Marre de la TV

Expert en BD en ligne, webcomics et contenus narratifs ; formé aux arts plastiques et aux contenus web ; webmaster à temps plein, webdesigner à temps perdu ; passionné de jeux de société et de films en tous genres ; j'ai mieux à faire que de regarder la télévision, et vous ?

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Mercredi 7 juillet 2010

Synthèse personnelle des débats de l'université d'été de la bande dessinée

L'université d'été de la bande dessinée, organisée par la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image (CIBDI) et le Pôle image Magelis s'est achevée aujourd'hui à Angoulême. Le thème de « trans-média, cross-média, média global, de l'album singulier aux écrans multiples » a été l'occasion de réfléchir autour de l'impact de nos usages numériques sur les différentes disciplines de l'image et du récit.

Si l'on peut regretter des conférences aux allures de catalogues d'expériences (voire de produits), cette photographie des changements en cours fait émerger une problématique centrale : face au changement, chaque discipline doit évoluer pour exister aux côté des autres. Le prisme du cross-média (la convergence de plusieurs médias dans un projet) ou du trans-média (l'interaction de plusieurs médias dans un projet) révèle d'autant mieux ce problème, parce qu'il conduit à envisager chaque média comme un élément indispensable ou accessoire d'une stratégie plus globale.

Les grands groupes se précipitent vers le cross-média et l'oeuvre globale capable d'absorber toutes les autres... Tandis que les auteurs pourraient bien trouver dans le trans-média une nouvelle manière de créer avec légèreté en relation directe avec leur époque et leurs publics.

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Lundi 5 avril 2010

Conflit et perspectives pour la BD numérique

L'appel du numérique a dépassé les 1000 signataires. Forts de cette mobilisation, les représentants du groupe des auteurs de bande dessinée" du SNAC (syndicat national des auteurs compositeurs) ont rencontré le PDG de Média Participations. Le compte-rendu de cette rencontre avec Claude de Saint Vincent a été mis en ligne hier. La voie de la concertation entre auteurs et éditeurs de BD est loin d'être acquise. Ce conflit me semble révélateur de plusieurs éléments importants pour l'avenir :

  • le GABD-SNAC a réussi à mobiliser une profession très individualiste, il se positionne comme un interlocuteur incontournable ;
  • la bande dessinée numérique a généré des attentes de plus en plus fortes ces derniers mois, il faudra surmonter des désillusions tout aussi fortes avant de bâtir un marché durable ;
  • Média Participation mise sur une maîtrise de toute la chaine de production numérique, malgré l'existence de sous-traitants potentiels ;

De manière générale, auteurs et éditeurs méconnaissent le support numérique. Les désillusions à venir n'en seront que plus fortes. Les leçons de ces désillusions seront d'autant plus cruciales. Le conflit actuel entre auteurs et éditeurs ne doit pas masquer un enjeu bien plus large : la place de la bande dessinée et de l'image dessinée dans les loisirs numériques.

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Lundi 22 mars 2010

2010 : le marché balbutiant de la BD numérique

L'article de Wikipedia sur la bande dessinée en ligne avait un peu pris la poussière depuis ma contribution en novembre 2007. Je viens de terminer une mise à jour d'envergure. Il fallait notamment intégrer les évolutions de ces derniers mois autour de ce que l'on nomme "BD numérique". Cette fois encore, par soucis d'objectivité, je me suis appuyé sur un corpus d'articles parus dans la presse française.

Vendredi 12 février 2010

Internet transforme la façon dont on pense... Et dont on crée

Internetactu a publié un passionnant dossier autour de la question "Comment Internet transforme-t-il la façon dont on pense ?". Au terme de ce dossier, nous sommes tous invités à partager notre propre expérience des bouleversements engendrés par Internet dans nos manières de penser et d'agir. Ma modeste contribution s'efforce d'y répondre sous l'angle de la création artistique et narrative. Elle débouche sur un constat récurrent ces derniers mois : les professionnels de la bande dessinée sont loin d'avoir intégré les transformations profondes causées par Internet dans notre façon de penser le monde en général et l'art et sa diffusion en particulier.

Internet, catalyseur d'une passion et d'une pratique artistique

Internet fait partie de mon quotidien depuis la fin des années 1990. J'étais alors au lycée. Depuis lors, j'ai toujours accédé au web en haut débit : avant l'ADSL, Metz a été l'une des premières villes de France à offrir une connexion par le câble. Depuis mon plus jeune âge, je me passionnais pour le dessin et les arts plastiques en général. J'ai fréquenté les ateliers d'art pour enfants et ados jusqu'à l'obtention de mon bac S. Après quoi, j'ai rejoint la filière Arts Plastiques à l'université. Avant de devenir mon métier, Internet a été une véritable révolution dans ma pratique et ma réflexion artistique.

