Marre de la TV

Expert en BD en ligne, webcomics et contenus narratifs ; formé aux arts plastiques et aux contenus web ; webmaster à temps plein, webdesigner à temps perdu ; passionné de jeux de société et de films en tous genres ; j'ai mieux à faire que de regarder la télévision, et vous ?

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Jeudi 1 avril 2010

Les Autres gens deviennent transmédia, abonnez vous !

Lorsque l'annonce du projet Les Autres gens a commencé à circuler, j'étais assez mitigé. Puis, il a fallu faire face à l'obligation d'ouvrir un compte pour accéder aux planches gratuites. Sans compter les bugs de jeunesse et une interface largement perfectible. Un mois plus tard, l'abonnement entre en vigueur. Je n'ai pas hésité une seconde à débourser les 29 malheureux euros qui me vaudront une pleine année de feuilleton quotidien. Je m'en félicite d'autant plus qu'aujourd'hui, le récit prend une nouvelle dimension : les "autres gens" sont sur Facebook, je les ai rencontrés.

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Lundi 22 mars 2010

2010 : le marché balbutiant de la BD numérique

L'article de Wikipedia sur la bande dessinée en ligne avait un peu pris la poussière depuis ma contribution en novembre 2007. Je viens de terminer une mise à jour d'envergure. Il fallait notamment intégrer les évolutions de ces derniers mois autour de ce que l'on nomme "BD numérique". Cette fois encore, par soucis d'objectivité, je me suis appuyé sur un corpus d'articles parus dans la presse française.

Vendredi 29 janvier 2010

Pendant le festival BD d'Angoulême, Bande dessinée et numérique font le bonheur des journalistes

Outre France Culture, ce sont Canal+ (tranche 7h15/8h20 à 53:53); Le Monde, Le Figaro et Le Nouvel Observateur qui relaient l'idée suivante : 2010 sera l'année de la bande dessinée numérique. Plus important encore, tous s'accorde à dire qu'au delà de la numérisation du fond, c'est la création numérique originale qu'ils attendent.

Toutefois, c'est le passage de l'adaptation à la création de BD conçues pour le Net qui signera l'émergence d'un marché.
(Le Monde)

Certes, les éditeurs de BD traditionnelles, qui sont très fébriles, ont fait le pari d'occuper le terrain. Mais ils proposent des contenus déjà existants sans penser que le Net peut aussi servir de vecteur de création BD originale.
(Lewis Trondheim, cité par Le Figaro)

A 28 ans, Ohm fait partie d’une nouvelle génération de dessinateurs qui explore la BD numérique. Pour le moment, les éditeurs se contentent surtout de mettre en ligne des œuvres papier sans les adapter pour internet ou le téléphone. Cela n’a pas de sens artistique. Le numérique offre de nouveaux champs de création qu'il faut saisir.
(Le Nouvel Observateur)

C'est avec un petit pincement au coeur que l'on constate que tous ces articles font l'impasse sur la période d'avant les blogs, comme si la BD numérique n'existait que depuis 2005. Autre déception : malgré la place légitime accordée aux acteurs professionnels qui découvrent cette année le potentiel d'une BD numérique, il aurait été de bon ton de saluer le travail accompli depuis plusieurs années par de nombreux passionnés éclairés. Ces véritables pionniers de la BD en ligne auraient beaucoup à apporter à la réflexion des pieds tendres au poches pleines qui débarquent sur le nouveau continent de la bande dessinée sur écran.

Ceci dit, c'est une excellente nouvelle que les grands médias nationaux se fassent l'écho de la vivacité actuelle du petit monde de la BD numérique. Reste à savoir si les journalistes seront aussi attentifs à l'évolution de l'image narrative électronique tout au long de l'année, en attendant Angoulême 2011...

Lundi 11 janvier 2010

The Shakers, le feuilleton BD à lire en ligne

shaker-titre.gifDans le petit monde de la BD en ligne, Fred Boot fait figure de "vieux de la vieille", comme en témoigne sa webographie. Là où nombre de précurseurs de la BD en ligne francophone ont jeté l'éponge face à la nécessité de gagner leur croûte, Fred Boot continue d'explorer sans concession ni compromission le potentiel de la BD numérique. Il inaugurera demain un feuilleton d'espionnage : ''The Shakers''.

