Marre de la TV

Expert en BD en ligne, webcomics et contenus narratifs ; formé aux arts plastiques et aux contenus web ; webmaster à temps plein, webdesigner à temps perdu ; passionné de jeux de société et de films en tous genres ; j'ai mieux à faire que de regarder la télévision, et vous ?

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Jeudi 29 juillet 2010

Partage illégal de BD sur Internet : le témoignage d'un collectionneur

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le petit monde de la BD en ligne est assez éloigné de celui du partage numérique de bandes dessinées imprimées. J'observe avec passion depuis plus de 10 ans la création publiée en ligne par ses auteurs. Depuis tout ce temps je n'avais encore jamais croisé la route de ceux que l'on qualifie vulgairement de "pirates". L'un d'eux a accepté de me parler de son petit monde à lui... Au delà des plateformes qui servent au partage illégal de BD, leurs usagers ont eux aussi beaucoup à nous apprendre, loin des clichés véhiculés par les éditeurs.

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Jeudi 22 juillet 2010

The Carrier, feuilleton BD numérique en temps réel et différé

The CarrierJ'ai totalement oublié de chroniquer ici une BD découverte sur iPhone en mars dernier : The Carrier, par Evan Young. Le scénario d'espionnage ne fait pas dans la dentelle, en mixant allègrement terrorisme et pandémie, sur fond de conspiration. Comble du poncif : le personnage principal est amnésique. L'ensemble est servi par des dessins de style "comics" qui manquent cruellement de personnalité... Sauf que cette BD numérique pour iPhone offre 10 jours de lecture en temps réel à partir de l'instant où l'on décide d'entamer (ou de recommencer) sa lecture. Une version iPad est également disponible.

Voilà une expérience encore inédite. Il m'est arrivé de recevoir sur mon téléphone jusqu'à 10 notifications dans la même journée. Chaque notification invite à découvrir ce qui vient de se passer à l'instant même dans le récit, à travers un court épisode de quelques vignettes. En plus de ces notifications, j'ai reçu des emails fictifs avec des coupures de journaux, des bulletins météo, des articles de blog ou de fausses publicités plus ou moins liés aux événements.

On parle beaucoup du feuilleton comme de la voie à suivre pour la BD en ligne. On a en tête des récits au long cours, qu'il faudra bien souvent prendre en route et qui n'auront pas de fin de sitôt. The Carrier propose une alternative : le feuilleton individuel. Une fois l'histoire achevée, il est possible de la réinitialiser pour revivre l'expérience. Par l'immersion que son dispositif suscite, The Carrier n'est pas sans rappeler l'expérience du jeu In Memoriam d'Eric Viennot, tout en restant dans le champ de la bande dessinée.

Plutôt que de chercher à épater le lecteur par des effets interactifs, visuels ou sonores, cette BD numérique s'inscrit humblement dans les usages naturels de son support. Le lecteur a toujours son téléphone mobile à portée de main, il est devenu familier des notifications en "push" de ses amis (par SMS) ou de ses applications, il se sert massivement de son smartphone pour consulter sa messagerie électronique (bien souvent pour suivre l'actualité). Chacun de ces usages devient un Rabbit Hole[1] pour pénétrer dans la BD. C'est une illustration concrète de la posture que je défendais face à une conception de la BD numérique qui place l'interactivité au premier plan au lieu de la rendre invisible.

Notes

[1] Cette expression vient d'Alice au pays des merveilles, où le terrier du lapin constitue un portail vers le pays des merveilles. Les jeux en réalité alternée (ARG) parlent de Rabbit Hole pour qualifier les indices qui permettent d'entrer dans le jeu depuis le monde réel.

Lundi 19 juillet 2010

Les plateformes de téléchargement illégal ont beaucoup à nous apprendre

Alors que Sébastien Naeco se penche sur le péril de la gratuité numérique, le MOTif publie son tableau de bord sur l'offre (légale et illégale) de livres numériques. Cette étude éclaire la réalité qu'occultent les spectres du piratage et de la gratuité. Ce qui freine le développement du marché du livre numérique, ce sont d'abord les multiples verrous mis en place pour "protéger" les oeuvres. La question n'est pas de savoir s'il faut offrir ou brader les BD numérisées pour ouvrir le marché, mais d'observer et de comprendre les atouts des plateformes illégales afin de proposer des offres concurrentielles.

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Mercredi 7 juillet 2010

Synthèse personnelle des débats de l'université d'été de la bande dessinée

L'université d'été de la bande dessinée, organisée par la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image (CIBDI) et le Pôle image Magelis s'est achevée aujourd'hui à Angoulême. Le thème de « trans-média, cross-média, média global, de l'album singulier aux écrans multiples » a été l'occasion de réfléchir autour de l'impact de nos usages numériques sur les différentes disciplines de l'image et du récit.

