exister aux côté des autres. Le prisme du cross-média (la convergence de plusieurs médias dans un projet) ou du trans-média (l'interaction de plusieurs médias dans un projet) révèle d'autant mieux ce problème, parce qu'il conduit à envisager chaque média comme un élément indispensable ou accessoire d'une stratégie plus globale.

Les grands groupes se précipitent vers le cross-média et l'oeuvre globale capable d'absorber toutes les autres... Tandis que les auteurs pourraient bien trouver dans le trans-média une nouvelle manière de créer avec légèreté en relation directe avec leur époque et leurs publics.

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Samedi 19 juin 2010

Compte rendu personnel de retour des états généraux de la BD à Lyon

J'étais invité à intervenir aux états généraux de la bande dessinée le 18 juin à Lyon. Un compte rendu officiel sera sans doute publié prochainement. En attendant, voici ce que j'ai retenu des échanges, depuis la tribune des intervenants aux côtés de :

  • Yannick Lejeune, organisateur du Festiblog et éditeur chez Delcourt
  • Grégoire Seguin libraire à Tours et éditeur chez Delcourt
  • Emmanuel de Rengervé, juriste du SNAC
  • Sylvain Ricard, scénariste et membre du comité de pilotage du GABD

Je suis heureux d'avoir pu échanger avec quelques auteurs du public à l'occasion du déjeuner, notamment Jean Dytar (auteur de « Le Sourire des marionnettes ») et Nicolas Bannister, ancien graphonaute de l'Académie Delta (Diablotus).

Rappelons la thématique de cette rencontre : la futurologie. Il s'agissait d'envisager l'avenir de la BD dans 5 ans, lorsque le papier aura définitivement disparu et que les auteurs n'auront plus besoin d'éditeurs... Ou pas ?

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Mercredi 16 juin 2010

Futurologie : la BD doit compter avec les digital natives

L'institut BVA a publié une étude intitulée "comment le digital native voit-il le monde ?". Les "digital natives", ce sont les 18-24 ans d'aujourd'hui et tous ceux qui les suivent : les "nouvelles technologies" ont toujours fait partie de leur vie. C'est un public à considérer avec la plus grande attention pour faire évoluer l'offre culturelle sur support numérique. Dans 5 ans, les digital natives représenteront plus de 30% de la population.

En réponse à mon analyse de l'étude IPSOS sur les publics du livre numérique, Henscher rappelait : le public qui consommera le livre numérique a une dizaine d'années pour le moment. (...) Il y a une génération de mutants qui arrive.. Les Etats Généraux de la BD qui se dérouleront vendredi tourneront justement autour de la futurologie : nous allons tenter de nous faire une image la plus précise possible de ce qui pourrait se passer dans les cinq ans à venir… Dans un tel contexte, la publication de l'étude sur les "individus numériques" tombe à point nommé.

En matière de consommation, l'étude conclut que les 18-24 ans :

  • font passer leur budget numérique avant l'alimentation ou le logement, et y consacrent au moins 100€ par mois ;
  • accordent moins d'importance à la possession et plus au don, la (re)vente d'occasion ou à l'échange, sources de lien social ;
  • comparent systématiquement avant leur achat, pour faire des économies (leur pouvoir d'achat et faible), mais aussi parce que dénicher les "bons plans" est source de reconnaissance sociale.

Les offres actuelles en matière de livres et de BD numérique sont donc aussi déconnectées des attentes des "ditigal natives" que de celles de leurs ainés. On se focalise en vain sur la volonté de donner une valeur à un objet : le discours dominant prétend inculquer aux jeunes l'idée qu'une oeuvre ça n'est pas gratuit. Or, la valeur aux yeux des jeunes a glissé de la possession vers la relation. Pour eux posséder un livre ce n'est pas l'acheter et le ranger dans sa bibliothèque, c'est le découvrir, le lire et le partager. Mais pour pouvoir le faire avec des livres numériques, encore faudrait-il que :

  • des offres d'abonnement permettent l'accès aux catalogues et pas seulement l'achat ou la location au détail ;
  • lors d'un achat, des DRM n'interdisent pas la transmission de l'objet numérique (prêt, don, échange, partage) ;
  • les plateformes de distribution deviennent des espaces de découverte, de recommandation et de partage au lieu d'être des hangars numériques sans âme.

Corry Doctorow ne dit pas autrechose lorsqu'il explique pourquoi il n'achètera pas un iPad :

Prenez par exemple l’application Marvel dédiée à l’iPad (jetez juste un coup d’œil, pas plus). Enfant, j’étais fan de comics, et je le suis resté. Ce qui me plaisait par-dessus tout, c’était de les échanger. Il n’existait pas de medium reposant davantage sur les échanges entre gamins pour constituer son public. Et le marché des bédés d’occasion ! C’était – et c’est encore – tout simplement énorme, et essentiel. Combien de fois ai-je farfouillé dans les caisses de bédés d’occasion dans un immense entrepôt poussiéreux pour retrouver des anciens numéros que j’avais ratés, ou de nouveaux titres pour pas cher (dans ma famille, c’est devenu une sorte de tradition qui se perpétue d’une génération à l’autre – le père de ma mère l’emmenait tous les week-ends avec ses frères et sœurs au Dragon Lady Comics sur Queen Street à Toronto pour troquer leurs vieilles bédés contre des nouvelles).