Jonglant entre "boulot qui paie" et sa future paternité, ce qui motive Fred à poursuivre la BD c'est la passion et le besoin de raconter. Dans The Shakers, pas d'expérimentation interactive comme Moon ou Tony, mais une approche "rich media au sens où l'entend Alain Joannès". Entendez par là que la bande dessinée est associée à d'autres médias (texte, musique, illustration) sans leur disputer la vedette ni chercher à réaliser leur fusion. L'internaute s'adapte d'autant plus rapidement à cette forme narrative qu'il y retrouve ses marques à travers les codes propres à chaque média. La question pour Fred n'est pas d'inventer un nouveau média au confluent de tous les autres, mais d'imaginer comment raconter dans le passage entre bande dessinée et autres médias. En somme, une démarche humble, empirique et efficace. Si le récit en bande dessinée s'élabore dans l'espace inter-iconique, le récit en BD en ligne chez Fred Boot serait à chercher dans l'espace "intermédiatique".

shaker-ferrari.jpgLe style graphique de Fred Boot est du même tonneau que son style narratif : taillé à la serpe, à la fois lisible, référencé et personnel. Les masses aux couleurs vives prennent le pas sur les lignes, les aplats numériques se dotent d'un grain que la compression JPEG ne parvient pas à ternir, au contraire. On navigue entre l'emphase du cartoon et une iconographie polissée qui semble sortie de quelque affiche des années 1950. Les textes perpétuent cet étrange univers d'apparence désuette dans lequel aurait fait irruption notre langue du XXIe siècle. Rien d'étonnant pour un récit qui ressuscite le feuilleton : un genre populaire un peu oublié des francophones, que les modalités de publication web remettent pleinement au goût du jour.

Comment est né cette série ? Retour sur la carrière d'un auteur français, expatrié à Hong Kong.

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Samedi 2 janvier 2010

La bande dessinée est l'un des secteurs qui est très avancé sur le numérique

Ce n'est pas moi qui le dit, mais Gilles Ratier dans le traditionnel rapport de l'Association des critiques de bande dessinée. Voilà une affirmation qui me laisse profondément perplexe.

Le rapport de l'ACBD s'attache au marché francophone. Or les professionnels de la BD francophone abordent le numérique avec des années de retard par rapport aux anglophones et aux asiatiques. Cette prise de conscience récente prend place dans un contexte marqué par de très fortes particularités par rapport aux marchés étrangers :

  • prédominance du blog BD,
  • bonne santé du secteur traditionnel (le livre),
  • attentisme des auteurs quant aux modèles que proposeront les acteurs traditionnels (éditeurs).

Rappelons qu'un Eisner Award récompense le meilleur webcomic depuis 2005. Chez nous, le blog BD n'est récompensé depuis 2007 que sous l'angle de la "révélation"... Si la BD francophone avait un telle avance en matière de numérique, comment se fait-il que l'ACBD n'en ait jamais fait état avant cette année ?!

Lorsque je relis mon bilan de l'année 2005, je constate qu'en 4 ans nous avons bien peu avancé.

Mercredi 16 décembre 2009

Les terminaux pour lire de la BD importent peu : tout passera par le web

Sébastien Naeco signe un panorama des nouveaux terminaux susceptibles de permettre la lecture de bande dessinée. Force est de constater que cela part dans tous les sens. Faute de standards technologiques, il n'est pas étonnant qu'auteurs et éditeurs se montrent très prudents (d'aucuns diraient timorés). Et pourtant, un standard existe à travers le web en tant que mode de diffusion.