Je me suis réellement intéressé à la bande dessinée en même temps que je faisais mes premiers pas d'internaute. La discussion sur Usenet avec d'autre bédéphiles a été le catalyseur de cette passion. Sans cette communication avec d'autres lecteurs rendue possible par Internet, je ne me serais sans doute pas intéressé à l'histoire et à la théorie de la bande dessinée.

A la même période, les concours de bande dessinée étaient mes seuls prétextes pour raconter des histoires. Internet a changé la donne : il m'a offert un espace de publication. Progressivement, j'ai eu à coeur de produire des planches parce qu'elles pourraient être lues. Les internautes de l'époque étaient peu nombreux, mais ils étaient prompts à vous envoyer un petit message électronique pour vous remercier d'avoir lu quelque chose sur votre "page perso". Cette expérience a forgé ma conviction que la bande dessinée est un art intimement lié à l'opportunité de publication. Par sa promesse d'une reproductibilité technique sans limite, Internet m'est apparu très clairement comme le support optimal pour la BD.

De fil en aiguille, au contact "virtuel" d'autres créateur de bande dessinée plus talentueux, je me suis tourné vers la promotion de leurs oeuvres et j'ai délaissé les miennes. Au terme de mes études d'Arts Plastiques, je me suis orienté vers la production et la gestion de contenus web. Internet est devenu mon métier. La bande dessinée en ligne demeure ma passion. Internet a indéniablement transformé ma façon d'aborder la création artistique, moi qui à 7 ou 8 ans me voyait artiste peintre.

Internet nous oblige à repenser la création narrative

Au contraire de la BD qui m'est apparue comme un medium idéal pour Internet, la création d'oeuvres picturales ou plastiques s'est révélée bien moins enthousiasmante depuis l'arrivée d'Internet. La bande dessinée permet de raconter des histoires en mêlant plusieurs medias (à commencer par le texte et l'image) sans exiger les ressources techniques, humaines ou financières d'un jeu vidéo ou d'un film. Le texte littéraire se heurte en revanche à nos capacités d'attention. La vidéo en ligne est quant à elle réduite au statut d'image panini du XXie siècle : courte, percutante, vite partagée et vite oubliée.

Malheureusement Internet n'a pas encore transformé la façon de penser des éditeurs de bande dessinée. Il n'ont pas compris comment s'adapter aux nouvelles façon de penser de leur public et en tirer parti. Ces derniers mois, les professionnels multiplient les éditions numérisées d'oeuvres issues de leur catalogue papier. Ces dérivés numériques sont commercialisés à l'unité, souvent pour la lecture sur téléphone mobile. Les éditeurs font de la BD numérique un sous-produit jetable. Internet leur offre pourtant des opportunités pour redynamiser un marché qui plafonne.

A la fin de mon adolescence, j'avais la chance d'avoir accès à une médiathèque municipale bien achalandée. Si je n'avais pas emprunté chaque semaine une douzaine d'albums, je ne serais pas devenu le lecteur de BD que je suis. Grâce à Internet tout le monde pourrait feuilleter un large catalogue numérique et découvrir des oeuvres avant de les ajouter à sa collection ou de les offrir !

La génération du Baby Boom s'est passionnée pour la bande dessinée grâce aux illustrés. La bande dessinée doit beaucoup de sa reconnaissance actuelle à cette génération. Or, Internet offre de nouveau l'opportunité de publier régulièrement de la bande dessinée populaire et accessible au plus grand nombre...

Mercredi 9 décembre 2009

Evolution des terminologies en matière de bande dessinée sur support numérique

Terminologies de la BD sur support numérique dans la presse francophone (base Factiva).Le mémoire de Tony dont je parlais dans mon précédent billet est en ligne : ''Bande dessinée interactive, comment raconter une histoire ?''. Quel plaisir de voir que des étudiants continuent de consacrer leurs travaux universitaires aux rapport entre bande dessinée et support numérique ! Au détour de la première partie de son mémoire, Tony relève la disparité des terminologies employées pour parler du sujet qui nous occupe :

Il n’existe pas de terminologie "officielle" pour parler du médium qui nous préoccupe ici. Par convention, une série de termes est communément utilisés. Edouard Lussan qualifie son Opération Teddy Bear de bande dessinée interactive. Laurène Streiff utilise le terme e-BD , par analogie avec l’e-mail. La bande dessinée en ligne est désignée tel quel, ou par le terme anglais webcomic (le site webcomics.fr et d’ailleurs français), ou encore BD/I par Thierry Smolderen . On trouve encore les termes bande dessinée multimédia et bande dessinée numérique . A ma connaissance, personne ne s’est réellement penché sur le problème de l’usage de ces termes. Ainsi ils sont utilisés de manière assez arbitraire et interchangeable.

