Le 25 juin 2025, j’ai eu l’honneur de témoigner de 8 mois de travail au sein du groupe “résilience informationnelle” : l’un des 4 chantiers qui ont réuni plus de 250 participants au cours d’un cycle consacré à la lutte contre la manipulation de l’information (LMI), à l’initiative du Campus Cyber (Inria), du CNRS et du Ministère des Armées.

Je suis intervenu à la table ronde “IA génératives, quelle place dans un écosystème informationnel plus résilient ?” aux côtés de :

  • Oana Goga, directrice de recherche à l’INRIA
  • Christine Dugoin Clément, professeure et chercheuse à la Chaire Risques de l’IAE Paris-Sorbonne
  • Raphaël Lasseri, PhD data scientist et fondateur de Magic Lemp

Notre groupe de travail a conclu à la nécessité d’articuler 4 dimensions :

  • Éducation & formation
  • Orientation éthique fondée sur la démocratie participative
  • Observation de la résilience informationnelle dans un cadre académique préservé de l’ingérence politique
  • Action transformatrice en faveur des écosystèmes d’info

Les travaux de notre groupe nous ont conduits à cette mise en garde : l’éducation aux médias et à l’information (EMI) est nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. 3 autres dimensions sont incontournables pour bâtir la résilience de nos écosystèmes d’information :

  • L’éthique, qui dépend de fonctionnements démocratiques irréprochables. C’est pourquoi notre groupe a suggéré d’installer un comité d’éthique constitué de citoyennes et de citoyens tiré.e.s au sort, sur le mode des conventions citoyennes.
  • L’observation, avec la fondation d’un observatoire de la résilience informationnelle. Afin de mettre cette instance à l’abri de tout soupçon de conflits d’intérêts avec des institutions décrédibilisées, elle devra jouir d’une liberté académique pleine et entière, à l’abri des logiques de financement par projets.
  • L’action transformatrice pour prendre soin des écosystèmes informationnels, enfin. En écologie, un système résilient est un système apte à retrouver les structures et les fonctions de son état de référence après une perturbation. Les écosystèmes informationnels sont des biens communs dont dépend la résilience informationnelle de nos sociétés. Au même titre que le climat ou la biodiversité, il convient d’en prendre soin. Cela passe par la règlementation, la fiscalité et les investissements dans une perspective durable et d’intérêt général.

L’observatoire du Forum sur l’Information et la Démocratie, véritable “GIEC” des écosystèmes d’information, l’a démontré au terme de l’analyse de plus de 1700 publications académiques dans le monde : le modèle économique des grandes plateformes numériques constitue la cause principale de l’accélération de la désinformation et de la mésinformation. Cela va très vite, plus vite que le réchauffement climatique. Plus notre écosystème informationnel souffre, moins nous sommes en mesure de nous coordonner pour prendre soin du climat et de la biodiversité pourtant nécessaires à notre survie.

Selon moi, l’urgence est là :

  • Appliquer la législation existante,
  • Rendre les plateformes responsables en tant qu’éditrices des algorithmes qui amplifient la diffusion de certains contenus plutôt que d’autres,
  • Taxer lourdement la publicité ciblée.

Il nous revient surtout d’investir dans des alternatives à même de dépasser les modèles instaurés par les Big Tech. Le numérique a bien d’autres potentiels que ceux sur lesquels elles ont fondé leur succès économique au détriment de la bonne santé de nos sociétés.