Si l'on peut regretter des conférences aux allures de catalogues d'expériences (voire de produits), cette photographie des changements en cours fait émerger une problématique centrale : face au changement, chaque discipline doit évoluer pour exister aux côté des autres. Le prisme du cross-média (la convergence de plusieurs médias dans un projet) ou du trans-média (l'interaction de plusieurs médias dans un projet) révèle d'autant mieux ce problème, parce qu'il conduit à envisager chaque média comme un élément indispensable ou accessoire d'une stratégie plus globale.

Les grands groupes se précipitent vers le cross-média et l'oeuvre globale capable d'absorber toutes les autres... Tandis que les auteurs pourraient bien trouver dans le trans-média une nouvelle manière de créer avec légèreté en relation directe avec leur époque et leurs publics.

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Samedi 19 juin 2010

Compte rendu personnel de retour des états généraux de la BD à Lyon

J'étais invité à intervenir aux états généraux de la bande dessinée le 18 juin à Lyon. Un compte rendu officiel sera sans doute publié prochainement. En attendant, voici ce que j'ai retenu des échanges, depuis la tribune des intervenants aux côtés de :

  • Yannick Lejeune, organisateur du Festiblog et éditeur chez Delcourt
  • Grégoire Seguin libraire à Tours et éditeur chez Delcourt
  • Emmanuel de Rengervé, juriste du SNAC
  • Sylvain Ricard, scénariste et membre du comité de pilotage du GABD

Je suis heureux d'avoir pu échanger avec quelques auteurs du public à l'occasion du déjeuner, notamment Jean Dytar (auteur de « Le Sourire des marionnettes ») et Nicolas Bannister, ancien graphonaute de l'Académie Delta (Diablotus).

Rappelons la thématique de cette rencontre : la futurologie. Il s'agissait d'envisager l'avenir de la BD dans 5 ans, lorsque le papier aura définitivement disparu et que les auteurs n'auront plus besoin d'éditeurs... Ou pas ?

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Mercredi 16 juin 2010

Futurologie : la BD doit compter avec les digital natives

L'institut BVA a publié une étude intitulée "comment le digital native voit-il le monde ?". Les "digital natives", ce sont les 18-24 ans d'aujourd'hui et tous ceux qui les suivent : les "nouvelles technologies" ont toujours fait partie de leur vie. C'est un public à considérer avec la plus grande attention pour faire évoluer l'offre culturelle sur support numérique. Dans 5 ans, les digital natives représenteront plus de 30% de la population.

En réponse à mon analyse de l'étude IPSOS sur les publics du livre numérique, Henscher rappelait : le public qui consommera le livre numérique a une dizaine d'années pour le moment. (...) Il y a une génération de mutants qui arrive.. Les Etats Généraux de la BD qui se dérouleront vendredi tourneront justement autour de la futurologie : nous allons tenter de nous faire une image la plus précise possible de ce qui pourrait se passer dans les cinq ans à venir… Dans un tel contexte, la publication de l'étude sur les "individus numériques" tombe à point nommé.

En matière de consommation, l'étude conclut que les 18-24 ans :

  • font passer leur budget numérique avant l'alimentation ou le logement, et y consacrent au moins 100€ par mois ;
  • accordent moins d'importance à la possession et plus au don, la (re)vente d'occasion ou à l'échange, sources de lien social ;
  • comparent systématiquement avant leur achat, pour faire des économies (leur pouvoir d'achat et faible), mais aussi parce que dénicher les "bons plans" est source de reconnaissance sociale.

Les offres actuelles en matière de livres et de BD numérique sont donc aussi déconnectées des attentes des "ditigal natives" que de celles de leurs ainés. On se focalise en vain sur la volonté de donner une valeur à un objet : le discours dominant prétend inculquer aux jeunes l'idée qu'une oeuvre ça n'est pas gratuit. Or, la valeur aux yeux des jeunes a glissé de la possession vers la relation. Pour eux posséder un livre ce n'est pas l'acheter et le ranger dans sa bibliothèque, c'est le découvrir, le lire et le partager. Mais pour pouvoir le faire avec des livres numériques, encore faudrait-il que :

  • des offres d'abonnement permettent l'accès aux catalogues et pas seulement l'achat ou la location au détail ;
  • lors d'un achat, des DRM n'interdisent pas la transmission de l'objet numérique (prêt, don, échange, partage) ;
  • les plateformes de distribution deviennent des espaces de découverte, de recommandation et de partage au lieu d'être des hangars numériques sans âme.