Qu’ont-ils fait chez Marvel pour « améliorer » leurs bandes dessinées ? Ils vous interdisent de donner, vendre ou louer les vôtres. Bravo l’amélioration. Voilà comment ils ont transformé une expérience de partage exaltante et qui crée du lien, en une activité passive et solitaire, qui isole au lieu de réunir. Bien joué, « Marvsney » (NdT : Contraction de Marvel et Disney, en référence au récent rachat du premier par le second pour 4 milliards de dollars).

Lundi 14 juin 2010

Izneo affiche des résultats modestes après deux mois d'existence

Dans un article de La Tribune de Genève, Amélie Retorré, directrice du développement d'Izneo révèle ces chiffres : « 1000 inscrits et 25000 visites en deux mois d’existence ». Il y a fort à parier qu'une faible part des inscrits a franchi le pas de la location d'un album de BD numérique, puisque l'inscription est imposée pour accéder aux offres d'essai gratuites. Pas étonnant que certains éditeurs se plaignent du fait que la BD numérique coûte beaucoup et ne rapporte rien. Pourtant avec des moyens modestes, d'autres obtiennent des résultats encourageants.

La BD amateur gratuite attire plus que la BD pro au détail

Avec sensiblement le même nombre de récits hébergés (plus de 900), Webcomics.fr reçoit plus de 100 000 visites en deux mois. Un chiffre quatre fois supérieur à celui d'Izneo dont l'existence a pourtant été abondamment médiatisée. Rappelons qu'Izneo, c'est "un projet de plusieurs centaines de milliers d'euros porté par trois groupes d'édition"... A raison de 1000 euros par an et beaucoup de temps libre, un portail d'hébergement de bande dessinée en ligne amateur fait donc quatre fois mieux qu'un portail de distribution de BD professionnelle numérisée aux moyens 100 fois supérieurs (au moins).

Je concède qu'Izneo n'a que quelques mois d'ancienneté. Le portail a cependant déjà reçu plus de couverture médiatique que Webcomics.fr n'en a reçu en 3 ans et demi d'existence. Or, après une ouverture plutôt confidentielle en février 2007, Webcomics.fr ne s'est effectivement fait connaître qu'en septembre 2007 à l'occasion du Festiblog. A cette date, nous n'hébergions qu'une soixantaine de récits et moins de 1000 planches. Nous avons pourtant reçu 30 000 visites entre septembre et octobre 2007 !

La BD numérique de création attire plus que la BD numérisée

Autre point de comparaison : le feuilleton "Les Autres Gens" a attiré 5000 inscriptions le premier mois. Le deuxième mois, 750 personnes s'étaient abonnées (15%). Avec de la BD numérique originale, de jeunes auteurs professionnels peuvent donc attirer cinq fois plus de lecteurs qu'un catalogue de plusieurs centaines d'albums numérisés.

Deux voies inexplorées : la bibliothèque en ligne et la création originale

L'offre en matière de BD numérisée n'est pas attractive. Elle souffre du manque d'ouverture et de diversité. Comme pour la vidéo en ligne, on tend vers une offre fragmentée entre quelques plateformes ; une offre qui ignore le modèle de l'abonnement. Le public ne peut donc pas choisir où ni comment accéder aux oeuvres. Le lecteur est obligé de s'orienter vers la plateforme qui détient les droits sur l'album désiré. Il est ensuite obligé de l'acheter ou de le louer dans les conditions prévues par ce portail.

L'offre en matière de création professionnelle originale est indigente. Le genre du soap que représente "Les Autres Gens" ne peut à lui seul attirer tout le lectorat potentiel de la BD numérique. Il existe de très larges marges de manoeuvre pour développer une offre de BD en ligne de création. De plus, c'est la seule manière de créer un cercle vertueux dans lequel le lectorat attirera le lectorat. Il est fort probable que "Les Autres Gens" ne puisse subsister seul, sans qu'un véritable écosystème n'émerge pour légitimer la lecture de bande dessinée en ligne parmi les autres pratiques culturelles numériques. Là aussi l'abonnement à des bouquets de feuilletons permettrait d'attirer plus de lecteurs que chaque récit pris isolément.

Dimanche 6 juin 2010

Comment le livre numérique pourra-t-il séduire les Français ?.. Et la BD numérique aussi

Les résultats d'une étude IPSOS sur les publics du livre numérique sont parus. Au moment où l'iPad déferle sur nos contrées, les Français ne semblent pas encore prêts à troquer leurs livres contre des liseuses numériques. Pourtant deux pistes se dessinent pour parvenir à les séduire. Quant à la bande dessinée, elle est marginalisée et aura d'autant plus d'efforts à fournir pour exister dans le paysage des loisirs numérique.

