Le travail de Fred Boot m’épate chaque fois un peu plus. Sans faire de l’usine à gaz technique (pas de temps chargement en ADSL en tous cas) ses manga digitales parviennent toujours à évoquer une ribambelles de sensations.

Ce sont des choses que le papier offre rarement. Certains défendent sa tactilité, mais dans un sens Fred Boot offre des expériences tactiles plus intéressantes, au travers de la manière dont il gère la transmission d’information sensible par l’action sur la souris.

Pas étonnant que l’auteur considère Chuban comme la plus aboutie en dépit d’une réalisation beaucoup moins complexe.

L’utilisation qu’il fait du son est également intéressante. Elle est plutôt simple, mais particuliérement riche par rapport au reste. Le récit est un outil de samplage visuel et sonore. Mais contrairement à ce que l’on trouve sur Internet en la matière, cet outil est narratif.

On nous propose d’habitude des jouets musico-graphiques (le Piano Graphique en est l’exemple le plus abouti) dont on peut faire ce que l’on veut. Fred Boot, propose un jeu dont lui seul a défini les règles mais auquel on peut malgré tout jouer. Or, parce que c’est un jeu, il lui permet de raconter une histoire. Avec d’autant plus de force et d’efficacité qu’on ne lit pas linéairement, comme le veut la tradition née de notre culture littéraire. On se croit libre de sa lecture, tout en étant guidé par les règles qu’il fixe.

Dans ce jeu il mise son statut d’auteur: il prend le risque que le visiteur comprenne son jeu comme un jouet et en fasse vraiment ce qu’il veut. Si cette NMD est réussie, c’est à mon sens parce que Fred Boot parvient à remporter la mise. Bien que chaque visiteur, par son action, découvre une séquence différente, c’est toujours le récit de Fred Boot dont il est spectateur. Il rafle donc son auctorialité initiale, mais aussi celle consentie au visiteur.

C’est ce que j’appelle un Conte Multimédia, dans le sens où le conte n’est jamais conté de manière identique, son public a toujours une part à jouer dans sa formulation. Et pourtant seul le conteur en est l’auteur. Mais cela ne dure que le temps de chaque visite, tout comme pour une représentation théâtrale par exemple. Ce qui est nouveau avec ce type de « conte », c’est que c’est un objet, il existe sous forme de fichier numérique, il est diffusable par divers biais, tout comme un texte littéraire. Et pourtant personne ne le verra apparaître de la même manière. Je ne parle pas de son interprétation, je parle vraiment de ce que l’on voit et entend plastiquement, visuellement, auditivement, …

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