Corry Doctorow ne dit pas autrechose lorsqu'il explique pourquoi il n'achètera pas un iPad :

Prenez par exemple l’application Marvel dédiée à l’iPad (jetez juste un coup d’œil, pas plus). Enfant, j’étais fan de comics, et je le suis resté. Ce qui me plaisait par-dessus tout, c’était de les échanger. Il n’existait pas de medium reposant davantage sur les échanges entre gamins pour constituer son public. Et le marché des bédés d’occasion ! C’était – et c’est encore – tout simplement énorme, et essentiel. Combien de fois ai-je farfouillé dans les caisses de bédés d’occasion dans un immense entrepôt poussiéreux pour retrouver des anciens numéros que j’avais ratés, ou de nouveaux titres pour pas cher (dans ma famille, c’est devenu une sorte de tradition qui se perpétue d’une génération à l’autre – le père de ma mère l’emmenait tous les week-ends avec ses frères et sœurs au Dragon Lady Comics sur Queen Street à Toronto pour troquer leurs vieilles bédés contre des nouvelles).

Qu’ont-ils fait chez Marvel pour « améliorer » leurs bandes dessinées ? Ils vous interdisent de donner, vendre ou louer les vôtres. Bravo l’amélioration. Voilà comment ils ont transformé une expérience de partage exaltante et qui crée du lien, en une activité passive et solitaire, qui isole au lieu de réunir. Bien joué, « Marvsney » (NdT : Contraction de Marvel et Disney, en référence au récent rachat du premier par le second pour 4 milliards de dollars).

Lundi 14 juin 2010

Izneo affiche des résultats modestes après deux mois d'existence

Dans un article de La Tribune de Genève, Amélie Retorré, directrice du développement d'Izneo révèle ces chiffres : « 1000 inscrits et 25000 visites en deux mois d’existence ». Il y a fort à parier qu'une faible part des inscrits a franchi le pas de la location d'un album de BD numérique, puisque l'inscription est imposée pour accéder aux offres d'essai gratuites. Pas étonnant que certains éditeurs se plaignent du fait que la BD numérique coûte beaucoup et ne rapporte rien. Pourtant avec des moyens modestes, d'autres obtiennent des résultats encourageants.

La BD amateur gratuite attire plus que la BD pro au détail

Avec sensiblement le même nombre de récits hébergés (plus de 900), Webcomics.fr reçoit plus de 100 000 visites en deux mois. Un chiffre quatre fois supérieur à celui d'Izneo dont l'existence a pourtant été abondamment médiatisée. Rappelons qu'Izneo, c'est "un projet de plusieurs centaines de milliers d'euros porté par trois groupes d'édition"... A raison de 1000 euros par an et beaucoup de temps libre, un portail d'hébergement de bande dessinée en ligne amateur fait donc quatre fois mieux qu'un portail de distribution de BD professionnelle numérisée aux moyens 100 fois supérieurs (au moins).

Je concède qu'Izneo n'a que quelques mois d'ancienneté. Le portail a cependant déjà reçu plus de couverture médiatique que Webcomics.fr n'en a reçu en 3 ans et demi d'existence. Or, après une ouverture plutôt confidentielle en février 2007, Webcomics.fr ne s'est effectivement fait connaître qu'en septembre 2007 à l'occasion du Festiblog. A cette date, nous n'hébergions qu'une soixantaine de récits et moins de 1000 planches. Nous avons pourtant reçu 30 000 visites entre septembre et octobre 2007 !

La BD numérique de création attire plus que la BD numérisée

Autre point de comparaison : le feuilleton "Les Autres Gens" a attiré 5000 inscriptions le premier mois. Le deuxième mois, 750 personnes s'étaient abonnées (15%). Avec de la BD numérique originale, de jeunes auteurs professionnels peuvent donc attirer cinq fois plus de lecteurs qu'un catalogue de plusieurs centaines d'albums numérisés.

Deux voies inexplorées : la bibliothèque en ligne et la création originale

L'offre en matière de BD numérisée n'est pas attractive. Elle souffre du manque d'ouverture et de diversité. Comme pour la vidéo en ligne, on tend vers une offre fragmentée entre quelques plateformes ; une offre qui ignore le modèle de l'abonnement. Le public ne peut donc pas choisir où ni comment accéder aux oeuvres. Le lecteur est obligé de s'orienter vers la plateforme qui détient les droits sur l'album désiré. Il est ensuite obligé de l'acheter ou de le louer dans les conditions prévues par ce portail.