64% des Français ne se sentent pas intéressé par le livre numérique... Je passe sur les tartes à la crême habituelles qui caracolent en tête des raisons de ne pas lire sur support numérique : les Français sont attachés à l'objet-livre et pensent qu'il est fatigant de lire sur écran. Ces deux rengaines n'ont selon moi plus beaucoup d'avenir avec la déferlante des tablettes et autres liseuses électroniques. La troisième raison invoquée est bien plus éclairante.

Que ce soit pour le public actuel (5% de la population) ou le public potentiel des livres numériques, ceux qui ne se sentent pas intéressés invoquent en troisième lieu "Le fait de ne pas être réellement propriétaire des livres que l'on achète sur certains sites".

Adoptons l'hypothèse que les nouveaux terminaux peuvent se démocratiser et surmonter les vieilles réticences. Pour convaincre le réfractaires, il faudrait alors :

  • soit vendre des livres numériques sans DRM ;
  • soit assumer le fait que l'on ne vend qu'un accès et privilégier des offres d'abonnement.

Et la bande dessinée ?

L'étude IPSOS nous apprend que :

  • Le juste prix d'un album de bande dessinée transposé au format numérique : 6,70€.
  • La bande dessinée n'atteint que la 9e position du top 3 des genres que les français aimeraient lire en format numérique.

A mon sens, cela bat en brèche toutes les stratégies actuelles de vente de BD numérique au détail. Malgré un prix inférieur au prix attendu, les ventes ne décollent pas. Plus que le livre classique, la bande dessinée numérisée souffre de l'aura du livre-objet et de la perte du confort de lecture. Or les offres actuelles ne permettent pas d'être pleinement propriétaire de son achat, sans pour autant proposer d'abonnement attractif. Pas étonnant que les Français ne nourrissent pas d'attente particulière pour lire des BD sur support numérique.

On pourrait s'en satisfaire, si les loisirs numériques dans leur ensemble ne grignotaient pas petit à petit les parts des autres loisirs. La bande dessinée ne peut pas se permettre de négliger le support numérique. Voilà pourquoi il est primordial :

  • de formuler des offres de BD numérisée sur abonnement à moindre coût, pour conserver (voire élargir) le lectorat des livres ;
  • d'encourager la création d'oeuvres numériques originales qui affranchissent la BD numérique de l'assimilation au livre numérique - manifestement peu prometteuse.

Vendredi 4 juin 2010

Les revendications du SNAC-BD centrées sur le montant des droits d'auteurs

Dans un article intitulé "Face aux éditeurs, quels sont nos arguments ?", le SNAC BD invite ses sympathisants et ses adhérents à centrer leurs revendications autour d'une seule et unique question : celle du montant des droits d'auteurs dans l'exploitation numérique de leurs oeuvres. Les initiatives actuelles des éditeurs (Iznéo en tête) prennent la BD numérique par le petit bout de la lorgnette. Mais est-ce une raison pour que les auteurs adoptent la même démarche ? Après l'appel à la concertation (Cf l'Appel du numérique), le SNAC-BD installe son action dans le conflit et place les auteurs "face" aux éditeurs dans des négociations réductrices au regard des enjeux initiaux.

Comme je l'ai déjà soulevé, l'enjeu consiste à donner une place à la bande dessinée dans les loisirs numériques. Pour y parvenir, la seule voie pour auteurs et éditeurs consiste à travailler main dans la main dans l'intérêt des lecteurs. Dans cette perspective, l'appel à la concertation était salutaire, tant les propositions actuelles des éditeurs sont décevantes.

Aujourd'hui les discussions sont ouvertes et des rencontres sont organisées. Mais le ton que prennent les échanges s'éloigne de celui de la concertation : on parle maintenant de "négociation" et de "revendications". Certes, c'est le jeu de l'action syndicale. Mais est-ce la meilleure manière de défendre les intérêts des auteurs ?

On l'a vu, les éditeurs ont du pain sur la planche pour rétablir la confiance avec les auteurs. On ne s'improvise pas éditeur numérique sans de sérieuses remises en question : les déboires des industries musicales ou de la presse l'ont démontré. Mais les auteurs ont aussi leur part du chemin à franchir.

Le SNAC-BD s'appuie sur l'hypothèse d'un glissement complet du papier vers le numérique dans le cadre duquel les ventes pourraient ne pas augmenter tandis que le prix de vente aurait été "cassé" et le montant des droits d'auteur avec. Pour qu'une telle hypothèse se réalise, il faudrait :

  1. que le lecteur BD se mette à n'acheter que des fichiers numériques plutôt que des livres dans les conditions de commercialisation actuelles de la BD numérique ;
  2. qu'il réduise drastiquement son budget BD plutôt que d'en profiter pour augmenter le nombre de ses lectures.

Si l'on ne peut rien garantir, on peut douter qu'une telle hypothèse se réalise un jour.

