Les premières semaines ont apporté leur lot de dysfonctionnements et de difficultés, poussant organisateurs et participants de l’expérience à remettre en question bien des postulats et des certitudes.

Les premières semaines ont vu l’intrigue et les outils de narration se construire assez lentement. Après notre « mise en orbite », nous ne pouvions communiquer entre nous autrement qu’en faisant suivre nos messages par les organisateurs. Notre activité hebdomadaire s’est d’abord cantonnée à un petit message individuel adressé aux « terriens », nous avons pu personnaliser les visuels de notre chambre et participer à un premier exercice graphique qui consistait à extrapoler d’après une image pixellisée.

Un forum a ensuite été mis à notre disposition : le « grand salon ». Alors qu’un premier incident venait de troubler notre quotidien fictif : le vol des carnets de la psychologue de bord (AnneCat, interprétée par une onzième participante), des informations intimes sur chacun de nous étaient censées y être réunies. Une sorte de Cluedo aurait alors dû se mettre en place : chacun ayant préalablement défini ses activités de la soirée, des recoupements d’emplois du temps étaient sensés permettre de trouver le « coupable ». Mais le peu de communication existant entre des participants qui ne se connaissaient pas ou peu, et le choix collectif d’orienter nos rôles vers la contestation de l’obligation qui nous était faite de trouver parmi nous un coupable, ont mené cette option narrative à l’impasse.

Au fil des jours, il devenait de plus en plus difficile de construire un récit par nos échanges sur le « grand salon », et les interventions des internautes sur le « livre d’or » se raréfiaient, signe que le public était perdu dans nos échanges. De leur côté, les organisateurs peinaient à canaliser ce groupe d’une dizaine de personnes. Pour pratiquer le jeu de rôle sur table, mais aussi sur Internet par forum interposé, ces problèmes m’apparaissaient comme évidents, mais ils étaient totalement nouveaux à la plupart des autres intervenants. En outre notre activité graphique se résumait à répondre à quelques exercices, et nous passions bien plus de temps à résoudre des énigmes (souvent basées sur la découverte de minuscules zones cliquables au sein des plans de l’Académie) ou participer aux échanges du « grand salon » qu’à fournir un contenu visuel. Deux nouveaux graphonautes nous ont rejoints après quelques semaines : des passagers clandestins étaient parvenus à s’introduire dans la navette spatiale, ils avaient ensuite été victimes d’un autre invité surprise, l’auteur du vol des carnets qui se cachait encore quelque part sur l’astéroïde. Leur sauvetage avait été l’alibi des premières énigmes.

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