L'offre en matière de création professionnelle originale est indigente. Le genre du soap que représente "Les Autres Gens" ne peut à lui seul attirer tout le lectorat potentiel de la BD numérique. Il existe de très larges marges de manoeuvre pour développer une offre de BD en ligne de création. De plus, c'est la seule manière de créer un cercle vertueux dans lequel le lectorat attirera le lectorat. Il est fort probable que "Les Autres Gens" ne puisse subsister seul, sans qu'un véritable écosystème n'émerge pour légitimer la lecture de bande dessinée en ligne parmi les autres pratiques culturelles numériques. Là aussi l'abonnement à des bouquets de feuilletons permettrait d'attirer plus de lecteurs que chaque récit pris isolément.

Dimanche 6 juin 2010

Comment le livre numérique pourra-t-il séduire les Français ?.. Et la BD numérique aussi

Les résultats d'une étude IPSOS sur les publics du livre numérique sont parus. Au moment où l'iPad déferle sur nos contrées, les Français ne semblent pas encore prêts à troquer leurs livres contre des liseuses numériques. Pourtant deux pistes se dessinent pour parvenir à les séduire. Quant à la bande dessinée, elle est marginalisée et aura d'autant plus d'efforts à fournir pour exister dans le paysage des loisirs numérique.

64% des Français ne se sentent pas intéressé par le livre numérique... Je passe sur les tartes à la crême habituelles qui caracolent en tête des raisons de ne pas lire sur support numérique : les Français sont attachés à l'objet-livre et pensent qu'il est fatigant de lire sur écran. Ces deux rengaines n'ont selon moi plus beaucoup d'avenir avec la déferlante des tablettes et autres liseuses électroniques. La troisième raison invoquée est bien plus éclairante.

Que ce soit pour le public actuel (5% de la population) ou le public potentiel des livres numériques, ceux qui ne se sentent pas intéressés invoquent en troisième lieu "Le fait de ne pas être réellement propriétaire des livres que l'on achète sur certains sites".

Adoptons l'hypothèse que les nouveaux terminaux peuvent se démocratiser et surmonter les vieilles réticences. Pour convaincre le réfractaires, il faudrait alors :

  • soit vendre des livres numériques sans DRM ;
  • soit assumer le fait que l'on ne vend qu'un accès et privilégier des offres d'abonnement.

Et la bande dessinée ?

L'étude IPSOS nous apprend que :

  • Le juste prix d'un album de bande dessinée transposé au format numérique : 6,70€.
  • La bande dessinée n'atteint que la 9e position du top 3 des genres que les français aimeraient lire en format numérique.

A mon sens, cela bat en brèche toutes les stratégies actuelles de vente de BD numérique au détail. Malgré un prix inférieur au prix attendu, les ventes ne décollent pas. Plus que le livre classique, la bande dessinée numérisée souffre de l'aura du livre-objet et de la perte du confort de lecture. Or les offres actuelles ne permettent pas d'être pleinement propriétaire de son achat, sans pour autant proposer d'abonnement attractif. Pas étonnant que les Français ne nourrissent pas d'attente particulière pour lire des BD sur support numérique.

On pourrait s'en satisfaire, si les loisirs numériques dans leur ensemble ne grignotaient pas petit à petit les parts des autres loisirs. La bande dessinée ne peut pas se permettre de négliger le support numérique. Voilà pourquoi il est primordial :

  • de formuler des offres de BD numérisée sur abonnement à moindre coût, pour conserver (voire élargir) le lectorat des livres ;
  • d'encourager la création d'oeuvres numériques originales qui affranchissent la BD numérique de l'assimilation au livre numérique - manifestement peu prometteuse.

Vendredi 4 juin 2010

Les revendications du SNAC-BD centrées sur le montant des droits d'auteurs

Dans un article intitulé "Face aux éditeurs, quels sont nos arguments ?", le SNAC BD invite ses sympathisants et ses adhérents à centrer leurs revendications autour d'une seule et unique question : celle du montant des droits d'auteurs dans l'exploitation numérique de leurs oeuvres. Les initiatives actuelles des éditeurs (Iznéo en tête) prennent la BD numérique par le petit bout de la lorgnette. Mais est-ce une raison pour que les auteurs adoptent la même démarche ? Après l'appel à la concertation (Cf l'Appel du numérique), le SNAC-BD installe son action dans le conflit et place les auteurs "face" aux éditeurs dans des négociations réductrices au regard des enjeux initiaux.