Cette disparité a également inspiré Christopher Bihoreau, qui s'efforce de définir les différentes formes de BD sur support numérique à l'intention des néophytes.

En réalité les différentes terminologies peuvent être datées avec précision et ne sont pas interchangeables. L'usage évolue rapidement et se cristallise nettement autour de certaines terminologies à un moment donné. C'est en tous cas l'observation que j'ai pu faire tout au long des 10 dernières années. J'ai pu la confirmer objectivement grâce à une base de données de la presse francophone (Factiva) accessible aux usagers des bibliothèques de l'université Paul Verlaine - Metz.

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Dimanche 6 décembre 2009

La BD interactive est-elle l'avenir de la bande dessinée numérique ?

Moon continue de faire bouger les lignes et de susciter des réflexions sur la BD numérique. Sur Facebook ces jours-ci, Tony a réagi pour relever la dimension interactive des planches de Moon. Pour Tony, auteur d'un mémoire sur le sujet (dont on attend la diffusion en ligne avec impatience), l'interactivité est la spécificité incontournable de la bande dessinée numérique. On parlait de BD interactive bien avant de parler de BD en ligne ou de BD numérique. L'avenir de la BD numérique se trouverait-il dans ses origines ?

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Samedi 28 novembre 2009

Bleuh, le blog girly de Moon : attention expériences BD en cours

Bleuh, le blog girly de Moon fait actuellement le tour du petit monde des passionnés de BD en ligne. L'auteur a décidé, à travers un format aujourd'hui bien connu de tous (le blog BD) de repousser les frontières du récit sur support numérique :

L’autre étant qu’actuellement, je ne suis absolument pas satisfait de l’offre numérique française. Donc avant de changer la BD numérique, il faudra déjà créer de la BD numérique simple d’accès et inédite ou exploitant intelligemment le support. Paf !

Personnellement, j’aimerais un jour arriver à proposer un contenu exploitant totalement le support numérique.

Et puis, on oppose parfois BD papier et BD numérique. Pourquoi ne pas simplement proposer des choses différentes et se délecter de la pertinence des deux supports ?

Extrait d'une interview parue sur le blog "Phylactères" de Christopher Bihoreau

Note après note, Moon fait ses gammes : son, interactivité, persistance rétinienne (mais pas à proprement parler d'animation). Chaque nouvelle parution invite le lecteur à découvrir un nouveau clin d'oeil. L'exercice est périlleux car le lecteur comme l'auteur sont devant un objet neuf, un langage qu'ils maîtrisent encore mal. Il faut bien souvent accepter une ergonomie encore hésitante. Il n'est pas rare de tâtonner pour trouver l'action attendue afin de découvrir la "chute" inévitable. Lucide, Moon va jusqu'à jouer avec nos hésitations. Dans le strip de l'ascenceur paru mercredi, il intègre de faux commentaires au sein même de sa planche, afin d'expliquer quoi faire tout en composant un décors à la chute de son personnage.

Reste à savoir de quelle manière ces petites expériences ludiques peuvent servir un récit dont elles ne seraient pas l'objet. Jusqu'à présent les effets abordés par Moon ont toujours été considérés comme des gadgets lorsqu'ils ont été appliqués à des récits hors du champ expérimental. Il est amusant de mettre ces observations en perspective avec la lecture des précurseurs de la bande dessinée moderne. Töppfer, Outcault ou Mc Cay se sont tous livrés à des expériences sur le nouveau medium qu'ils étaient en train d'inventer. Certaines ont débouché sur des codes parfaitement intégrés au langage de la bande dessinée, et d'autres ne valent que dans le contexte de ces précurseurs.

Mercredi 4 novembre 2009

La bande dessinée doit-elle craindre le piratage ?

La discussion qui a suivi mon billet sur les modèles économiques de la BD numérique se poursuit très activement sur Facebook où il est surtout question du marché des jeux vidéos. Klaim nous rappelle que le jeu vidéo a sans doute énormément à enseigner sur la gestion du piratage. Je pense que ces enseignements pourraient grandement bénéficier à la bande dessinée.

Il a raison : on n'a pas vu dans le jeu vidéo de chasse aux sorcières ni de messages de mise en garde risibles comme on a voit dans la musique ou le cinéma... Il faut croire que le piratage est complètement intégré dans les business models de ce produit culturel. Klaim ajoute que les meilleures protections contre le piratage sont psychologiques. Je souscris là encore à son point de vue : mieux vaut autoriser le public à découvrir l'oeuvre ou le produit gratuitement et le responsabiliser du même coup sur la nécessité de rétribuer ceux qui en sont à l'origine. On obtient ainsi de bien meilleurs résultats qu'avec des protections logicielles coûteuses, dont le contournement devient un défi pour les pirates en herbe.