Plutôt que de s'adonner aux suppositions, il m'apparaîtrait plus constructif d'exiger :

  1. la formulation concertée d'offres commerciales attractives pour le lectorat numérique ;
  2. la remise à plat de l'investissement de chacun dans le cadre de ces offres et la répartition des bénéfices escomptés.

Vendredi 21 mai 2010

Comment rétablir la confiance entre auteurs et éditeurs de BD ?

Dans le troisième volet de son dossier consacré à la situation de la BD numérique en France, ActuaBD décrypte les questions qui animent les auteurs signataires de l'appel du numérique. Ce qui transparait sans jamais être nommé, c'est la perte de confiance des auteurs de bande dessinée envers leurs éditeurs. En filigrane se pose la question de la compétence des éditeurs de BD en matière de supports numériques.

Didier Pasamonik pose l'axiome selon lequel un éditeur est garant de la cohérence dans l'exploitation de l'oeuvre. Tout le reste s'appuie sur cet axiome : de l'acceptation de cessions de droit 70 ans après la mort de l'auteur jusqu'à l'extravagance des exigences du SNAC en termes de rémunération sur l'exploitation numérique. Or, si le SNAC exige avant tout une concertation entre auteurs et éditeurs, c'est parce que les auteurs n'ont plus confiance dans la capacité des éditeurs à exploiter l'oeuvre de manière cohérente sur le support numérique. Pour reprendre les mots de Didier Pasamonik : on les comprends.

Comme lui, on peut déplorer ballet de juristes et autres experts venus faire la roue et l’étalage de leurs compétences supposées, en l'absence des éditeurs, lors de la journée professionnelle qui a eu lieu à la Cité des Sciences en novembre dernier. Comment les auteurs peuvent-ils garder confiance en leurs éditeurs lorsqu'ils abandonnent le terrain à de nouveaux acteurs ? Comment ne pas en déduire que les éditeurs n'ont pas les compétences pour exploiter les oeuvres de manière cohérente sur le support numérique ?

La seule manière de rétablir la confiance et de sortir de l'ornière consiste pour les éditeurs à s'associer les compétences qui leur font défaut. Il ne s'agit pas seulement de savoir accompagner les auteurs dans leurs projets numériques, ou de repenser les contrats de cession de droits. Il s'agit d'élaborer des modèles économiques convaincants. Les auteurs ont toutes les raisons d'être inquiets lorsque la principale offre commerciale en matière de BD numérique tourne en rond autour du modèle de la vente au détail de produit virtuel. Les Autres Gens est l'initiative professionnelle la plus probante en matière de BD numérique française, avec 5000 abonnés gratuits en 1 mois seulement dont 15% d'abonnés payants le mois suivant. On doit cette initiative à des auteurs...

Mardi 6 avril 2010

Les lecteurs : une 3ème voie et une 3ème voix pour sortir du conflit par le haut

Le conflit qui oppose le Groupement des auteurs de BD (GABD) aux éditeurs menace de durer. Ce qui était à l'origine un appel au dialogue pourrait tourner à l'affrontement stérile de deux corporations.

Il faut revenir aux fondamentaux : on crée des bandes dessinées pour être lu. Ce sont les lecteurs qui rendent une bande dessinée rentable pour ses auteurs et éditeurs. Pourtant le mot "lecteur" n'apparaît pas une seule fois dans l'appel du numérique ou dans le compte rendu de la réunion du GABD avec Média Participation.

Le conflit trouvera une issue favorable, lorsqu'auteurs et éditeurs donneront voix au chapitre à ceux qui les font vivre. Connaître et répondre aux usages et aux attentes des lecteurs est la seule voie de salut possible :

  • tant pour commercialiser des bandes dessinées numérisées,
  • que pour publier des créations numériques originales.

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Lundi 5 avril 2010

Conflit et perspectives pour la BD numérique

L'appel du numérique a dépassé les 1000 signataires. Forts de cette mobilisation, les représentants du groupe des auteurs de bande dessinée" du SNAC (syndicat national des auteurs compositeurs) ont rencontré le PDG de Média Participations. Le compte-rendu de cette rencontre avec Claude de Saint Vincent a été mis en ligne hier. La voie de la concertation entre auteurs et éditeurs de BD est loin d'être acquise. Ce conflit me semble révélateur de plusieurs éléments importants pour l'avenir :

  • le GABD-SNAC a réussi à mobiliser une profession très individualiste, il se positionne comme un interlocuteur incontournable ;
  • la bande dessinée numérique a généré des attentes de plus en plus fortes ces derniers mois, il faudra surmonter des désillusions tout aussi fortes avant de bâtir un marché durable ;
  • Média Participation mise sur une maîtrise de toute la chaine de production numérique, malgré l'existence de sous-traitants potentiels ;

De manière générale, auteurs et éditeurs méconnaissent le support numérique. Les désillusions à venir n'en seront que plus fortes. Les leçons de ces désillusions seront d'autant plus cruciales. Le conflit actuel entre auteurs et éditeurs ne doit pas masquer un enjeu bien plus large : la place de la bande dessinée et de l'image dessinée dans les loisirs numériques.

