Dans un article de La Tribune de Genève, Amélie Retorré, directrice du développement d’Izneo révèle ces chiffres : « 1000 inscrits et 25000 visites en deux mois d’existence ». Il y a fort à parier qu’une faible part des inscrits a franchi le pas de la location d’un album de BD numérique, puisque l’inscription est imposée pour accéder aux offres d’essai gratuites. Pas étonnant que certains éditeurs se plaignent du fait que la BD numérique coûte beaucoup et ne rapporte rien. Pourtant avec des moyens modestes, d’autres obtiennent des résultats encourageants.

La BD amateur gratuite attire plus que la BD pro au détail

Avec sensiblement le même nombre de récits hébergés (plus de 900), Webcomics.fr reçoit plus de 100 000 visites en deux mois. Un chiffre quatre fois supérieur à celui d’Izneo dont l’existence a pourtant été abondamment médiatisée. Rappelons qu’Izneo, c’est « un projet de plusieurs centaines de milliers d’euros porté par trois groupes d’édition« … A raison de 1000 euros par an et beaucoup de temps libre, un portail d’hébergement de bande dessinée en ligne amateur fait donc quatre fois mieux qu’un portail de distribution de BD professionnelle numérisée aux moyens 100 fois supérieurs (au moins).

Je concède qu’Izneo n’a que quelques mois d’ancienneté. Le portail a cependant déjà reçu plus de couverture médiatique que Webcomics.fr n’en a reçu en 3 ans et demi d’existence. Or, après une ouverture plutôt confidentielle en février 2007, Webcomics.fr ne s’est effectivement fait connaître qu’en septembre 2007 à l’occasion du Festiblog. A cette date, nous n’hébergions qu’une soixantaine de récits et moins de 1000 planches. Nous avons pourtant reçu 30 000 visites entre septembre et octobre 2007 !

La BD numérique de création attire plus que la BD numérisée

Autre point de comparaison : le feuilleton « Les Autres Gens » a attiré 5000 inscriptions le premier mois. Le deuxième mois, 750 personnes s’étaient abonnées (15%). Avec de la BD numérique originale, de jeunes auteurs professionnels peuvent donc attirer cinq fois plus de lecteurs qu’un catalogue de plusieurs centaines d’albums numérisés.

Deux voies inexplorées : la bibliothèque en ligne et la création originale

L’offre en matière de BD numérisée n’est pas attractive. Elle souffre du manque d’ouverture et de diversité. Comme pour la vidéo en ligne, on tend vers une offre fragmentée entre quelques plateformes ; une offre qui ignore le modèle de l’abonnement. Le public ne peut donc pas choisir où ni comment accéder aux oeuvres. Le lecteur est obligé de s’orienter vers la plateforme qui détient les droits sur l’album désiré. Il est ensuite obligé de l’acheter ou de le louer dans les conditions prévues par ce portail.

L’offre en matière de création professionnelle originale est indigente. Le genre du soap que représente « Les Autres Gens » ne peut à lui seul attirer tout le lectorat potentiel de la BD numérique. Il existe de très larges marges de manoeuvre pour développer une offre de BD en ligne de création. De plus, c’est la seule manière de créer un cercle vertueux dans lequel le lectorat attirera le lectorat. Il est fort probable que « Les Autres Gens » ne puisse subsister seul, sans qu’un véritable écosystème n’émerge pour légitimer la lecture de bande dessinée en ligne parmi les autres pratiques culturelles numériques. Là aussi l’abonnement à des bouquets de feuilletons permettrait d’attirer plus de lecteurs que chaque récit pris isolément.

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