Rappelons que la BD interactive est née sur CD-rom, mais qu'elle s'est empressée de migrer sur le web. Le web qui a donné naissance aux BD en ligne, blogs BD et autres webcomics d'outre-atlantique. Face à cette production, à son histoire et à ses succès, la "BD numérique" (je préfèrerais dire "numérisée") que l'on s'efforce aujourd'hui de nous vendre sur iPhone fait pâle figure en dépits de ses levées de fonds astronomiques. Quand on pense que l'iPhone est l'objet-nomade qui a popularisé le web mobile (33% du trafic web mobile modial, et près de 50% dans les pays occidentaux), on a peine à croire que les acteurs professionnels puisse se tourner vers l'Appstore et sa censure pour diffuser de la bande dessinée. Avant l'iPhone on s'échinait à concevoir des sites pour mobile, aujourd'hui le web tout entier est accessible aux mobiles.

Les terminaux nomades tendent tous vers une connexion à Internet : Wifi, EDGE ou 3G. Certes, les débits sont plus modestes que ceux d'une connexion haut débit domestique. Mais la bande dessinée a l'avantage d'être assez peu gourmande en bande passante par rapport à la vidéo ou la musique. D'ici quelques années la donne aura changé : le très haut débit mobile est synonyme d'une concurrence écrasante de l'image animée et de la musique. J'ai souvent expliqué combien le succès des webcomics anglosaxons avait été favorisé par le marasme économique que traversait le marché traditionnel au moment même où Internet s'est démocratisé aux Etats Unis. Deux autres facteurs doivent être pris en compte : les Américains ont adopté Internet une demi-douzaine d'années plus tôt que les Français, tandis qu'ils ont bénéficié plus tardivement du développement du haut-débit, peu aisé à déployer sur un grand territoire (la France est d'ailleurs toujours en avance). Dans ces conditions, des contenus peu gourmands en bande passante tels que les webcomics ont eu plus de temps pour s'installer dans le paysage avec une rentabilité favorisée par des coûts d'hébergement nettement inférieurs aux autres formes de divertissement en ligne (jeu, musique, vidéo).

Le web mobile fait figure de seconde chance pour la bande dessinée francophone. C'est une chance qu'il ne faudrait pas laisser passer en dilapidant nos efforts et nos moyens dans des solutions timides et éphémères. Baser sa stratégie sur des terminaux dont l'espérance de vie ne dépasse pas quelques années est une terrible erreur. Aujourd'hui, des pages persos vieilles de plus de 10 ans peuvent encore être parcourues par les internautes, quelle application iPhone pourra en dire autant ?

Mercredi 9 décembre 2009

Evolution des terminologies en matière de bande dessinée sur support numérique

Terminologies de la BD sur support numérique dans la presse francophone (base Factiva).Le mémoire de Tony dont je parlais dans mon précédent billet est en ligne : ''Bande dessinée interactive, comment raconter une histoire ?''. Quel plaisir de voir que des étudiants continuent de consacrer leurs travaux universitaires aux rapport entre bande dessinée et support numérique ! Au détour de la première partie de son mémoire, Tony relève la disparité des terminologies employées pour parler du sujet qui nous occupe :

Il n’existe pas de terminologie "officielle" pour parler du médium qui nous préoccupe ici. Par convention, une série de termes est communément utilisés. Edouard Lussan qualifie son Opération Teddy Bear de bande dessinée interactive. Laurène Streiff utilise le terme e-BD , par analogie avec l’e-mail. La bande dessinée en ligne est désignée tel quel, ou par le terme anglais webcomic (le site webcomics.fr et d’ailleurs français), ou encore BD/I par Thierry Smolderen . On trouve encore les termes bande dessinée multimédia et bande dessinée numérique . A ma connaissance, personne ne s’est réellement penché sur le problème de l’usage de ces termes. Ainsi ils sont utilisés de manière assez arbitraire et interchangeable.

Cette disparité a également inspiré Christopher Bihoreau, qui s'efforce de définir les différentes formes de BD sur support numérique à l'intention des néophytes.

En réalité les différentes terminologies peuvent être datées avec précision et ne sont pas interchangeables. L'usage évolue rapidement et se cristallise nettement autour de certaines terminologies à un moment donné. C'est en tous cas l'observation que j'ai pu faire tout au long des 10 dernières années. J'ai pu la confirmer objectivement grâce à une base de données de la presse francophone (Factiva) accessible aux usagers des bibliothèques de l'université Paul Verlaine - Metz.