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Jeudi 1 avril 2010

Les Autres gens deviennent transmédia, abonnez vous !

Lorsque l'annonce du projet Les Autres gens a commencé à circuler, j'étais assez mitigé. Puis, il a fallu faire face à l'obligation d'ouvrir un compte pour accéder aux planches gratuites. Sans compter les bugs de jeunesse et une interface largement perfectible. Un mois plus tard, l'abonnement entre en vigueur. Je n'ai pas hésité une seconde à débourser les 29 malheureux euros qui me vaudront une pleine année de feuilleton quotidien. Je m'en félicite d'autant plus qu'aujourd'hui, le récit prend une nouvelle dimension : les "autres gens" sont sur Facebook, je les ai rencontrés.

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Mardi 23 mars 2010

La bande dessinée en ligne se tourne enfin vers l'abonnement... ou pas

_04/05/2010 à 18h30 :__ l'abonnement est toujours aux abonnés absent sur Iznéo, tandis que l'achat définitif des albums est proposé au tarif de 4.99€.

26/03/2010 à 07h30 : le portail Iznéo a ouvert ses portes hier soir sans formule d'abonnement mensuelle. La location à 1,99€ ne couvre que 10 jours au lieu des 30 annoncés initialement. La vidéo qui présentait ces offres n'est plus visible publiquement, elle était sans doute réservée à des journalistes ou des partenaires pour l'avant-première. Pendant ce temps l'appel du numérique réunit plus de 800 signatures.

Les conditions générales de vente d'Izneo indiquent que l'abonnement sera disponible dans une future version du site. Il offrira l'accès à l'ensemble des BD du catalogue dans la limite de 5 lectures par BD, depuis 3 adresses IP au maximum. Le tarif reste inconnu à l'heure actuelle.

Depuis plusieurs mois, face au développement des offres de vente de bandes dessinées numérisées, j'ai fermement défendu le modèle de l'abonnement. Du projet d'auteurs Les Autres gens au portail d'éditeurs Iznéo (ouverture le 26 mars), la BD numérique semble enfin prendre cette voie.

A l'image des clients de Magnatune dans le domaine musical, il y a fort à parier que les lecteurs de BD préfèrent souscrire un abonnement à un large catalogue numérique qu'acquérir des fichiers à l'unité. C'est une démarche d'autant plus pertinente que la bande dessinée peut compter sur son lectorat numérique pour ajouter à sa collection les livres découverts en version numérique... Lorsque les lecteurs ne décident pas tout simplement d'offrir ces livres. Les trois-quarts des ventes de BD sont destinées à être offertes apprend-on dans un article des Echos du 27 janvier 2010 intitulé Média-Participations : missel et BD numérique.

Voilà sans doute pourquoi le groupe Media Participation mise sur le streaming et l'abonnement. Le premier groupe européen en matière de bande dessinée a décidé d'exploiter lui-même son catalogue sur support numérique à travers le portail Iznéo. La formule médiatisée jusqu'à présent reposait sur l'accès en streaming durant 30 jours à un album pour 1.99€. Moins onéreuse que l'offre de Digibidi (72h pour 2.90€), cette formule n'en est pas moins décevante : à travers la commercialisation à l'unité, elle ne favorise pas la découverte.

Une avant-première vidéo révèle l'existence d'une autre formule bien plus attractive : l'abonnement mensuel pour 9.99€ à l'ensemble du catalogue :

Iznéo : abonnement pour 9.99€/mois à  tout le catalogue.
via Bodoï

Avec des offres de ce type, les lecteurs s'intéresseront peut-être un peu plus à la lecture de bande dessinée sur support numérique. A condition que les auteurs y trouvent leur compte et autorisent l'exploitation de leurs oeuvres sur support numérique. Le groupement bande dessinée du Syndicat national des auteurs compositeurs lance l'appel du numérique face au manque de concertation par les éditeurs sur ces nouveaux modes d'exploitation de leurs oeuvres.

La question d'une création originale de bande dessinée numérique reste également posée. Si la création numérique existe de longue date, sa viabilité économique reste à trouver. Tandis que les éditeurs cherchent à exploiter leur fond "papier, des auteurs lancent un feuilleton sur abonnement : Les Autres gens. Ils posent un jalon que Sébastien Naeco juge probant. Des milliers de lecteurs ont ouvert un compte pour suivre gratuitement cette "bédénovella" chaque jour pendant un mois. Il est encore trop tôt pour savoir combien d'entre eux paieront 2.79€ par mois pour suivre le destin de Mathilde et de son entourage à partir du 1er avril. L'abonnement comme modèle économique d'une création de BD en ligne originale ? Pourquoi pas ! Reste à savoir quel dispositif les auteurs mettront en place pour conquérir de nouveaux lecteurs en dehors du public qui aura profité du premier mois gratuit.