Comme je l'ai déjà soulevé, l'enjeu consiste à donner une place à la bande dessinée dans les loisirs numériques. Pour y parvenir, la seule voie pour auteurs et éditeurs consiste à travailler main dans la main dans l'intérêt des lecteurs. Dans cette perspective, l'appel à la concertation était salutaire, tant les propositions actuelles des éditeurs sont décevantes.

Aujourd'hui les discussions sont ouvertes et des rencontres sont organisées. Mais le ton que prennent les échanges s'éloigne de celui de la concertation : on parle maintenant de "négociation" et de "revendications". Certes, c'est le jeu de l'action syndicale. Mais est-ce la meilleure manière de défendre les intérêts des auteurs ?

On l'a vu, les éditeurs ont du pain sur la planche pour rétablir la confiance avec les auteurs. On ne s'improvise pas éditeur numérique sans de sérieuses remises en question : les déboires des industries musicales ou de la presse l'ont démontré. Mais les auteurs ont aussi leur part du chemin à franchir.

Le SNAC-BD s'appuie sur l'hypothèse d'un glissement complet du papier vers le numérique dans le cadre duquel les ventes pourraient ne pas augmenter tandis que le prix de vente aurait été "cassé" et le montant des droits d'auteur avec. Pour qu'une telle hypothèse se réalise, il faudrait :

  1. que le lecteur BD se mette à n'acheter que des fichiers numériques plutôt que des livres dans les conditions de commercialisation actuelles de la BD numérique ;
  2. qu'il réduise drastiquement son budget BD plutôt que d'en profiter pour augmenter le nombre de ses lectures.

Si l'on ne peut rien garantir, on peut douter qu'une telle hypothèse se réalise un jour.

Plutôt que de s'adonner aux suppositions, il m'apparaîtrait plus constructif d'exiger :

  1. la formulation concertée d'offres commerciales attractives pour le lectorat numérique ;
  2. la remise à plat de l'investissement de chacun dans le cadre de ces offres et la répartition des bénéfices escomptés.

Mercredi 26 mai 2010

Rendez-vous aux Etats Généraux de la BD

Etats Généraux de la BD.J'ai été invité par L'épicerie séquentielle (association d'auteurs de BD de Lyon) à intervenir aux Etats Généraux de la bande dessinée qui ouvrent le festival de BD de Lyon le 18 juin prochain. Comme le disent si bien les organisateurs : en compagnie de spécialistes, d’experts et de sommités de toutes sortes, nous allons tenter de nous faire une image la plus précise possible de ce qui pourrait se passer dans les cinq ans à venir…

Pour en savoir plus sur cette journée et pour m'y retrouver, téléchargez vite le programme !

Dimanche 23 mai 2010

Web-only comics : Jeneverito, l'explorateur graphique

La Nuit du Hibou, par Jeneverito.J'ai proposé un petit challenge aux auteurs curieux de tâter de la BD numérique :

Raconter une histoire graphique avec pour seuls outils votre navigateur web et une connexion Internet.

Il n'a pas fallu longtemps à Jeneverito pour réagir : 2 jours après, il publiait La Nuit du Hibou.

Ses outils ?

Rien de révolutionnaire dans le choix de l'outil de publication : Jeneverito opte pour un hébergeur dédié à la BD en ligne. On attendra donc d'autres propositions pour découvrir ce que des auteurs de BD peuvent faire avec des services qui ne sont pas directement dédiés à la bande dessinée.

En revanche, le graphisme ne laisse pas indifférent. Jeneverito s'approprie un outil des plus rudimentaires : Google Docs est plutôt destiné à produire des schémas. Ceux qui connaissent le travail de ce dessinateur Argentin ne seront pas surpris du résultat. L'expérimentation graphique ça le connait, même s'il confesse humblement ;

le graphisme c'est une conséquence des outils : les lignes qui n'acceptent pas de modulation, de couleurs limitées et aussi mon ignorance du logiciel, de fait, c'est la première fois où je l'a utilisé.

Connaissez-vous d'autres outils qui pourraient servir à produire des images directement dans le navigateur web ?

Vendredi 21 mai 2010

Comment rétablir la confiance entre auteurs et éditeurs de BD ?

Dans le troisième volet de son dossier consacré à la situation de la BD numérique en France, ActuaBD décrypte les questions qui animent les auteurs signataires de l'appel du numérique. Ce qui transparait sans jamais être nommé, c'est la perte de confiance des auteurs de bande dessinée envers leurs éditeurs. En filigrane se pose la question de la compétence des éditeurs de BD en matière de supports numériques.