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Dimanche 6 décembre 2009

La BD interactive est-elle l'avenir de la bande dessinée numérique ?

Moon continue de faire bouger les lignes et de susciter des réflexions sur la BD numérique. Sur Facebook ces jours-ci, Tony a réagi pour relever la dimension interactive des planches de Moon. Pour Tony, auteur d'un mémoire sur le sujet (dont on attend la diffusion en ligne avec impatience), l'interactivité est la spécificité incontournable de la bande dessinée numérique. On parlait de BD interactive bien avant de parler de BD en ligne ou de BD numérique. L'avenir de la BD numérique se trouverait-il dans ses origines ?

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Jeudi 5 novembre 2009

Le blog de Franquin interdit à l'exploitation papier après 2 ans d'édition sur le web

Marsu Production a demandé le retrait des rayons de l'album qui réunissait deux ans de parution du blog de Franquin sur le web. Révélée hier par Wartmag suivi de Bodoi ou encore le comptoir à BD, l'affaire a fait le tour de la blogosphère. Eric Turalo, auteur de cette oeuvre-hommage au Maître, appelle aujourd'hui à l'appaisement dans les colonnes du blog du Festiblog. Pour autant, il n'est pas interdit de s'interroger sur le constat suivant :

Une bande dessinée en ligne éditée professionnellement sur le web durant près de deux ans sans être jamais inquiétée est aujourd'hui interdite à l'exploitation papier. Foolstrip se présente comme "la première maison d'édition de bande dessinée en ligne", mais n'a jamais reçu aucune injonction de Marsu Production avant que la bande dessinée en question ne soit publiée sur papier en partenariat avec Glénat. Faut-il y voir le poids des a priori ? Le papier serait-il si supérieur au web qu'il faille interdire l'édition physique d'une oeuvre lorsque son édition numérique s'est poursuivie ouvertement depuis près de deux ans ?

Lundi 2 novembre 2009

Les auteurs de BD sauront-ils un jour parler le langage numérique ?

Alors que Thomas Ribreau, chef de projet pour Ave!comics, cherchait il y a quelques jours à démontrer que la BD numérique selon Ave!comics n'est pas une sous-BD tout en rappelant qu'Ave!comics reste avant tout un revendeur de droits numériques sur les BD qu'il adapte, Fred Boot évoque quelques pistes de ce que pourrait être une BD numérique originale qui exploiterait véritablement son support. Il me semble subsister un verrou qu'aucun discours ne fera sauter : la capacité des auteurs à maîtriser les langages du numérique.

Bien peu d'auteurs ont acquis la grammaire et le vocabulaire de la narration numérique. Lorsque Fred Boot rappelle son expérience, on voit bien qu'il ne doit pas se trouver beaucoup de gens à avoir - comme lui - acquis à la fois le langage de la BD et celui du numérique. Il est clair en le lisant, que le numérique n'est pas cet espace inexploré que l'on se plait souvent à décrire. Le numérique n'est inexploré que pour la bande dessinée. Les arts numériques ont déjà une longue histoire derrière eux, tout le problème est le temps nécessaire à l'assimilation des codes qu'ils ont su mettre en évidence. Un auteur de BD ne pourra jamais se forcer à raconter avec des outils ou un langage qu'il ne maitrise pas. La BD reste un moyen d'expression. On se lasse rapidement de parler lorsqu'on trébuche à chaque mot.

C'est pourquoi je ne pense pas qu'il faille placer la barre trop haut en décrivant un idéal de la BD numérique. Quelques exemples...

Les auteurs qui ont popularisé le format du blog BD ont merveilleusement su s'approprier le langage numérique parce qu'ils ont trouvé un langage en phase avec leurs aspirations. Au moment où l'autobiographie était le genre-locomotive de la nouvelle bande dessinée, quoi de plus naturel que de publier de la BD sur un blog : format apparu sur le web pour publier son carnet de bord, voire son journal intime.