Mercredi 17 février 2010

Internet est le nouveau supermarché de la bande dessinée

Dans la droite ligne de sa numérologie 2009, Xavier Guibert (du9) démonte quelques idées reçues sur la bande dessinée , notamment celle de sa popularité. La BD toucherait principalement les jeunes de 7 à 34 ans issus des catégories les plus aisées et les plus instruites. Didier Pasamonik (ActuaBD) réagit assez vivement sur la page Facebook de l'Association des auteurs de bande dessinée. Au delà du débat sur la justesse des chiffres IPSOS qui appuient le raisonnement de Xavier Guibert, c'est la question de la diffusion de la bande dessinée qui se pose. Selon Didier Pasamonik, la BD souffrirait avant tout de sa disparition progressive des rayons des supermarchés.

On peut se demander si la bande dessinée de supermarché est bien celle dont on aimerait qu'elle soit plus populaire ; et surtout si les supermarchés sont encore le meilleur lieu d'interface entre le public et la culture.

Une enquête publiée en 2007 par le magazine Krinein approfondit la question de la diffusion de BD en supermarché. On y découvre le portrait d'une "bédé de supermarché" qualibrée par le marketing. Le public des supérettes y est dépeint comme parfaitement déconnecté de celui qui fréquente les librairies. Mais le plus inquiétant est que la bande dessinée en 2007 était plus souvent lue dans les rayons des supermarchés que dans ceux des médiathèques ! Rien d'étonnant à ce que la BD ait mis si longtemps à trouver une reconnaissance intellectuelle : sa première vitrine étaient les temples de la consommation de masse.

Pourtant Didier Pasamonik déplore que les supermarchés réduisent la quantité de rayons alloués à la BD... C'est à mes yeux un combat d'arrière garde. Le supermarché répond à une nécessité : aller chercher le lecteur là où il se trouve. Ne peut-on obtenir un résultat quantitatif comparable tout en montant en qualité : faire découvrir de la bonne bande dessinée au plus grand nombre ? Nous achetons de moins en moins les produits culturels en supermarchés tandis que le commerce en ligne explose. Les derniers soldes ont été déplorables pour le commerce physique, mais le commerce en ligne a vu son chiffre grimper de 19%. On a beau incriminer la neige, cela fait quelques années que chaque grand moment de consommation est marqué par l'augmentation des chiffres de la vente en ligne.

Internet est le nouveau supermarché des industries culturelles. Or personne n'achète une bande dessinée à l'aune de sa couverture. Hormis la vente, les supermarchés facilitaient surtout la lecture intégrale des oeuvres. La Fnac a adopté l'idée au point d'en faire un argument de vente. Pourtant personne ne se précipite pour offrir au consommateur le même service sur Internet que dans le monde physique : accéder à moindre coût à l'intégralité des catalogues pour une lecture-découverte.

Samedi 13 février 2010

Flattr pour un nouveau modèle de rentabilité de la création artistique

Flattr permettra à chacun de nous de dédier la somme de son choix à la rétribution des artistes. Pas question de redistribuer les sommes sur la base de l'audience des oeuvres comme le fait la SACEM dans le secteur musical. Avec Flattr, nous pourrons identifier les oeuvres que nous avons aimées de la même manière que nous partageons de bonnes adresses sur les réseau sociaux : un simple clic sur un compteur Flattr suffira. Une rétribution qualitative plutôt que quantitative !

Flattr est peut-être la solution de rémunération qui manquait aux auteurs de bande dessinée en ligne. Nos voisins anglosaxons ont développé le marché du webcomics autour du modèle de l'auto-édition, ils seront sans doute les premiers intéressés par cette nouvelle solution de monétisation. Mais les francophones pourraient bien y trouver leur compte, eux qui rechignent à embrasser le modèle publicitaire ou à publier gratuitement durant plusieurs années pour constituer l'audience indispensable à la réussite sur le web.

Quid des éditeurs ? Bien que Flattr s'adresse d'abord aux artistes, rien n'interdit d'envisager que l'éditeur continue de jouer son rôle d'intermédiaire. A lui d'offrir aux auteurs un service convaincant : production, apport technique, promotion, gestion administrative, ... La liste est longue des compétences qu'un auteur peut préférer déléguer. L'éditeur pourrait se saisir d'un outil tel que Flattr, percevoir l'argent et le redistribuer aux auteurs en fonction du contrat qui les lie.

Pour aller plus loin, j'imagine fort bien que des collectifs d'édition en ligne décident de mettre en commun les fruits de leurs publication pour les redistribuer suivant d'autres modalités. Flattr peut permettre de recueillir de l'argent sur une identité éditoriale partagée... Avant de redistribuer cet argent en fonction d'autres critères tels que l'investissement de chacun, le soutien à des projets en démarrage ou même l'audience.

Ce modèle du mécénat devrait également apparaître dans le domaine de l'info en ligne, à l'initiative de Rue89. Kachingle propose un service similaire pour rétribuer les sites web que l'on apprécie.