Appliqué à la BD, ce raisonnement est riche d'enseignements. La bande dessinée francophone a la chance inespérée de s'est construite autour d'un produit prestigieux : l'album cartonné couleurs. C'est ainsi qu'on achète une BD non seulement pour la lire, mais aussi pour l'ajouter à sa collection (on ne parle même pas de bibliothèque chez les bédéphiles, c'est dire !). Et si on ne l'achète pas pour soi, on l'achète pour l'offrir. Contrairement à nos voisins, nous ne considérons plus la BD comme un objet de consommation jetable. Voilà une chance mal comprise par ceux qui s'efforcent de vendre les droits numériques de lire des BD.

Les adaptations pour mobile ont une cible affichée : l'usager des transports en commun. Ce modèle se calque sur celui des pays asiatiques où la bande dessinée numérique sur mobile se substitue très avantageusement aux épais fascicules imprimés sur du mauvais papier et voués à être jetés une fois dévorés à toute vitesse. Le problème est que nous ne sommes pas du tout dans cette culture d'une BD jetable, même les jeunes lecteurs de manga en font la collection. Ne serait-on pas en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis en cherchant à vendre la BD sous une forme dépréciée ?

Les initiatives de prépublication gratuite et d'extraits à découvrir sont autrement plus pertinentes... Le public plus encore que les acteurs du marché est très attaché à la forme traditionnelle de la bande dessinée. S'il découvre en ligne des récits qui le touchent, il les achètera volontiers pour sa propre collection ou pour les faire découvrir à l'occasion d'un anniversaire ou d'une fête. Poussons le raisonnement un peu plus loin : la bande dessinée a encore bien moins à craindre le piratage que le jeu vidéo, le cinéma ou la musique car sa forme commerciale physique est reconnue comme une occurrence légitime de l'oeuvre. Pour parler clairement, l'album de BD est l'oeuvre finale, celle que l'on collectionne, là où le CD ou le DVD sont perçus comme de vulgaires reproductions n'ayant pas beaucoup plus de valeur qu'un fichier numérique. Dans ce contexte, si de nombreuses études montrent que les pirates de musique ou de cinéma tendent à consommer plus de produits culturels (CD, DVD, concerts, cinéma, etc), on peut s'attendre à ce que cet effet soit encore plus affirmé pour la bande dessinée.

Je suis poussé à croire qu'en généralisant une publication numérique libre et gratuite des oeuvres vendues en librairie on causerait moins de tort que de bénéfice à l'ensemble du marché. Je n'ai jamais lu autant de BD que lorsque je fréquentais la médiathèque municipale, et je n'en ai jamais autant acheté et offert qu'à cette époque où j'en découvrais abondamment. Une telle démarche conduirait d'ailleurs naturellement les auteurs à prendre en compte le web dans leur manière de créer, comme ils prenaient en compte les magazines BD d'antan. Nous assisterions spontanément au développement d'une création numérique originale, qui prendrait en compte l'aboutissement d'une édition papier. Progressivement les auteurs exploreraient les passages d'un support à l'autre, tirant le meilleur de chacun au lieu de les mettre dos à dos comme aujourd'hui.

Lundi 2 novembre 2009

Les auteurs de BD sauront-ils un jour parler le langage numérique ?

Alors que Thomas Ribreau, chef de projet pour Ave!comics, cherchait il y a quelques jours à démontrer que la BD numérique selon Ave!comics n'est pas une sous-BD tout en rappelant qu'Ave!comics reste avant tout un revendeur de droits numériques sur les BD qu'il adapte, Fred Boot évoque quelques pistes de ce que pourrait être une BD numérique originale qui exploiterait véritablement son support. Il me semble subsister un verrou qu'aucun discours ne fera sauter : la capacité des auteurs à maîtriser les langages du numérique.

Bien peu d'auteurs ont acquis la grammaire et le vocabulaire de la narration numérique. Lorsque Fred Boot rappelle son expérience, on voit bien qu'il ne doit pas se trouver beaucoup de gens à avoir - comme lui - acquis à la fois le langage de la BD et celui du numérique. Il est clair en le lisant, que le numérique n'est pas cet espace inexploré que l'on se plait souvent à décrire. Le numérique n'est inexploré que pour la bande dessinée. Les arts numériques ont déjà une longue histoire derrière eux, tout le problème est le temps nécessaire à l'assimilation des codes qu'ils ont su mettre en évidence. Un auteur de BD ne pourra jamais se forcer à raconter avec des outils ou un langage qu'il ne maitrise pas. La BD reste un moyen d'expression. On se lasse rapidement de parler lorsqu'on trébuche à chaque mot.