Didier Pasamonik pose l'axiome selon lequel un éditeur est garant de la cohérence dans l'exploitation de l'oeuvre. Tout le reste s'appuie sur cet axiome : de l'acceptation de cessions de droit 70 ans après la mort de l'auteur jusqu'à l'extravagance des exigences du SNAC en termes de rémunération sur l'exploitation numérique. Or, si le SNAC exige avant tout une concertation entre auteurs et éditeurs, c'est parce que les auteurs n'ont plus confiance dans la capacité des éditeurs à exploiter l'oeuvre de manière cohérente sur le support numérique. Pour reprendre les mots de Didier Pasamonik : on les comprends.

Comme lui, on peut déplorer ballet de juristes et autres experts venus faire la roue et l’étalage de leurs compétences supposées, en l'absence des éditeurs, lors de la journée professionnelle qui a eu lieu à la Cité des Sciences en novembre dernier. Comment les auteurs peuvent-ils garder confiance en leurs éditeurs lorsqu'ils abandonnent le terrain à de nouveaux acteurs ? Comment ne pas en déduire que les éditeurs n'ont pas les compétences pour exploiter les oeuvres de manière cohérente sur le support numérique ?

La seule manière de rétablir la confiance et de sortir de l'ornière consiste pour les éditeurs à s'associer les compétences qui leur font défaut. Il ne s'agit pas seulement de savoir accompagner les auteurs dans leurs projets numériques, ou de repenser les contrats de cession de droits. Il s'agit d'élaborer des modèles économiques convaincants. Les auteurs ont toutes les raisons d'être inquiets lorsque la principale offre commerciale en matière de BD numérique tourne en rond autour du modèle de la vente au détail de produit virtuel. Les Autres Gens est l'initiative professionnelle la plus probante en matière de BD numérique française, avec 5000 abonnés gratuits en 1 mois seulement dont 15% d'abonnés payants le mois suivant. On doit cette initiative à des auteurs...

Dimanche 9 mai 2010

Devenir auteur de BD numérique : par où commencer ?

Une bulle de BD en forme de nuage.Il y aura toujours des indécrottables pour penser que c'est au numérique de s'adapter au langage de la bande dessinée... Mais pour tous ceux qui savent qu'on ne découvre pas de nouveaux territoires sans s'intéresser aux langues et aux cultures qui y ont cours, je propose un petit challenge :

Raconter une histoire graphique avec pour seuls outils votre navigateur web et une connexion Internet.

C'est un exercice que vous pouvez pratiquer seul ou à plusieurs. Il est accessible à tous : néophytes ou confirmés. Quel que soit votre degré de maîtrise des outils numériques, cette exercice vous apprendra toujours quelque chose. Si vous tentez l'expérience, je suis prêt à vous accompagner. En tous les cas, je m'efforcerai de recenser le résultat de vos expériences, qui pourront peut-être en inspirer d'autres...

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Jeudi 15 avril 2010

manga + vidéo + son + feuilleton + iPhone + web-documentaires = Séoul District

Séoul DistrictAve!comics et Telfrance lancent aujourd'hui Séoul District. Bodoi présentait le projet comme un hybride entre film et BD numérique. Au départ le scénariste Hervé Martin Delpierre comptait simplement réaliser un documentaire sur la réalisation de la BD par son dessinateur Park Hong Jin (à voir ce soir sur Arte). Au final, il a tourné en vidéo certaines scènes de la fiction. Les séquences filmées font partie intégrante de la BD numérique finale. J'ai pu découvrir le premier épisode. Verdict : de bonnes idées, quelques maladresses et finalement rien de vraiment révolutionnaire. A vouloir trop en faire, Séoul district déçoit.

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Mardi 6 avril 2010

Les lecteurs : une 3ème voie et une 3ème voix pour sortir du conflit par le haut

Le conflit qui oppose le Groupement des auteurs de BD (GABD) aux éditeurs menace de durer. Ce qui était à l'origine un appel au dialogue pourrait tourner à l'affrontement stérile de deux corporations.

Il faut revenir aux fondamentaux : on crée des bandes dessinées pour être lu. Ce sont les lecteurs qui rendent une bande dessinée rentable pour ses auteurs et éditeurs. Pourtant le mot "lecteur" n'apparaît pas une seule fois dans l'appel du numérique ou dans le compte rendu de la réunion du GABD avec Média Participation.

Le conflit trouvera une issue favorable, lorsqu'auteurs et éditeurs donneront voix au chapitre à ceux qui les font vivre. Connaître et répondre aux usages et aux attentes des lecteurs est la seule voie de salut possible :

  • tant pour commercialiser des bandes dessinées numérisées,
  • que pour publier des créations numériques originales.