L'originalité de Flattr, c'est que ce service est lancé par les fondateurs de The Pirate Bay. The Pirate Bay est un célèbre moteur de recherche de fichiers .torrent : des fichiers destinés au téléchargement en P2P et notamment au partage (légal ou non) de films et de musiques. Ses fondateurs ont de la suite dans les idées : après avoir contribué à libérer radicalement la diffusion numérique des oeuvres (quitte à bousculer les lois en place), ils ont décidé de mettre en application la licence globale. Pendant que les gouvernements et leur sordide traité Acta préfèrent servir les industries culturelles que les artistes et leur public, les "pirates" mettent en place une solution pour que les artistes soient rétribués directement par leur public.

Mercredi 27 janvier 2010

iPad = iPod touch macro, je l'avais prédit :)

Il y a deux ans, alors que tout le monde prédisait l'annonce imminente d'un "iPhone nano" j'envisageais au contraire la sortie d'une tablette tactile :

Une tablette de taille A5 ou A4 dotée d’une ergonomie aussi efficace que celle de l’iPhone ne manquerait pas d’emporter l’adhésion des foules. Certes les “eReaders” ont une autonomie époustouflante grâce à la technologie de l’encre électronique. Mais ces terminaux pourront difficilement rivaliser avec une tablette couleurs dont le taux de rafraichissement permet (entre autres) de naviguer sur Internet ou de regarder des vidéos, en plus de lire des textes ou des BD (avec plus de 16 niveaux de gris).

Mieux vaut tard que jamais, ce soir Steve Jobs a enfin daigné réaliser ma prédiction. L'iPad n'est ni plus ni moins qu'un grand iPod touch de 10 pouces. Les implications pour la bande dessinée numérique sont majeures :

  • oubliée la lecture de BD dans un format timbre-poste au moyen d'artifices de mise en scène étrangers au récit original ;
  • place à la possibilité de parcourir confortablement du bout du doigt des planches de BD numérisées ;
  • place surtout à une ergonomie nouvelle du surf sur Internet qui favorise le développement d'une véritable offre de BD en ligne de création.

Lundi 25 janvier 2010

France Culture n'affirme plus que les licences Creative Commons seraient illégales au regard du droit français

EDIT du 1er février 2010 : après avoir prix contact avec France Culture, leurs équipes ont rectifié le contenu du dossier. Je tiens à saluer le sérieux et le professionnalisme de ces journalistes. Voici la phrase aujourd'hui publiée :

Manolosanctis, maison d'édition communautaire, a choisi le modèle des licences Creative Commons . Ce sont des licences libres. Il s'agit de contrats flexibles de droit d'auteur pour diffuser des créations, et permettre à d’autres de les utiliser sous conditions.

Dans un dossier sur la BD numérique, France Culture insinue que les licences Creative Commons seraient illégales au regard du droit français. Cette allégation est apparue initialement dans le compte rendu de la journée professionnelle consacrée à la BD numérique à la Cité internationale de la bande dessinée le 24 novembre 2009 :

Ainsi, l’évocation des licences Creative Commons utilisées par le nouvel éditeur Manolosanctis donne lieu à une levée de boucliers de tous les avocats présents dans la salle sur le problème de la cession du droit moral, illégale en France.

Pourtant, le site français de Creative Commons répond explicitement à cette inquiétude à travers sa FAQ juridique !

France Culture va jusqu'à ajouter dans sa FAQ du numérique : l'auteur abandonne tout droit sur la diffusion numérique de son oeuvre. On frise la désinformation.

Il me semble important de rappeler que :

  • les licences Creative Commons s'appliquent à tous supports (pas seulement au numérique) ;
  • les licences Creative Commons permettent à l'auteur de réaffirmer qu'il se réserve les droits d'exploitation commerciale de son oeuvre.

Avec les licences Creative Commons l'auteur autorise a priori certains usages de son oeuvre sans demande d'autorisation préalable. Il n'abandonne aucun de ses droits moraux. Ces licences sont simplement un outil pour :

  • autoriser le public à diffuser une oeuvre - éventuellement à l'exclusion de l'exploitation commerciale,
  • autoriser ou non d'autres artistes à intégrer une oeuvre dans des oeuvres dérivées,
  • tout en affirmant toujours l'obligation de créditer l'auteur original.

Samedi 2 janvier 2010

La bande dessinée est l'un des secteurs qui est très avancé sur le numérique

Ce n'est pas moi qui le dit, mais Gilles Ratier dans le traditionnel rapport de l'Association des critiques de bande dessinée. Voilà une affirmation qui me laisse profondément perplexe.

Le rapport de l'ACBD s'attache au marché francophone. Or les professionnels de la BD francophone abordent le numérique avec des années de retard par rapport aux anglophones et aux asiatiques. Cette prise de conscience récente prend place dans un contexte marqué par de très fortes particularités par rapport aux marchés étrangers :

  • prédominance du blog BD,
  • bonne santé du secteur traditionnel (le livre),
  • attentisme des auteurs quant aux modèles que proposeront les acteurs traditionnels (éditeurs).