Les auteurs anglosaxons qui ont redonné vie au strip ou eu feuilleton régulier à travers leurs webcomics ont également su trouver un excellent usage du langage numérique. Internet encourage à publier régulièrement, à petite dose pour occuper le terrain du quotidien. C'était une opportunité évidente pour une certaine forme de bande dessinée, et un mode d'expression naturel pour les auteurs qui l'ont adopté.

Sur les forum de bédéistes, le genre du cadavre exquis affiche une excellente longévité puisqu'on le pratiquait déjà à la fin des années 1990. Tout simplement parce que le forum encourage cette forme de création collective où chacun répond à ce qui a été dit auparavant. A l'inverse, la "BD interactive" de la fin des années 1990 n'est plus vraiment d'actualité : à l'époque on s'adressait à un petit noyau de lecteurs suffisamment réduit et soudé pour pouvoir attendre de lui qu'il propose la suite de l'histoire. Idem pour cette forme de "BD interactive" qui tentait de mixer son et animation, forte de la manne des investisseurs de la première bulle Internet.

Balak, avec sa "BD diaporama" décrite par Sébastien Naeco comme la BD de demain, a rencontré un certain succès d'estime aussi bien en francophonie que chez les anglosaxons. Son système est encore une fois très simple, mais encore une fois il s'agit d'un langage naturel pour cet auteur qui a une expérience dans l'animation.

Quels nouveaux formats naîtront de l'usage massif des réseaux sociaux ? De Twitter ? Du téléphone et du web mobile ? Quel auteur aura acquis une pratique si naturelle de Google maps, qu'il donnera vie à l'idée d'un Google Map comic ? Et pour finir, quand pourrons-nous compter sur une génération d'auteurs si familière du langage numérique qu'il en fera un usage plein et entier ? Ces auteurs maîtriseront-ils encore le langage de la BD ?

Vendredi 30 octobre 2009

BD numérique : l'argent, mais pour quels modèles économiques ?

Dans la foulée des échanges nourris de ces derniers jours, Sébastien Naeco signe un article fort intéressant autour des problématiques liées au financement et à la rentabilité de la BD numérique. Très intéressant car Sébastien décrit en creux les modèles économiques en présence. Force est de constater que ceux-ci sont loin d'être assez ambitieux, assez inventifs ni assez tournés vers le soutien à la création artistique.

Le métier d'éditeur devient celui d'un gestionnaire de catalogue. Il ne s'agit plus faire découvrir des artistes en leur donnant les moyen d'être publiés. Il faut croire que la BD francophone se porte si bien depuis plusieurs années qu'elle craint de se remettre en question. Quel dommage qu'une position aussi favorable provoque une telle crispation sur ses acquis et un manque de goût pour la prise de risque. Dans bien des secteurs on consacre de l'argent à la recherche et développement, pas en BD. En tous cas pas pour contribuer aux recherches artistiques. On juge aujourd'hui plus prudent de s'en remettre à des développeurs et des revendeurs de solution pour imaginer les nouveaux formats et de tester ces derniers avec le catalogue existant.

Sébastien rappelle qu'il n'existe pas de tête d'affiche en BD numérique dont le nom ferait vendre les oeuvres... Alors pourquoi ne pas innover en mettre en place des modèles ne nécessitant pas de tête d'affiche ? On l'a vu avec la musique et l'essors du jeu vidéo indépendant : le succès et la rentabilité peuvent tout à fait naitre de méthodes radicalement différentes de celles des "têtes de gondole". Les blogs BD ont prouvé qu'un oeuvre diffusée gratuitement et librement par de parfaits inconnus pouvait se forger une telle notoriété et un public si attaché à elle qu'il devient possible de produire de la valeur. Les webcomics US ont eux aussi largement exploré ce modèle. Mais là bas le marché traditionnel ne faisait plus rêver comme ici, il faut croire que c'est dans la nécessité que les artiste savent donner le meilleur d'eux-même.