C'est pourquoi je ne pense pas qu'il faille placer la barre trop haut en décrivant un idéal de la BD numérique. Quelques exemples...

Les auteurs qui ont popularisé le format du blog BD ont merveilleusement su s'approprier le langage numérique parce qu'ils ont trouvé un langage en phase avec leurs aspirations. Au moment où l'autobiographie était le genre-locomotive de la nouvelle bande dessinée, quoi de plus naturel que de publier de la BD sur un blog : format apparu sur le web pour publier son carnet de bord, voire son journal intime.

Les auteurs anglosaxons qui ont redonné vie au strip ou eu feuilleton régulier à travers leurs webcomics ont également su trouver un excellent usage du langage numérique. Internet encourage à publier régulièrement, à petite dose pour occuper le terrain du quotidien. C'était une opportunité évidente pour une certaine forme de bande dessinée, et un mode d'expression naturel pour les auteurs qui l'ont adopté.

Sur les forum de bédéistes, le genre du cadavre exquis affiche une excellente longévité puisqu'on le pratiquait déjà à la fin des années 1990. Tout simplement parce que le forum encourage cette forme de création collective où chacun répond à ce qui a été dit auparavant. A l'inverse, la "BD interactive" de la fin des années 1990 n'est plus vraiment d'actualité : à l'époque on s'adressait à un petit noyau de lecteurs suffisamment réduit et soudé pour pouvoir attendre de lui qu'il propose la suite de l'histoire. Idem pour cette forme de "BD interactive" qui tentait de mixer son et animation, forte de la manne des investisseurs de la première bulle Internet.

Balak, avec sa "BD diaporama" décrite par Sébastien Naeco comme la BD de demain, a rencontré un certain succès d'estime aussi bien en francophonie que chez les anglosaxons. Son système est encore une fois très simple, mais encore une fois il s'agit d'un langage naturel pour cet auteur qui a une expérience dans l'animation.

Quels nouveaux formats naîtront de l'usage massif des réseaux sociaux ? De Twitter ? Du téléphone et du web mobile ? Quel auteur aura acquis une pratique si naturelle de Google maps, qu'il donnera vie à l'idée d'un Google Map comic ? Et pour finir, quand pourrons-nous compter sur une génération d'auteurs si familière du langage numérique qu'il en fera un usage plein et entier ? Ces auteurs maîtriseront-ils encore le langage de la BD ?

Samedi 31 octobre 2009

BD numérique : deux préconisations aux éditeurs et acteurs du marché

En réponse à mon précédent billet sur les modèles économiques de la BD numérique, Fred Boot me fait observer à juste titre :

Les éditeurs de jeux video ne chercheront pas plus à niveler la création vers le haut. La logique de production est celle du plus petit dénominateur commun, bien plus que chez les éditeurs de BD.

Ou alors, il faut une vraie structure "cohérente" comme Ankama, où des créatifs passent parfois d'un domaine à l'autre.

Malheureusement disposer des moyens et des compétences ne préjuge pas de la capacité à encourager la création artistique. Ce qui nous ramène à l'essor du jeu vidéo indépendant que je citais un peu plus tôt. L'innovation en jeu vidéo vient aujourd'hui très fortement de petites structures qui bénéficient enfin d'un accès direct au consommateur par le biais des stores de téléchargement.

Transposons cela à la BD numérique et on abouti à deux préconisations pour les institutions en place.

1- Si l'on veut impulser efficacement l'émergence d'une création francophone, il faut débloquer des fonds dédiés à la production. Afin de donner les moyens aux auteurs de se lancer dans l'aventure. Le jeu vidéo indépendant se fait aujourd'hui très peu au fond d'un garage.

2- Quelle que soit l'évolution du financement de la création, il serait bon que les réseaux de diffusion qui tentent de se constituer aujourd'hui autour de l'adaptation d'oeuvres mainstream (les catalogues des éditeurs) s'ouvrent aux indépendants. En leur confiant éventuellement les outils de production (ex: de quoi zaver ses BD pour Ave!comics). Le seul risque pour eux ? Voir leurs stores s'enrichir de productions originales qui feront peut-être bien plus avancer les choses, y compris dans les méthodes d'adaptation des oeuvres existantes.

La vente des albums ne sera pas remplacée par la vente de fichiers numériques parce que notre bande dessinée n'a pas du tout les mêmes contours que le manga (on ne la lit pas dans les transports et on ne la jette pas après l'avoir lue). Face à une offre numérique redondante à l'offre papier, le public préfèrera nécessairement une production originale. Si l'establishment ne prend pas les initiatives qui s'imposent, tous nos espoirs reposeront sur les rares auteurs qui acceptent de faire ce que leurs pairs anglosaxons ont fait en s'affranchissant des institutions.