Rappelons qu'un Eisner Award récompense le meilleur webcomic depuis 2005. Chez nous, le blog BD n'est récompensé depuis 2007 que sous l'angle de la "révélation"... Si la BD francophone avait un telle avance en matière de numérique, comment se fait-il que l'ACBD n'en ait jamais fait état avant cette année ?!

Lorsque je relis mon bilan de l'année 2005, je constate qu'en 4 ans nous avons bien peu avancé.

Mercredi 16 décembre 2009

Les terminaux pour lire de la BD importent peu : tout passera par le web

Sébastien Naeco signe un panorama des nouveaux terminaux susceptibles de permettre la lecture de bande dessinée. Force est de constater que cela part dans tous les sens. Faute de standards technologiques, il n'est pas étonnant qu'auteurs et éditeurs se montrent très prudents (d'aucuns diraient timorés). Et pourtant, un standard existe à travers le web en tant que mode de diffusion.

Rappelons que la BD interactive est née sur CD-rom, mais qu'elle s'est empressée de migrer sur le web. Le web qui a donné naissance aux BD en ligne, blogs BD et autres webcomics d'outre-atlantique. Face à cette production, à son histoire et à ses succès, la "BD numérique" (je préfèrerais dire "numérisée") que l'on s'efforce aujourd'hui de nous vendre sur iPhone fait pâle figure en dépits de ses levées de fonds astronomiques. Quand on pense que l'iPhone est l'objet-nomade qui a popularisé le web mobile (33% du trafic web mobile modial, et près de 50% dans les pays occidentaux), on a peine à croire que les acteurs professionnels puisse se tourner vers l'Appstore et sa censure pour diffuser de la bande dessinée. Avant l'iPhone on s'échinait à concevoir des sites pour mobile, aujourd'hui le web tout entier est accessible aux mobiles.

Les terminaux nomades tendent tous vers une connexion à Internet : Wifi, EDGE ou 3G. Certes, les débits sont plus modestes que ceux d'une connexion haut débit domestique. Mais la bande dessinée a l'avantage d'être assez peu gourmande en bande passante par rapport à la vidéo ou la musique. D'ici quelques années la donne aura changé : le très haut débit mobile est synonyme d'une concurrence écrasante de l'image animée et de la musique. J'ai souvent expliqué combien le succès des webcomics anglosaxons avait été favorisé par le marasme économique que traversait le marché traditionnel au moment même où Internet s'est démocratisé aux Etats Unis. Deux autres facteurs doivent être pris en compte : les Américains ont adopté Internet une demi-douzaine d'années plus tôt que les Français, tandis qu'ils ont bénéficié plus tardivement du développement du haut-débit, peu aisé à déployer sur un grand territoire (la France est d'ailleurs toujours en avance). Dans ces conditions, des contenus peu gourmands en bande passante tels que les webcomics ont eu plus de temps pour s'installer dans le paysage avec une rentabilité favorisée par des coûts d'hébergement nettement inférieurs aux autres formes de divertissement en ligne (jeu, musique, vidéo).

Le web mobile fait figure de seconde chance pour la bande dessinée francophone. C'est une chance qu'il ne faudrait pas laisser passer en dilapidant nos efforts et nos moyens dans des solutions timides et éphémères. Baser sa stratégie sur des terminaux dont l'espérance de vie ne dépasse pas quelques années est une terrible erreur. Aujourd'hui, des pages persos vieilles de plus de 10 ans peuvent encore être parcourues par les internautes, quelle application iPhone pourra en dire autant ?

Mardi 24 novembre 2009

BD numérique – Premier bilan : mon offre idéale

Où en est réellement l’offre de bandes dessinées numériques ? Annoncée pour exploser cette année, elle ne se développe que pas à pas, titre après titre. Plusieurs opérateurs entrent en concurrence, proposant chacun leur vision de cette nouvelle façon de lire de la BD, que ce soit sur téléphones mobiles, sur écrans d’ordinateurs ou sur autres tablettes grand format. Mais, si l’offre n’est pas encore pléthorique, force est de constater qu’elle est dispersée. C’est pourquoi Bodoi a interrogé chacun des acteurs du secteur, avec un questionnaire similaire envoyé par email. Dans une série d’articles consacrés à chacun, Bodoi présente leurs réponses de manière brute, afin que NOUS, lecteurs, puissions nous faire une idée, entre vraies avancées, langue de bois et alléchantes promesses.

Voici ici les réponse que j'attendrais de l'acteur idéal sur ce marché balbutiant. Précisons au passage que Bodoi a centré son étude sur les acteurs qui diffusent de la bande dessinée numérique payante. Ce n'est malheureusement pas très clair à la lecture du texte introductif, je m'en suis donc préalablement assuré auprès de Benjamin Roure. Je vous encourage bien entendu à aller lire les premières réponses réunies par Bodoi de la part d'Ave!comics, Digibidi et BDtouch. Voici les miennes.

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