Peut-être est-ce là notre principal problème : les auteurs francophones font trop confiance aux institutions en place pour décider des formats et des finances. Je lisais hier les premiers chapitres de "How to make webcomics" écrit par Brad Guigar (Evil Inc.), Dave Kellett (Sheldon), Scott Kurtz (PvP) et Kris Straub (Starslip Crisis). Tout commence par une mise au point très simple : l'auteur de BD en ligne doit d'abord compter sur lui-même. Il part pour plusieurs années de pur bénévolat durant lesquelles sa priorité doit être de raconter ce qu'il a décidé de raconter, avec son talent et sa passion pour seuls carburants. Une fois qu'il aura su conquérir son public, il pourra rentabiliser son travail et peut-être même en vivre. On ne devient pas milliardaire ainsi, mais vivre de son art est déjà énorme. Ce sont des artistes qui l'écrivent, et des artistes qui sont passés par là.

La littérature anglosaxonne sur le sujet est très instructive, mais la plupart des acteurs francophone semblent l'ignorer avec autant de désinvolture qu'ils ignorent les rebondissements vécus par la BD en ligne chez nous au cours de ces dernières années. Sébastien a totalement raison d'en appeler à l'embauche de cadres compétents en la matière pour éclairer les décisions qui s'imposent. Mais en prenons-nous vraiment le chemin ?

Pour terminer, Sébastien relève que les compétences et les moyens financiers ne sont peut être pas à chercher du côté des éditeurs de BD mais des éditeurs multimédia tels qu'Ubisoft ou Electronic Arts. Je le pense aussi. D'autant plus que la BD numérique a sans doute besoin de financements un peu différents de ceux pratiqués dans l'édition. Le modèle est peut-être à chercher du côté de la production (comme dans le jeu vidéo ou le cinéma) et pas de l'édition.

PS: mon pseudo prend une majuscule au "F", qui est l'initiale de mon nom de famille. Le "i" est effectivement arrivé là il y a une douzaine d'années de cela par analogie aux fichiers "gif" (animés ou non" ;).

Lundi 21 septembre 2009

La BD numérique vue par Geek magazine

COVER-03.jpgLorsque des médias spécialisés BD m'interrogent sur la bande dessinée numérique, je suis souvent assez atterré par le manque de pertinence des questions soulevées. On reste englué dans les idées préconçues sur le manque de confort de la lecture à l'écran ou encore l'eldorado de la "vraie" édition sur papier ma bonne dame. Lorsqu'un journaliste de ''Geek magazine'' s'y colle, c'est autre chose. Il faut croire qu'avant de s'y connaître en BD, il faut déjà s'y connaître en nouvelles technologies pour bien cerner les problématiques que pose la diffusion électronique de bandes dessinées.

Malheureusement, le papier consacré par Geek Magazine aux e-comics ce bimestre ne bénéficie que de deux pages. C'est heureusement assez pour que David Bianic dresse un portrait pertinent de la situation actuelle. Nous vivons une époque formidable, à la charnière entre l'amateurisme des dernières années, et le professionnalisme dans lequel sont entrés les anglosaxons et les asiatiques avant nous. David Bianic m'a sollicité pour apporter mon modeste éclairage. L'ensemble de ses questions et de mes réponses ne pouvaient être reproduites dans le magazine. Voici rien que pour vous l'interview intégrale de laquelle sont extraites les quelques citations de votre serviteur.

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Vendredi 26 septembre 2008

A propos de Webcomics.fr et du Festiblog, il y a un an

Le blog de la blugture publie une interview de moi, tournée durant le Festiblog 2007 :

Dimanche 21 septembre 2008

Retrouvez-moi au Festiblog les 27 et 28 septembre

Un petit mot au milieu d’une rentrée chargée, pour vous inviter à me retrouver au festival des blogs BD et du webcomics qui se déroule dans le Cour-st-Emilion à Paris les 27 et 28 septembre. J’y serai avec toute l’équipe de Webcomics.fr… Pour en savoir plus sur notre programme, c’est par là.

Lundi 1 septembre 2008

Bodoï et la BD numérique : qu'est ce qu'un blog, un hébergeur, un éditeur ?