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Lundi 5 avril 2010

Conflit et perspectives pour la BD numérique

L'appel du numérique a dépassé les 1000 signataires. Forts de cette mobilisation, les représentants du groupe des auteurs de bande dessinée" du SNAC (syndicat national des auteurs compositeurs) ont rencontré le PDG de Média Participations. Le compte-rendu de cette rencontre avec Claude de Saint Vincent a été mis en ligne hier. La voie de la concertation entre auteurs et éditeurs de BD est loin d'être acquise. Ce conflit me semble révélateur de plusieurs éléments importants pour l'avenir :

  • le GABD-SNAC a réussi à mobiliser une profession très individualiste, il se positionne comme un interlocuteur incontournable ;
  • la bande dessinée numérique a généré des attentes de plus en plus fortes ces derniers mois, il faudra surmonter des désillusions tout aussi fortes avant de bâtir un marché durable ;
  • Média Participation mise sur une maîtrise de toute la chaine de production numérique, malgré l'existence de sous-traitants potentiels ;

De manière générale, auteurs et éditeurs méconnaissent le support numérique. Les désillusions à venir n'en seront que plus fortes. Les leçons de ces désillusions seront d'autant plus cruciales. Le conflit actuel entre auteurs et éditeurs ne doit pas masquer un enjeu bien plus large : la place de la bande dessinée et de l'image dessinée dans les loisirs numériques.

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Jeudi 1 avril 2010

Les Autres gens deviennent transmédia, abonnez vous !

Lorsque l'annonce du projet Les Autres gens a commencé à circuler, j'étais assez mitigé. Puis, il a fallu faire face à l'obligation d'ouvrir un compte pour accéder aux planches gratuites. Sans compter les bugs de jeunesse et une interface largement perfectible. Un mois plus tard, l'abonnement entre en vigueur. Je n'ai pas hésité une seconde à débourser les 29 malheureux euros qui me vaudront une pleine année de feuilleton quotidien. Je m'en félicite d'autant plus qu'aujourd'hui, le récit prend une nouvelle dimension : les "autres gens" sont sur Facebook, je les ai rencontrés.

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Mardi 23 mars 2010

La bande dessinée en ligne se tourne enfin vers l'abonnement... ou pas

_04/05/2010 à 18h30 :__ l'abonnement est toujours aux abonnés absent sur Iznéo, tandis que l'achat définitif des albums est proposé au tarif de 4.99€.

26/03/2010 à 07h30 : le portail Iznéo a ouvert ses portes hier soir sans formule d'abonnement mensuelle. La location à 1,99€ ne couvre que 10 jours au lieu des 30 annoncés initialement. La vidéo qui présentait ces offres n'est plus visible publiquement, elle était sans doute réservée à des journalistes ou des partenaires pour l'avant-première. Pendant ce temps l'appel du numérique réunit plus de 800 signatures.

Les conditions générales de vente d'Izneo indiquent que l'abonnement sera disponible dans une future version du site. Il offrira l'accès à l'ensemble des BD du catalogue dans la limite de 5 lectures par BD, depuis 3 adresses IP au maximum. Le tarif reste inconnu à l'heure actuelle.

Depuis plusieurs mois, face au développement des offres de vente de bandes dessinées numérisées, j'ai fermement défendu le modèle de l'abonnement. Du projet d'auteurs Les Autres gens au portail d'éditeurs Iznéo (ouverture le 26 mars), la BD numérique semble enfin prendre cette voie.

A l'image des clients de Magnatune dans le domaine musical, il y a fort à parier que les lecteurs de BD préfèrent souscrire un abonnement à un large catalogue numérique qu'acquérir des fichiers à l'unité. C'est une démarche d'autant plus pertinente que la bande dessinée peut compter sur son lectorat numérique pour ajouter à sa collection les livres découverts en version numérique... Lorsque les lecteurs ne décident pas tout simplement d'offrir ces livres. Les trois-quarts des ventes de BD sont destinées à être offertes apprend-on dans un article des Echos du 27 janvier 2010 intitulé Média-Participations : missel et BD numérique.

Voilà sans doute pourquoi le groupe Media Participation mise sur le streaming et l'abonnement. Le premier groupe européen en matière de bande dessinée a décidé d'exploiter lui-même son catalogue sur support numérique à travers le portail Iznéo. La formule médiatisée jusqu'à présent reposait sur l'accès en streaming durant 30 jours à un album pour 1.99€. Moins onéreuse que l'offre de Digibidi (72h pour 2.90€), cette formule n'en est pas moins décevante : à travers la commercialisation à l'unité, elle ne favorise pas la découverte.