Concernant mes deux préconisations :

1- Je doute très fortement que des structures de production n'émergent de la part d'aucun des acteurs actuels. Il faudra peut-être qu'une structure à vocation non lucrative comme notre association se donne cette mission, en allant chercher l'argent ailleurs : auprès du lectorat et de sponsors privés ou publics.

2- Aucun format actuel de diffusion numérique marchande ne parviendra à s'imposer comme standard. Aucun de ces formats n'est suffisamment ouvert pour autoriser la pleine exploitation du support numérique par les auteurs. La page web est le seul standard du monde numérique : son accès est libre, aisé et de plus en plus répandu jusque sur les terminaux mobiles. Nos activités numériques sont de plus en plus basées sur le web : nous lisons nos mails sans client de messagerie afin de pouvoir y accéder de n'importe quel poste, nous composons des documents bureautique en ligne pour les partager plus facilement (il existe même des solutions d'infographie accessibles avec un simple navigateur), nous stockons nos photos et nos données sur le réseau pour les mêmes raisons. Le web remplace progressivement le système d'exploitation. Entre une BD en ligne et une BD accessible depuis un lecteur dédié, le choix du public ne fait pas un pli. Comment se placer sur ce marché d'avenir bien plus prometteur que l'adaptation d'oeuvres existantes ? Cf la première préconisation !

Vendredi 30 octobre 2009

BD numérique : l'argent, mais pour quels modèles économiques ?

Dans la foulée des échanges nourris de ces derniers jours, Sébastien Naeco signe un article fort intéressant autour des problématiques liées au financement et à la rentabilité de la BD numérique. Très intéressant car Sébastien décrit en creux les modèles économiques en présence. Force est de constater que ceux-ci sont loin d'être assez ambitieux, assez inventifs ni assez tournés vers le soutien à la création artistique.

Le métier d'éditeur devient celui d'un gestionnaire de catalogue. Il ne s'agit plus faire découvrir des artistes en leur donnant les moyen d'être publiés. Il faut croire que la BD francophone se porte si bien depuis plusieurs années qu'elle craint de se remettre en question. Quel dommage qu'une position aussi favorable provoque une telle crispation sur ses acquis et un manque de goût pour la prise de risque. Dans bien des secteurs on consacre de l'argent à la recherche et développement, pas en BD. En tous cas pas pour contribuer aux recherches artistiques. On juge aujourd'hui plus prudent de s'en remettre à des développeurs et des revendeurs de solution pour imaginer les nouveaux formats et de tester ces derniers avec le catalogue existant.

Sébastien rappelle qu'il n'existe pas de tête d'affiche en BD numérique dont le nom ferait vendre les oeuvres... Alors pourquoi ne pas innover en mettre en place des modèles ne nécessitant pas de tête d'affiche ? On l'a vu avec la musique et l'essors du jeu vidéo indépendant : le succès et la rentabilité peuvent tout à fait naitre de méthodes radicalement différentes de celles des "têtes de gondole". Les blogs BD ont prouvé qu'un oeuvre diffusée gratuitement et librement par de parfaits inconnus pouvait se forger une telle notoriété et un public si attaché à elle qu'il devient possible de produire de la valeur. Les webcomics US ont eux aussi largement exploré ce modèle. Mais là bas le marché traditionnel ne faisait plus rêver comme ici, il faut croire que c'est dans la nécessité que les artiste savent donner le meilleur d'eux-même.

Peut-être est-ce là notre principal problème : les auteurs francophones font trop confiance aux institutions en place pour décider des formats et des finances. Je lisais hier les premiers chapitres de "How to make webcomics" écrit par Brad Guigar (Evil Inc.), Dave Kellett (Sheldon), Scott Kurtz (PvP) et Kris Straub (Starslip Crisis). Tout commence par une mise au point très simple : l'auteur de BD en ligne doit d'abord compter sur lui-même. Il part pour plusieurs années de pur bénévolat durant lesquelles sa priorité doit être de raconter ce qu'il a décidé de raconter, avec son talent et sa passion pour seuls carburants. Une fois qu'il aura su conquérir son public, il pourra rentabiliser son travail et peut-être même en vivre. On ne devient pas milliardaire ainsi, mais vivre de son art est déjà énorme. Ce sont des artistes qui l'écrivent, et des artistes qui sont passés par là.

La littérature anglosaxonne sur le sujet est très instructive, mais la plupart des acteurs francophone semblent l'ignorer avec autant de désinvolture qu'ils ignorent les rebondissements vécus par la BD en ligne chez nous au cours de ces dernières années. Sébastien a totalement raison d'en appeler à l'embauche de cadres compétents en la matière pour éclairer les décisions qui s'imposent. Mais en prenons-nous vraiment le chemin ?