Dans son numéro 121, Bodoï consacre un dossier à la “révolution” de la BD numérique. Le propos développé est une bonne porte d’entrée pour comprendre les enjeux actuels. Je ne suis pas peu fier d’y être abondamment cité :p.

Une petite rectification tout de même : Webcomics.fr est un hébergeur de BD en ligne et non un hébergeur de blogs comme l’indique l’article. Nous sommes donc dans le même créneau que Drunkduck.com auquel est improprement assimilé Foolstrip, qui est un éditeur et non un hébergeur. Il va falloir que le monde de la BD apprenne le vocabulaire du web : confondre hébergement et édition sur le web c’est comme si l’on confondait l’imprimeur et l’éditeur dans le secteur traditionnel.

Dimanche 3 août 2008

Dans son interview, Double P mélange les tasses et les breuvages

Je viens de lire l’interview de Double P, l’un des invités du Festiblog (festival des blogs BD et du webcomics). Celui-ci a trouvé une excellente métaphore pour comparer BD en ligne et BD traditionnelle… Mais il s’emmêle malheureusement les pinceaux :

La bande dessinée est un support, un format et internet un contenant. Fusionner les deux c’est comme mettre une tasse dans un verre.

Hum… Je me dois de rectifier

  • un récipient ce serait un livre, un site Internet : c’est le support ;
  • une tasse ou un verre ce serait un blog ou un album 48 pages : c’est le format ;
  • le liquide c’est la BD : c’est le medium, le contenu ;
  • du chocolat au lait ou de la bière ce serait un récit autobiographique, un feuilleton western ou SF, une épopée épique… Ce sont les genres, les familles de contenus.

Cette métaphore est vraiment judicieuse, mais en se trompant dans les comparaisons on en arrive à affirmer des énormités. Mettre de la BD sur Internet est très très loin d’être contre nature ! C’est même une évolution très naturelle d’aller de la BD à la BD en ligne.

Par exemple, je ne prends pas une tasse pour boire du champagne, ou un verre pour mon chocolat chaud. C’est exactement pareil avec la BD : l’erreur est de vouloir publier les mêmes histoires et les mêmes planches à l’identique sur Internet ou dans un album. On ne raconte pas une saga fantastique dans un blog, fût-elle quotidienne, alors qu’on peut y raconter d’extraordinaires récits d’auto-fiction… Récits qui sur papier n’ont pas du tout la même saveur.

On peut adapter les récits à chaque support, ou les créer pour qu’ils collent intimement à leur support. Le succès des blogs BD a montré qu’on pouvait tout à fait prendre plaisir à lire de la BD sur un écran, alors même que nous ne disposons pas encore des technologies de papier numérique qui pointent leur nez à l’horizon. Les auteurs ont simplement opté pour des thèmes et des histoires différentes. De la même manière, les bons webcomics ne sont pas racontés comme on raconte dans un album.

Ça n’ôte rien à la légitimité de chacun à préférer aller s’acheter un bon album et à le bouquiner dans son canapé. Mais de plus en plus de gens travaillent sur écran à longueur de journée, je doute qu’ils l’accepteraient s’il était si douloureux de fixer un écran qu’on ne puisse même pas le faire pour s’aérer l’imaginaire.

Lundi 16 juin 2008

Preums ! ou la rencontre de la BD et du jeu de société

Ceux qui me connaissent savent que je suis grand amateur de jeux de société. Je ne parle pas des jeux de notre enfance (Monopoly, 1000 Bornes...), mais de la création contemporaine telle qu'on peut la découvrir sur TricTrac.net. Il fallait bien qu'un jour ce hobby rencontre ma passion pour la bande dessinée. C'est comme ça qu'est né Preums !.

