Sans entrer dans de longues discussions théoriques sur ce qui peut constituer ou non un aspect essentiel de définition de la bande dessinée, je vous propose un panorama succinct des définitions possibles du médium.

Rodolphe Töppfer (Dossier sur Pressibus.org), qui inventa (selon beaucoup d’historiens) la bande dessinée sous le qualificatif de « littérature en estampe » (1833) y voyait un élément important: «Les dessins sans ce texte n’auraient qu’une signification obscure ; le texte sans les dessins, ne signifieraient rien». S’il ne s’agit pas d’un élément sine qua non d’une BD (il existe des bandes dessinées muettes, Gon de Tanaka par exemple), cette citation a le mérite de soulever une des richesses du medium.

Will Eisner titre son livre phare La BD, Art Séquentiel. Voici le fondement de la BD: la juxtaposition en séquences, l’utilisation de la capacité de l’homme à mettre en relation plusieurs éléments comme constituant un tout et à y percevoir une continuité. Scott Mc Cloud (Understanding Comics) précise cette définition ainsi: «images picturales et autres fixes volontairement juxtaposées en séquences». Est-il utile de rappeler que le phylactère ou (pire !) le gros nez ne fait pas la BD, sans la séquentialité c’est simplement une illustration.

Le problème c’est qu’on en vient à considérer des fresques antiques voir même préhistoriques comme de la Bande Dessinée; et carrément pour Mc Cloud les séries de cathédrales de Monet par exemple… Pourquoi pas, mais tout cela prête vite à polémique. Pour clarifier le problème je propose la nuance suivante: une bande dessinée est conçue à la base dans l’idée d’une diffusion possible (mais pas indispensable) par reproduction. Et là, exit les idées poétiques visant à rattacher des morceaux d’Histoire à la BD, je pense que la BD n’a pas besoin de tirer ses fondements de tels vestiges pour se donner une noblesse.

Ce rapide apperçu se limite volontairement à une approche des moyens narratifs (mixité et séquentialité) et des ambitions (diffusion multiple) de la bande dessinée. D’autres approches plus historiques ou sociologiques cherchent à définir la bande dessinée par ses publics ou par les formes dominantes qui sont devenues les siennes (l’album entre autres). Seul l’avenir dira si la notion de bande dessinée peut évoluer pour intégrer des formes marginales, ou si elle s’arrêtera aux formes actuellement instituées par le marché de l’édition.