Pour terminer, Sébastien relève que les compétences et les moyens financiers ne sont peut être pas à chercher du côté des éditeurs de BD mais des éditeurs multimédia tels qu'Ubisoft ou Electronic Arts. Je le pense aussi. D'autant plus que la BD numérique a sans doute besoin de financements un peu différents de ceux pratiqués dans l'édition. Le modèle est peut-être à chercher du côté de la production (comme dans le jeu vidéo ou le cinéma) et pas de l'édition.

PS: mon pseudo prend une majuscule au "F", qui est l'initiale de mon nom de famille. Le "i" est effectivement arrivé là il y a une douzaine d'années de cela par analogie aux fichiers "gif" (animés ou non" ;).

Mercredi 28 octobre 2009

BD numérique : Bodoi est-il vendu à Aquafadas ?

Sur Facebook, l'ami Christopher Bihoreau (alia Random) relève un peu narquois que Bodoi entame une série de questionnaires sur le marché de la BD numérique avec les réponses d'Aquafadas. Aquafadas dont l'une des représentante (Allison Reber) est également collaboratrice de Bodoi. Bien que j'aie également relevé un intérêt un peu trop appuyé de Bodoi pour Ave! Comics, je ne pense pas que cela soit un si gros problème.

L'intérêt de tous les acteurs de ce marché balbutiant est avant tout que le marché se développe. Pour le moment le gâteau est tout juste assez gros pour servir de goûter à la récré. Ca ne va pas nourrir grand monde si chacun se tire dans les pattes pour le partager. Que Bodoi ait ou non des accointances envers l'un ou l'autre acteur, l'intérêt premier de tout le monde - et de Bodoi en premier - est qu'on parle de toute la BD numérique pour montrer qu'elle mérite qu'on s'y intéresse. Le public reste à conquérir, il y a besoin de tout le monde pour y parvenir.

En revanche, un organe un peu plus indépendant serait un plus pour valoriser les efforts de tous. C'est exactement l'objectif de l'association qui s'apprête à voir le jour dans la continuité du travail mené autour de Webcomics.fr et de l'annuaire des BD en ligne.

A titre personnel, je déplore simplement qu'on se concentre de plus en plus sur une "BD numérique" qui est conçue comme un dérivé de la BD originale. Entre la communication autour d'un tarif inférieur à celui d'un album et le choix affirmé qu'il s'agit d'un produit dérivé, on ne rend pas honneur à la BD. On cherche à gagner un nouveau lectorat en lui vendant une sous-BD... Pas très valorisant pour le lecteur non plus en définitive.

La francophonie est le seul territoire où la BD soit devenue avant tout un objet d'art et de collection, plutôt qu'un fascicule bon marché destiné à être vite lu et vite jeté. Cette "BD numérique" qui prétend compléter la BD papier sans entrer en concurrence est sans doute bien plus dangereuse pour elle car elle la déprécie. Des albums de collection deviennent de petites applications pas chères, qu'on ne craint pas de perdre lorsqu'on changera de téléphone. Je n'appelle pas ça un progrès.

Mieux vaudrait inventer de nouveaux modèles qui rendent enfin possible la production professionnelle d'oeuvres numériques à part entière. Loin de faire concurrence à la BD, cela lui ferait honneur. La BD est un medium né grâce au progrès de la reproductibilité du texte et de l'image... Il est naturel pour elle d'évoluer avec l'arrivée d'une technologie comme Internet. Internet est une opportunité de ressusciter une BD populaire, accessible à tous et partout. Voilà une concurrence qui ne ferait pas de tort à la BD papier, parce qu'elle la valoriserait dans sa matérialité, son prestige tout en démontrant que le medium sur lequel elle repose est vivant et capable de s'adapter à des technologies dont ses inventeurs n'auraient jamais imaginé qu'elles existeraient un jour.

Dimanche 8 mars 2009

Scott Mc Cloud expose sa vision de la BD en ligne

La vidéo a été tournée en 2005, mais il semble que Mc Cloud fasse peu ou prou la même intervention aujourd’hui (ex: à la Foire du livre de Bruxelles hier). La Toile infinie reste encore et toujours son cheval de bataille :

Mardi 30 décembre 2008

A lire : comment le web change le monde

Il y a de cela quelques mois, j’ai reçu le livre de Francis Pisani et Dominique Piotet Comment le web change le monde dans le cadre d’une opération de promotion auprès des blogueurs. Bien que l’ayant avidement dévoré, je n’ai pas vraiment été inspiré pour relayer ma lecture sur ce blog. Mieux vaut tard que jamais : la mise en ligne progressive du livre en PDF gratuit sur Internet me donne l’occasion de me rattraper.