Preums ! vous met dans la peau d'un blogueur poussé par l'appât du gain. Pour revendre votre blog à prix d'or, il vous faudra réunir l'audience la plus susceptible de séduire les investisseurs. Hormis le dynamisme des parties, l'intérêt du jeu tient à sa diffusion libre et gratuite. Le jeu a été officiellement lancé samedi dernier, à l'occasion de l'indéBD Fest, à Lille, auquel participait Webcomics.fr. Histoire de vous faire une idée de l'ambiance, voici une petite vidéo montée hier :

Notez que je n'ai pas créé Preums !. J'ai découvert l'an dernier un jeu de cartes vraiment bien, qui n'a malheureusement pas (encore) trouvé d'éditeur. Le jeu s'appelle Stop !, c'est une création d'Alexandre Poyé, primée à Ugine et Panazol en 2007. Il manquait juste un thème à ce jeu... Jusqu'à ce que je m'aperçoive à quel point le thème des blogs s'y prêtait bien. J'en ai parlé à Alexandre et c'est comme ça qu'est né Preums !. Nous avons réécrit les règles dans cet esprit et proposé à quelques dessinateurs de ma connaissance d'illustrer les cartes. Parce que ce qui tombe bien avec Stop ! Preums !, c'est que chaque set de 21 cartes n'en contient que 4 différentes. Du coup les dessinateurs peuvent dessiner chacun un set sans y passer la journée.

Que vous soyez tenté d'imprimer et de jouer à ce jeu, ou bien que vous souhaitiez créer votre propre set de cartes, rendez-vous vite sur http://preums.webcomics.fr !

PS: si vous êtes à Metz ou dans ses environs, sachez que le club de jeux de société dont je suis responsable se réunit chaque samedi à la MJC Metz Sud dans le cadre des activités de l'association L'Epée Reforgée. N'hésitez pas à nous rendre visite pour découvrir Preums !. Ça s'appelle les Aprem'jeux et l'ambiance y est des plus accueillantes.

Jeudi 17 avril 2008

Outils de publication pour l'auteur, de consultation pour le lecteur

Voici la suite du travail de Flore Tilly autour d'Internet et de la bande dessinée. Après une première partie consacrée aux manifestations créatives de la bande dessinée sur Internet, Flore se penche sur les passerelles qui relient le web au papier :

L’émergence d’Internet en tant que support de diffusion de la bande dessinée nous amène à examiner les divers modèles de diffusion en ligne, en gardant à l’esprit la notion commerciale que peut induire la présence de contenu artistique sur Internet.

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Mardi 8 avril 2008

Bande dessinée : les passerelles entre web et papier

Voici la suite du travail de Flore Tilly autour d'Internet et de la bande dessinée. Après une première partie consacrée aux manifestations créatives de la bande dessinée sur Internet, Flore se penche sur les passerelles qui relient le web au papier :

Les divers supports de la bande dessinée, qu’ils soient classiques ou issus des nouvelles technologies ne sont pas exclusifs, dans le sens où une œuvre originellement publiée sur papier peut être diffusée sur Internet, telle quelle ou sensiblement modifiée. La transposition d’une bande dessinée en ligne vers le support livre est aussi envisageable, comme l’est la rencontre des deux univers : l’objet-livre et Internet.

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Mardi 1 avril 2008

Le Festiblog devient le festival des blogs BD et des webcomics

En ce premier avril, l'annonce du parrain du prochain Festiblog fleure bon le poisson, mais cela ne devrait pas couvrir la petite révolution que représente le nouveau sous-titre de ce 4ème Festiblog. Désormais blogs BD et webcomics sont les deux mammelles du festival. Je ne peux qu'y voir un nouveau signe d'une prise de conscience qu'il est possible de publier de la bande dessinée dont la destination première est le web et pas le papier.

Le dernier festival BD d'Angoulême avait consacré le blog BD en tant que moyen d'accéder à l'édition traditionnelle. Grâce au nouveau Festiblog, on s'éloigne un peu de cette tentation rassurante de voir dans la BD en ligne un prélude à la BD papier[1]. Cela fait quelques mois que l'information m'était connue, je suis heureux que cela soit officialisé. Je me suis même laissé dire que des grands noms du "webcomics" anglophone pourraient être de la fête. J'attends donc les prochaines annonces avec impatience.

Notes

[1] Ne vous méprenez pas, il ne s'agit pas de brûler les livres, mais d'ouvrir la porte à un autre support de création trop longtemps ignoré par le public et les auteurs francophones

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