Une avant-première vidéo révèle l'existence d'une autre formule bien plus attractive : l'abonnement mensuel pour 9.99€ à l'ensemble du catalogue :

Iznéo : abonnement pour 9.99€/mois à  tout le catalogue.
via Bodoï

Avec des offres de ce type, les lecteurs s'intéresseront peut-être un peu plus à la lecture de bande dessinée sur support numérique. A condition que les auteurs y trouvent leur compte et autorisent l'exploitation de leurs oeuvres sur support numérique. Le groupement bande dessinée du Syndicat national des auteurs compositeurs lance l'appel du numérique face au manque de concertation par les éditeurs sur ces nouveaux modes d'exploitation de leurs oeuvres.

La question d'une création originale de bande dessinée numérique reste également posée. Si la création numérique existe de longue date, sa viabilité économique reste à trouver. Tandis que les éditeurs cherchent à exploiter leur fond "papier, des auteurs lancent un feuilleton sur abonnement : Les Autres gens. Ils posent un jalon que Sébastien Naeco juge probant. Des milliers de lecteurs ont ouvert un compte pour suivre gratuitement cette "bédénovella" chaque jour pendant un mois. Il est encore trop tôt pour savoir combien d'entre eux paieront 2.79€ par mois pour suivre le destin de Mathilde et de son entourage à partir du 1er avril. L'abonnement comme modèle économique d'une création de BD en ligne originale ? Pourquoi pas ! Reste à savoir quel dispositif les auteurs mettront en place pour conquérir de nouveaux lecteurs en dehors du public qui aura profité du premier mois gratuit.

Lundi 22 mars 2010

2010 : le marché balbutiant de la BD numérique

L'article de Wikipedia sur la bande dessinée en ligne avait un peu pris la poussière depuis ma contribution en novembre 2007. Je viens de terminer une mise à jour d'envergure. Il fallait notamment intégrer les évolutions de ces derniers mois autour de ce que l'on nomme "BD numérique". Cette fois encore, par soucis d'objectivité, je me suis appuyé sur un corpus d'articles parus dans la presse française.

Vendredi 19 février 2010

L'email est le premier vecteur de diffusion de contenu mobile

Usages de l'Internet mobile en France en novembre 2009.Ces derniers mois les prestataires d'applications de lecture de BD sur mobile ont poussé comme des champignons. Les chiffres des usages Internet mobiles sont pourtant là pour tempérer les ardeurs. Tous appareils confondus, l'email est le troisième usage mobile derrière le SMS et la photo : cela fait de lui le premier usage d'Internet mobile.

En novembre 2009, 4% des possesseurs de mobile jouaient sur leur téléphone et à peine 29% des possesseurs d'un iPhone. Les jeux ont beau être le type d'application de divertissement le plus prisé de l'appstore, ils attirent moins nettement moins d'usage que la navigation web (83%) ou le mail (78%). La navigation web et le mail sont des usages standards qui ne nécessitent aucun coûteux développement en direction d'une plateforme propriétaire. Hormis l'effet de mode, on se demande quelle mouche a piqué le secteur de la bande dessinée pour miser sa stratégie numérique quasi-exclusivement sur l'appstore.

Un site web un tant soit peu optimisé peut diffuser des planches de BD sans distinction de terminaux. Malgré le "splitering" du web opéré méthodiquement par les fabricants de terminaux mobiles, le web est un standard qui dépasse les clivages imposés par les terminaux. Voilà une excellente raison d'en finir avec l'obsession de l'iPhone. Seul bémol pour la diffusion de BD sur mobile : la navigation web mobile est surtout tournée vers la recherche d'information immédiate. Pour se divertir, on préfère de loin surfer sur un netbook ou n'importe quel terminal doté d'un écran plus vaste.

C'est là qu'interviennent l'email et les réseaux sociaux, parfaitement adaptés au besoin d'immédiateté et de temps réel que l'usager en situation de mobilité. Facebook et la messagerie électronique sont les successeurs naturels de l'antique SMS qu'ils tendent à remplacer chez les possesseur de smartphones pour peu que leurs correspondants soient aussi équipés (ce qui sera bientôt la norme). C'est pourquoi les usages mobiles tendent à réhabiliter l'intérêt des newsletters, dans la mesure où le commun des mortels n'a toujours pas acquis l'usage des flux RSS. Le "push" revient en force sur mobile. Exemple concret : la newslettre Lapin vous sert votre strip quotidien dès sa parution directement dans votre mobile. Ne manque qu'un lien pour encourager la rediffusion sur Facebook, elle-même reliée à un module d'abonnement optimisé pour mobile... Et vous avez une BD numérique virale en phase avec les usages mobiles actuels.

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