Jetez-vous sur les premiers chapitres disponibles sur le site de l’alchimie des multitudes (c’est le sous-titre du livre). C’est un excellent outil pour se mettre à la page de ce qu’est Internet aujourd’hui et de ce qu’il pourrait-être demain. Les profanes y trouveront une mise à niveau claire et intelligible pour - enfin - voir Internet sous son vrai jour et pas sous celui que nous en donnent les médias traditionnels et les pouvoirs publics… Quant aux initiés, ils y trouveront une référence pour mettre leurs idées au clair et être - enfin - en mesure d’expliquer Internet aux profanes qui les entourent.

Pour ma part en tous cas, ce livre est devenu une référence indispensable à l’élaboration de mes interventions en master “contenus et projets Internet” aussi bien pour comprendre ces étudiants qui n’ont pas connu les newsgroups et les pages personnelles que pour leur apporter les clés pour aborder les évolutions qu’ils rencontreront demain dans l’exercice de leur métier.

Gilles Ratier confond comics et webcomics

Une erreur s’est glissée dans le sacro-saint rapport Ratier de l’année 2008 : le site Webcomics.fr ne s’adresse pas aux “aficionados des super héros”. Cet hébergeur de plus de 200 auteurs de BD en ligne à ce jour (plus de 6000 planches publiées à ce jour) mérite sans doute d’être cité dans ce rapport, mais au chapitre consacré à la bande dessinée numérique dont il est un des fers de lance en francophonie.

Le terme “webcomics” n’a pas grand chose à voir avec l’acception courante du mot “comics”. C’est même un contre-sens que de rapprocher les webcomics des BD de super héros, dans la mesure où historiquement les webcomics se sont justement développés comme une soupape économique et artistique face à la crise traversée par la BD mainstream américaine.

Jeudi 17 avril 2008

Outils de publication pour l'auteur, de consultation pour le lecteur

Voici la suite du travail de Flore Tilly autour d'Internet et de la bande dessinée. Après une première partie consacrée aux manifestations créatives de la bande dessinée sur Internet, Flore se penche sur les passerelles qui relient le web au papier :

L’émergence d’Internet en tant que support de diffusion de la bande dessinée nous amène à examiner les divers modèles de diffusion en ligne, en gardant à l’esprit la notion commerciale que peut induire la présence de contenu artistique sur Internet.

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Mardi 8 avril 2008

Bande dessinée : les passerelles entre web et papier

Voici la suite du travail de Flore Tilly autour d'Internet et de la bande dessinée. Après une première partie consacrée aux manifestations créatives de la bande dessinée sur Internet, Flore se penche sur les passerelles qui relient le web au papier :

Les divers supports de la bande dessinée, qu’ils soient classiques ou issus des nouvelles technologies ne sont pas exclusifs, dans le sens où une œuvre originellement publiée sur papier peut être diffusée sur Internet, telle quelle ou sensiblement modifiée. La transposition d’une bande dessinée en ligne vers le support livre est aussi envisageable, comme l’est la rencontre des deux univers : l’objet-livre et Internet.

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Jeudi 3 avril 2008

L'émergence de nouveaux supports de lecture

Voici la suite du travail mené par Flore Tilly autour de la bande dessinée et d'Internet. Après avoir traité de la BD en ligne et de la bande dessinée interactive, et des blogs BD, Flore Tilly clôt son tour d'horizon des manifestations créatives de la bande dessinée sur Internet par l’émergence de nouveaux supports de lecture.

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Dimanche 23 mars 2008

Les blogs BD, au croisement numérique des expressions personnelle et artistique

Voici la suite du travail mené par Flore Tilly autour de la bande dessinée et d'Internet. Après avoir traité de la BD en ligne et de la bande dessinée interactive, Flore aborde le phénomène des blogs BD, qui a indéniablement marqué ces dernières années.

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Dimanche 16 mars 2008

Bandes dessinées en ligne et bandes dessinées interactives

Voici la suite du travail mené par Flore Tilly autour de la bande dessinée et d'Internet :

En théorie, une bande dessinée interactive offrirait la possibilité au lecteur de choisir son chemin de lecture sans subir un schéma linéaire commençant à la première vignette et terminant à la dernière. Il existe toutefois souvent une confusion entre bande dessinée interactive et bande dessinée multimédia. Le fait d’ajouter du son et de l’animation à des vignettes ne relève pas de l’interactivité. Que le lecteur ait à cliquer sur une vignette pour poursuivre la bande dessinée n’est pas à proprement parler de l’interactivité non plus puisque la trame narrative ne s’en trouve pas modifiée. En somme, cliquer sur une vignette pour poursuivre l’histoire n’est pas fondamentalement différent de tourner la page d’une bande dessinée papier.

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